La banque Cramer et son directeur se séparent

Place financière genevoiseArrivé de Mirabaud, Cedric Anker part sur fond de désaccord quant à la «mise en oeuvre de la stratégie». En dix-huit mois il a piloté une profonde refonte de l'activité de l'établissement.

Les locaux de la banque Cramer, au 22 avenue de Miremont.

Les locaux de la banque Cramer, au 22 avenue de Miremont. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La valse des dirigeants bat la mesure au sein du monde bancaire genevois. Après Edmond de Rothschild, elle fait à présent tourner un plus petit acteur de la place, la banque Cramer. Revenant sur une information donnée par la «Tribune de Genève» et «24heures», le départ de son directeur général Cédric Anker a été confirmé lundi soir par l'entourage du principal actionnaire de l'établissement, Massimo Esposito. Ce dernier contrôle la Banque Cramer par le biais de la structure de participation cotée Norinvest.

Contacté au téléphone, Cédric Anker, qui a quitté la banque – et ne sera bientôt plus actionnaire à hauteur de 5% de Norinvest – refuse de donner davantage de détails. Ce dernier précise simplement qu'il a «donné son congé» à la suite d'un «désaccord sur la mise en œuvre de la stratégie du groupe», ce qui ne lui permettait plus de continuer d'en assurer la direction.

«I did it my way»

Son prédécesseur n'était pas resté en poste plus de trois ans. Mais la sortie de ce dirigeant, arrivé il y a dix-huit mois à peine, apparaît comme une surprise. Au printemps dernier, le banquier décrivait dans le journal «Le Temps» le sens profond que revêtait à ses yeux la réinvention de cet établissement employant une centaine de collaborateurs. Après sept ans passés chez Mirabaud – où le poste stratégique de co-responsable de la gestion de fortune lui avait valu rang d’associé commanditaire – il exprimait le besoin, la cinquantaine arrivée, de «placer toutes [ses] économies dans un projet plus risqué mais qui [lui] permettrait d'avoir un poste de directeur général avec un impact direct sur toutes les équipes».

«Certains s'inquiétaient de la rotation du personnel»

«Lors de son arrivée en octobre 2017, un consensus s'était formé sur son projet très ambitieux et puis, au fil des restructurations, le lien s'est étiolé, des frictions sont apparues et Cédric Anker a estimé ne plus avoir suffisamment les coudées franches pour mener son interprétation très précise du projet», décrivait-on lundi soir dans l'entourage des propriétaires de la banque. «Certains commençaient à s'inquiéter de la rotation assez importante du personnel», souffle un responsable.

Ce dernier remarque que le dernier mot du message de départ de Cédric Anker à ses collaborateurs – «I did it my way» – résume «très bien» la situation. Un remplaçant a été nommé en interne pour lui succéder temporairement, avant le recrutement d’un nouveau directeur général.

«Le lien s'est étiolé»

Une autre source au fait de l'ambiance ayant prévalu en interne donnait, en fin de semaine dernière, sa version des oppositions qu'a pu y rencontrer son ex-directeur général. «Ce genre de petites banques traditionnelles restent difficiles à gérer – et encore plus à restructurer – en raison de l'opposition systématique d'une poignée de gérants de fortune clés, qui y font la pluie et le beau temps grâce de l'importance de leur clientèle». Au sein de la banque, on ne s'exprime pas sur de telles tensions.

En revanche, on écarte tout départ lié à une dégradation de la situation financière de l'établissement, qui publiera ses comptes 2018 dans les prochaines semaines. L'année a été «fortement bénéficiaire en raison de la vente de la filiale des Bahamas» et sur le front de la clientèle «aucune défection d'importance n'a été enregistrée.» A la fin 2017, l'ensemble des patrimoines confiées à la banque par ses riches clients atteignait 4 milliards de francs.

Dix-huit mois et puis s'en va

En début d'année encore, celui qui a par le passé dirigé l'antenne genevoise de Vontobel, décrivait dans les colonnes du quotidien financier «L'Agefi» la réorganisation drastique qu'il entendait continuer de mener à bien. Fermeture de la succursale de Lausanne, finalisation de la vente de l'antenne des Bahamas, ouverture d'un bureau à Moscou – à contre-courant du mouvement de retrait des banques de Russie – mais aussi clôture de centaines de petits comptes, afin de se focaliser sur sa clientèle la plus fortunée, à même de lui confier entre 5 et 20 millions de francs.

Surtout, celui qui avait eu la responsabilité de la riche clientèle française de Credit Suisse au tournant du siècle, confirmait la volonté de ses co-actionnaires de poursuivre une expansion entamée il y a une décennie. La banque, dont le siège est situé dans le quartier genevois de Champel, a encore racheté en fin d'année l'un des nombreux cabinets de gestion de fortune tessinois. Et celui qui la dirigeait alors évoquait, parmi les options envisagées pour 2019, «l'acquisition d'une banque comparable à la nôtre».

Le principal actionnaire de l'établissement, Massimo Esposito, est rompu à l'exercice. Après avoir racheté la société de gestion de fortune de la famille Cramer en 2002, il avait obtenu l'autorisation d'en faire une banque un an plus tard, avant de lui adjoindre l'activité de la Banque de Patrimoines Privés en 2009 – l'établissement dirigé un temps par le banquier François Rouge – puis, celle de la Banque de Dépôts de Gestion à Lausanne ou de la zurichoise Valartis en 2014.

Collaboration: Sylvain Besson

Créé: 09.04.2019, 11h46

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.