La BCGE est parée à «l'enfer des taux»

BanqueLa Banque cantonale de Genève a encore subi la pression des taux négatifs au premier semestre 2019, sans que cela n'affecte sa rentabilité.

Au premier semestre, l'établissement genevois a dégagé un bénéfice net de 59,3 millions de francs, soit un bond de 14% sur un an.

Au premier semestre, l'établissement genevois a dégagé un bénéfice net de 59,3 millions de francs, soit un bond de 14% sur un an. Image: archive/photo d'illustration/Keystone

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Devant la menace d'un nouvel assouplissement monétaire, la banque cantonale genevoise (BCGE) a échafaudé un plan de crise. Le recours à des crédits à intérêts négatifs est désormais envisagé.

Peu probable il y a encore quelques mois, l'éventualité d'un abaissement des taux directeurs par la Banque nationale suisse (BNS) ne fait plus figure de scénario farfelu. La Réserve fédérale américaine a annoncé la semaine dernière une première baisse de ses taux depuis 2008. La BNS, soucieuse d'empêcher une envolée du franc, pourrait suivre l'exemple.

Cette hypothèse n'est pas celle privilégiée par la BCGE. «Notre scénario principal va dans la direction de la régularisation monétaire, d'un retour à une certaine normale sur 18 mois ou plus», a déclaré mardi en conférence de presse le directeur général Blaise Goetschin.

A court terme, une «descente dans l'enfer des taux négatifs» n'est cependant pas exclue par le patron de la BCGE, qui évoque des taux sur les avoirs à vue à -1,25% ou -1,50%, contre -0,75% actuellement.

Complexe, selon le terme employé par la banque cantonale, la situation actuelle n'en demeure pas moins gérable. Au premier semestre, l'établissement genevois a dégagé un bénéfice net de 59,3 millions de francs, soit un bond de 14% sur un an. Le résultat opérationnel s'est étoffé de 12% à 94,6 millions.

La diversification des revenus de la banque a permis de combler la faiblesse des opérations d'intérêts, dont le résultat net a baissé 5,0% à 119,3 millions. La marge d'intérêt a cédé un peu de terrain, pour se fixer à 1,04%. En termes de volumes, les créances hypothécaires ont grappillé 1,0% depuis fin décembre, à 11,50 milliards de francs.

«Les taux en francs suisses sont négatifs et semblent indiquer une détermination à rester dans ce territoire irrationnel pour quelque temps», a commenté le directeur financier Eric Bourgeaux.

Pas une première suisse

Les autres activités ont connu une évolution favorable, notamment les opérations de commissions ( 3,4%) qui représentent 28% des recettes totales. Le produit d'exploitation s'est étoffé de 5,8% à 220,1 millions.

La banque cantonale semble en mesure de poursuivre sur la voie de la croissance, malgré la pression des taux négatifs et d'autres charges qui pèsent sur sa performance. Blaise Goetschin a cité la réglementation, l'échange automatique de renseignements ou encore la loi sur la protection des données.

Si la Banque nationale suisse (BNS) venait à suivre ce chemin, «le centre de gravité» de taux deviendrait négatif. «Nous sommes prêts techniquement. Nous n'aimons pas cela mais on pourrait commencer à envisager des hypothèques et des crédits négatifs.» Cette solution ne constitue pas une nouveauté en Suisse. Les banques cantonales de Zoug et des Grisons proposent déjà des crédits «négatifs» à leurs clients institutionnels, sous certaines conditions.

Le versement des intérêts aux emprunteurs se ferait par un remboursement du principal supérieur, a précisé Blaise Goetschin. La BCGE n'a pas encore défini à quel type de clientèle profiteraient ces crédits négatifs.

Au passif du bilan, la banque devrait probablement abaisser son seuil de répercussion des taux négatifs aux grands clients, dont le niveau est maintenu pour l'instant à 3 millions de dépôt. Les petits épargnants ne seront pas ponctionnés. «Nous pouvons faire cet effort pendant un certain temps, car nous voulons conserver (leur) confiance», a affirmé M. Goetschin.

Les inquiétudes du directeur général de la BCGE concernent moins sa banque que l'économie suisse dans sa globalité. «Nous pouvons survivre dans cet environnement de batracien, nous pouvons aller sous l'eau. (...) Par contre, nous ne savons pas ce que cela va générer au niveau de la stabilité conjoncturelle», a-t-il souligné. (ats/nxp)

Créé: 06.08.2019, 15h36

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