L’horlogerie suisse risque de manquer de composants chinois

MontresLes usines chinoises sont à l’arrêt à cause du coronavirus et nombre de marques suisses dépendent de leurs pièces.

Un fort pourcentage de composants viennent de Chine.

Un fort pourcentage de composants viennent de Chine. Image: Keystone

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Ce n’est pas encore une annus horribilis qui s’annonce, mais ça commence à y ressembler. L’industrie horlogère suisse doit déjà composer avec un franc fort qui se rapproche de la parité par rapport à l’euro et des cours de l’or qui prennent l’ascenseur et accroissent les coûts de production. Et voilà qu’après le fléchissement des exportations vers Hong Kong en raison des émeutes sociales (–11,4% entre 2018 et 2019), c’est l’entier des marchés asiatiques qui se ferme aux montres suisses. Plus personne ne circule, hormis le coronavirus, ce qui a poussé de nombreuses marques de haut de gamme à baisser temporairement les stores de leurs boutiques à Hong Kong et en Chine continentale. Plus aucun touriste chinois ne vient y acheter de garde-temps, pas plus qu’en Europe d’ailleurs. Les acheteurs asiatiques que l’on croise encore chez les détaillants de Lucerne, d’Interlaken ou de Genève sont pour la plupart des voyageurs venus faire leur tour d’Europe avant la mi-janvier. L’interdiction de quitter la Chine impacte fortement l’achat de montres, mais c’est leur fabrication même qui pourrait être compromise.

Sino-dépendante

Tous secteurs confondus, la Chine est le plus grand exportateur mondial de produits intermédiaires manufacturés (environ 20%), souligne Bloomberg, et l’horlogerie ne fait pas exception. Une grande partie des marques suisses est fortement dépendante des composants fabriqués en Asie, que ce soit des éléments d’habillement (bracelets) ou mécaniques, comme les pièces de mouvements. «Or il suffit qu’un composant manque dans un mouvement, même un maillon de bracelet, et les montres ne peuvent être livrées», rappelle le journaliste spécialisé Grégory Pons.

Il n’est pas impossible que certaines marques soient à court de composants si l’épidémie venait à durer

Jean-Daniel Pasche, Président de la Fédération horlogère

Entre le milieu des années 2000 et 2016, la Chine est devenue l’un des principaux fournisseurs de l’horlogerie suisse, et cette tendance s’est accrue depuis que le nouveau Swiss made stipule que 60% de la valeur d’une montre doit être d’origine suisse. Dès lors que certaines pièces maîtresses, de même que l’assemblage, sont exécutées ici, la tentation est forte de se fournir pour le solde en Chine, du côté de Shenzhen notamment, où sont installées de très nombreuses fabriques. Ces usines ont précisément stoppé leurs chaînes de montage, et elles se remettront en marche au mieux à la mi-février, pour peu que le virus soit jugulé. «Et elles ne sont pas sûres de disposer de tout leur personnel, vu que beaucoup d’employés retournés dans leurs provinces y sont confinés», précise Grégory Pons.

Deux milliards de francs importés de Chine

Selon la Fédération suisse de l’industrie horlogère (FH), aucune marque ne subit encore la pénurie de composants. «En général, elles ont toujours un peu de stock, mais il n’est pas impossible que certaines soient à court de composants si l’épidémie venait à durer», déclare son président, Jean-Daniel Pasche. La branche importe de Chine l’équivalent de 2 milliards de francs environ, mais tous produits confondus, y compris des montres bon marché. «Nous avons aussi des capacités de production en Suisse, et nous nous fournissons dans d’autres pays comme la Thaïlande, l’Inde ou l’Union européenne, surtout la France.»

Avions cloués au sol

Reste la question de l’acheminement des composants depuis Shenzhen, la plupart des avions-cargos de marchandises étant cloués au sol et le trajet par bateau étant très long. «Je pense que le premier trimestre horloger est déjà mort, et que de nombreuses entreprises n’arriveront pas à livrer les commandes ce printemps», prédit Grégory Pons.

Créé: 04.02.2020, 19h19

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