La reine des «hedge funds» réfute tout abandon de Genève

FinanceLeda Braga partagera son temps avec Londres. Rencontre avec cette figure rare de la haute finance.

Leda Braga

Leda Braga Image: DR

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Les rumeurs sur son départ ont vite pris des airs de débâcle. Car cette fois il s'agit de la femme la plus influente du monde des «hedge funds», ces «traders» d'élite installés à leur compte et dont la valeur se mesure au nombre de milliards que leur confient banques et clients fortunés. Leda Braga en personne s'apprêterait à quitter la ville et à transférer à Londres une partie des 43 collaborateurs genevois de sa société Systematica Investments, annonçait mardi le site financier Finews.

Rattrapée au téléphone entre deux avions, l'intéressée donne une version différente des faits. Cette femme à l'élégance discrète, créditée d'une fortune de 400 millions dans le dernier classement du magazine Bilan, admet «envisager de partager son temps entre Genève et Londres». Pour des raisons personnelles mais également «afin de renforcer notre équipe dirigeante à Londres, une option déjà évoquée avec nos investisseurs». Si son déménagement vers Londres pourrait intervenir «dans les deux années qui viennent», en revanche «rien n'est acté» et «dans tous les cas, cela n'affecterait en rien nos activités genevoises», s'empresse de préciser cette figure méconnue de la finance genevoise.

«L'essentiel de notre activité d'investissement se fait ici»

Leda Braga balaie également tout projet de fermeture de ses bureaux situés à deux pas du grand magasin Manor : leur bail vient d'être renouvelé et «Genève, qui regroupe une grosse partie des équipes de trading et de recherche est un centre clé de nos activités». Et si le siège légal de sa société est enregistré à Jersey, «l'essentiel de notre activité d'investissement se fait ici», martèle sa patronne.

Plus petits que celui du bout du lac, les bureaux londoniens de cette PME orchestrant le placement de 7,6 milliards de dollars réunissent surtout des équipes de support – des employés de services dits de «middle» ou «back office». La fondatrice de Systematica réfute tout transfert d'une partie de ses collaborateurs genevois. «Nous disposons ici d'équipes stables, solides, qui restent ravies de vivre à Genève», insiste-t-elle.

La brèche ouverte par Brevan Howard

Des assurances qui apaisent momentanément les craintes d'une nouvelle défection d'importance sur une place financière qui s'est un temps rêvé en port d'attache des fonds dits «alternatifs». C’était au début de la décennie et, au Royaume-Uni, le tour de vis fiscal décidé par Gordon Brown avait sonné l'heure de l'exode pour les mercenaires de la City. Genève leur faisait les yeux doux depuis des années. «Ce qui compte, ce sont surtout les répercussions via l'imposition de ces personnes physiques», justifiait David Hiler en 2008, alors grand argentier du canton.

Depuis, la migration s'est interrompue. Et même inversée. Le milliardaire Alan Howard – l'un des papes des marchés financiers, alors accueilli en grande pompe avec sa société Brevan Howard – a récemment redéménagé vers Londres. Parti également, Farringdon Capital Management. Parti, Passport Capital. Parti aussi vers Londres il y a deux ans, Camille Hayek, fondateur de Dynamic Capital – un autre de ces «quants» écumant la Bourse à l'aide d'ordinateurs.

Une ancienne diva de BlueCrest

Leda Brega est, elle, arrivée à Genève en 2009 avec BlueCrest, la société de Michael Platt, autre vedette de cette finance dite «alternative». Doctorat d'ingénierie en poche, cette incollable en thermodynamique avait commencé par enseigner à l'Imperial College londonien; avant de rejoindre les matheux des équipes de «quants» de la banque JP Morgan en 2000. Elle y croisera le Britannique pour rejoindre, un an plus tard, BlueCrest, la société qu'il était en train de monter.

«Il est inimaginable que Genève disparaisse de la scène des hedge funds»

Le succès de ses placements permettra à Leda Braga d'obtenir, quatorze ans plus tard. son indépendance au sein d’un BlueCrest devenu genevois. Ses équipes ont été réunies en 2015 au sein de la filiale Systematica. Leur art? Le «trend following», technique consistant à scanner les marchés financiers à l'aide de puissants ordinateurs pour y détecter des tendances… puis les moissonner.

Depuis, Michael Platt a fermé sa petite entreprise et revendu ses parts dans Systematica – la filiale de Leda Brega – au groupe américain de placements Affiliated Managers. La trentaine de salariés de Blue Crest encore présente à Genève s'occupe désormais de gérer la fortune personnelle de leur patron, devenu milliardaire.

Quand le Brexit ne repousse pas, il attire

Quid de ce Brexit qui fait trembler la City? Cette sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, ne semble guère dissuader les mercenaires des «hedge funds» de quitter Genève pour retourner à Londres ou Jersey. «Les gérants de hedge funds ont toujours domicilié leurs fonds dans des paradis fiscaux - ou à Luxembourg, afin de leur donner un passeport européen - la donne ne change donc pas vraiment pour eux», explique un ancien gérant alternatif. «Bien au contraire, la dépréciation de la livre sterling rend une implantation londonienne encore plus attractive pour ces sociétés qui touchent leurs recettes en dollars ou en euros», poursuit cet observateur avisé de la scène des « hedge funds » genevois.

Leda Braga ne croit pourtant pas à la fin du rôle lémanique sur la scène des «hedge funds». A ses yeux, «il est inimaginable que Genève disparaisse de la scène des hedge funds - la ville reste, avec Zurich, la destination naturelle pour eux sur le Continent.» (TDG)

Créé: 08.09.2017, 19h18

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