La durabilité, une branche encore mise à l'écart

FORMATIONAlors que le réchauffement climatique ne fait plus de doute, le développement durable mériterait plus de place dans les cursus économiques. Tour d'horizon des formations romandes.

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N'EN DÉPLAISE à Donald Trump et aux autres climatosceptiques, le développement durable occupe une place de plus en plus importante au sein des hautes écoles et universités. «Il y a une vingtaine d'années, les cours dans ce domaine, en particulier dans les écoles de gestion, étaient relativement rares, explique Andréa Baranzini, responsable de la formation continue au sein de la Haute Ecole de gestion (HEG) de Genève. Maintenant, on pense que pour une bonne gestion des organisations, il faut maîtriser ces aspects-là.» D'autant plus que la population se sensibilise à la question environnementale. «Il y a une pression sociale sur les entreprises de toutes tailles», note Rafaël Matos-Wasem. Ce professeur à la Haute Ecole de gestion (HEG) de Sierre fait partie des précurseurs en matière de développement durable. Les étudiants qui suivent le cours d'éthique et développement durable se retrouvent vite étonnés. «Ils me disent qu'on leur assène des théories sur l'importance du profit, et que je leur apprends autre chose en allant à contre-courant», lance l'enseignant.

Une mise à l'écart justifiée?

Y a-t-il encore un sens à considérer l'éthique et la durabilité comme un cours à part entière? «Idéalement, il faudrait inclure ces deux dimensions de manière transversale», plaide Rafaël Matos-Wasem. Pour lui, un cours semestriel est insuffisant. Si l'idée d'une approche globale, avec de l'économie durable suggérée à tous les cours, a de quoi séduire, elle est compliquée à implémenter. Elle imposerait un remaniement profond de tous les cours. Le développement durable est d'ailleurs un terme relativement récent, utilisé pour la première fois dans le rapport Brundtland de 1987. La Commission mondiale sur l'environnement et le développement de l'Organisation des Nations Unies l'a défini comme un mode de consommation qui répond aux besoins présents sans compromettre ceux des générations futures.

Rafaël Matos-Wasem, professeur, plaide pour un enseignement transversal.

Son opposition avec les traditionnels enseignements au sein des facultés de sciences économiques est discutable. «L'économie consiste à répondre à une question de rareté», résume Jean-Marie Grether, vice-recteur et responsable des cours à l'Université de Neuchatel. «Il s'agit de faire preuve d'une meilleure gestion des ressources à disposition tout en diminuant les risques», ajoute Andréa Baranzini.

Maîtriser les ressources doit faire partie des compétences d'un manager.

Une étude publiée par le WWF au mois de mars dernier affirme que 65% des personnes interrogées «seraient pour ou plutôt pour que l'on accorde nettement plus d'importance au développement durable dans leur cursus et au sein de leur haute école en général». Jean-Marie Grether partage ce constat: «Il s'agit d'un trend évident.» Le professeur sensibilise ses étudiants aux questions de durabilité dans le cours basique obligatoire du cursus économique, mais l'intégration totale est loin d'être évidente en Suisse romande. «Malheureusement, certains cours peuvent servir d'alibi», avertit Rafaël Matos-Wasem. Les cursus économiques insistent largement sur la comptabilité, la gestion des ressources humaines ou encore la maximisation de profits. «On pense encore souvent que le reste peut être considéré comme moins important, tandis que la durabilité et la responsabilité sociétale peuvent être intégrées dans les cours plus traditionnels», analyse Andréa Baranzini.

Andréa Baranzini, de la HEG de Genève, a vu les cours sur la durabilité se multiplier.

La HEG Genève fait partie de la Haute Ecole spécialisée de la Suisse occidentale, au sein de laquelle il y a plusieurs écoles de gestion dans différents cantons. Elle a exploité les marges de manœuvre possibles dans ce cursus commun pour offrir à ses étudiants des cours sur la durabilité depuis quinze ans. A Neuchatel, Jean-Marie Grether assure que l'Université a été «sensible aux critiques du WWF». Elle a établi l'inventaire pour voir si tous les étudiants étaient en mesure d'être sensibilisés. «Au moins un cours dévolu est en option dans quasiment toutes les filières», affirme le vice-recteur. Reste à voir si la demande ne surpasse pas l'offre. «Nous avons dû refuser des étudiants cette année», regrette Andréa Baranzini, à propos du diplôme d'études avancées en emploi en management durable. Des candidats mus par opportunisme, ou par réelle envie de contribuer à la préservation de la planète? Difficile de savoir.

Jean-Marie Grether, professeur d'économie à Neuchatel: «Il s'agit d'un trend évident.»

Idem du côté des entreprises, accusées parfois de faire du greenwashing. «Ce serait mieux que ce soit une volonté interne de l'entreprise, affirme Rafaël Matos-Wasem. Il y a parfois une envie d'expier les fautes et d'être plus vert.» Sans donner de noms, de grands groupes, helvétiques comme internationaux, s'engagent et multiplient les actions pour sauver l'environnement.

Les décideurs à la traîne

Au cœur de tout cela, il y a également la volonté politique. Le peuple a son mot à dire et multiplie les initiatives visant à mieux maîtriser sa consommation. Les politiciens doivent eux aussi se positionner sur la question du développement durable. «La majorité se rend compte qu'il faut réagir, souligne Jean-Marie Grether. Le souci se situe dans le développement d'autres conflits qui vont plus loin.» Les guerres, les affrontements économiques et politiques sont autant d'événements qui relèguent l'environnement au second plan. «J'ai l'intime conviction que ça ne va pas assez vite», regrette Rafaël Matos-Wasem. Les entreprises engagent des éthiciens, elles changent leurs emballages et les citoyens tentent de recycler. La population a tout à gagner à miser sur la durabilité. Cela, les écoles l'ont bien compris.

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(Bilan)

Créé: 22.11.2018, 10h28

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