La guerre des devises assombrit le bal des investisseurs

ArgentDu franc suisse à la livre sterling, en passant par l’euro et le dollar, l’été est très tendu dans le marché des changes.

Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson.

Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson. Image: Reuters

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Un drôle d’été pour les investisseurs en devises. D’un côté, la livre sterling dévisse avec les tentatives de passage en force du nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson, sur le Brexit. De l’autre, l’euro s’effrite, provoquant la colère du président américain, qui parle de manipulation de devises dopant la compétitivité européenne.

Monnaie refuge, le franc suisse grimpe, lui, fortement, avec en toile de fond la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Une guerre qui commence à peser sérieusement sur l’économie mondiale. Quelle sortie de crise?

Londres tout d’abord. La violente chute de la livre fait réagir. «Le marché a voté, et il a voté contre le no deal et contre le nouveau gouvernement Johnson, souligne le stratège américain Dennis Gartman. Les rebonds de la livre doivent être mis à profit pour la vendre.» Tendance baissière, donc.

Il est vrai que Boris Johnson semble prêt à un retrait brutal, soit sans accord, de son pays hors de l’Union européenne. Les conséquences pour l’économie britannique – possible récession avec des ménages freinant leurs dépenses et des entreprises limitant drastiquement leurs investissements – sont redoutées. Les délocalisations inquiètent également.

L’automobile délocalisera

C’est notamment le cas dans le secteur automobile. De Toyota à Tata Motors (propriétaire de Jaguar Land Rover), les fabricants très présents en Grande-Bretagne lorgnent agressivement du côté de l’Europe de l’Est pour éviter d’avoir à payer des taxes à l’exportation en Europe. «Les Britanniques ont beaucoup à perdre à court et à moyen terme d’un Brexit sans accord», s’inquiète Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners à Genève.

La situation est également tendue sur le front de l’euro et du dollar. «Le billet vert ne baisse pas bien que la Banque centrale américaine soit devenue accommodante», fait remarquer un financier genevois. En général, la baisse attendue du taux d’intérêt sur une monnaie la rend moins attractive aux yeux des investisseurs. Mais là ce n’est pas le cas. Le dollar se tient alors que le président de la Fed, Jerome Powell, a clairement laissé entendre que les taux américains allaient baisser.

Trump pas content

Cela fait fulminer Donald Trump. Ses récents tweets sur Pékin et Bruxelles sont explicites: taux bas et injections de liquidités dans le système financier sont voués aux gémonies, car cela profiterait aux industriels chinois et européens. «Nous sommes en concurrence avec des pays qui jouent une partie contre les États-Unis. C’est d’ailleurs pour cela que l’Union européenne a été créée», a-t-il récemment tweeté. On peut clairement voir en filigrane les craintes de dévaluation compétitive que veut combattre l’administration américaine. Dès lors, les États-Unis pourraient être tentés d’intervenir sur le marché des changes pour affaiblir le dollar.

Cela étant, la Banque centrale américaine va commencer par agir sur les taux. «La Fed devrait réduire comme prévu de 0,25% ses taux directeurs ce mercredi soir, confie Jérôme Schupp. Mais je ne pense pas que l’institut va aller jusqu’à 0,5%.» Une baisse du loyer de l’argent est censée soutenir l’économie américaine en réduisant, par ricochet, le coût du crédit pour les entreprises et les ménages.

Ce mouvement n’est pas forcément la panacée. L’économie américaine se porte plutôt bien. La croissance s’est montée à 2,1% au second trimestre, ce qui est largement supérieur au taux observé dans la zone européenne. Le consommateur n’a pas faibli. Ce sont les incertitudes liées à la guerre commerciale américano-chinoise qui ont fragilisé la conjoncture mondiale.

Investissement bloqué

En Europe et en Chine, les indices ISM scrutant l’activité économique montrent une contraction de l’activité économique. «Les entreprises attendent avant d’investir dans de nouvelles usines en raison des incertitudes liées à l’imposition de taxes», explique Jérôme Schupp. Cela pèse sur la croissance.

Mais un accord devrait finalement être trouvé entre chinois et américains. «Un tel accord est vital, que ce soit pour Trump avant les élections ou pour le régime chinois qui craint une hausse du chômage et les troubles sociaux qui vont avec», assure-t-il. Une solution qui ferait aussi le jeu des… exportateurs suisses. Le franc valeur refuge serait vendu massivement dans ce cas. Positif pour leur compétitivité.

Créé: 30.07.2019, 20h02

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