Le Conseil fédéral garantit l’avenir de la «FinTech»

Technologies financièresLes nouvelles PME de la finance vont bénéficier de règles assouplies. Objectif de Berne? «Renforcer la compétitivité de la place financière suisse». Réaction d’un entrepreneur genevois.

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Attention, décision sous pression. Le Conseil fédéral a entériné mercredi de nouvelles règles destinées à permettre l’éclosion de ces jeunes PME qui concurrencent les banques mais qui sont également censées représenter… l’avenir de la place financière.

Dès le 1er août, la sacro-sainte Ordonnance sur les banques sera assouplie afin de permettre à ces sociétés «FinTech» d’accepter, sans autorisation préalable, des dépôts de clients d’un total d’un million de francs. Afin surtout de leur permettre de tester leurs services dans des conditions réelles, avant de demander une licence bancaire.

Singapour montre la voie

Objectif avoué? «Renforcer la compétitivité de la place financière suisse», martèle le gouvernement. Il y a urgence. L’an dernier les investissements dans les entreprises «FinTech» ont dépassé 20 milliards de francs dans le monde, dix fois les montants de 2010. Obtention de prêts sur des sites de «crowdfunding», monnaie virtuelles, opérations de paiements, conseil en placement… La demande pour ces nouveaux services explose. Au point que le carcan de règles qui encadre l’activité bancaire est contraint de s’adapter.

La dernière décision du Conseil fédéral «est un bon pas en avant, même si la réglementation helvétique reste très stricte et contraignante au regard de ce qui se fait à l’étranger», réagit Arnaud Salomon, patron de SMEx, une jeune entreprise du secteur qui veut révolutionner la façon dont on effectue ses virements de fonds à l’étranger.

Singapour, l’un des pays les plus avancés dans ces nouvelles technologies, a mis en place un «bac à sable» d’une autre taille: les PME «FinTech» qui veulent y jouer sont autorisées à accepter l’équivalent de 20 millions de francs de dépôts afin de tester leurs services. Tout en entamant en parallèle les procédures pour postuler à un statut de société de paiement – «stored value facility» dans le jargon local.

«La clef sera la rapidité avec laquelle le régulateur helvétique pourra faire face aux demandes»

Si le plafond initial imposé en Suisse reste faible, «la clef sera la rapidité avec laquelle le régulateur helvétique pourra faire face aux demandes et octroyer des licences bancaires light», pronostique Arnaud Salomon. «De cela dépendra l’avenir de la FinTech en Suisse», souffle celui qui présentera son projet à la FINMA le mois prochain.

Licence bancaire «light»

Une licence bancaire… «light»? Explications. En Suisse, l’obtention d’une patente reste obligatoire pour toutes ces PME financières actives dans les services de paiements voyant leur activité décoller au-delà du seuil du million de dépôts fixé mercredi par Berne. Les pionniers du secteur comme Swissquote sont passés par là et ont dû postuler pour une licence bancaire dès le début de la décennie.

Sauf qu’à l’avenir, les exigences seront revues à la baisse: les sociétés «FinTech» dont les dépôts ne dépassent pas 100 millions pourront se contenter d’avoir en coffre 5% de fonds propres pour décrocher cette indispensable licence. Ce n’est pas rien: pour se lancer, un jeune entrepreneur devra trouver 5 millions. La licence est pourtant qualifiée de «light» car jusque-là, il fallait mettre de côté 10 millions pour pouvoir exercer le rôle de banquier – sans limites de dépôts cependant. A quand une patente allégée? Le débat au Conseil national aura lieu cet automne. Pas avant 2018, donc.

Aux antipodes de Bruxelles

L’Europe suit une tout autre philosophie. Bruxelles impose des règles moins contraignantes que celles des banques aux start-up dont l’activité se limite à des services de paiements. Pas besoin de licence bancaire. En retour, ces sociétés doivent mettre l’argent collecté à l’abri au sein d’une grande banque.

Adoptée en 2015, la nouvelle directive européenne va encore plus loin. «Ce texte, dit PSD2, reflète une volonté de déréglementer les services de paiements – un peu comme cela avait été le cas dans les télécoms, les opérateurs historiques étant forcés d’ouvrir leurs réseaux à des opérateurs virtuels de type Mucho Mobile ou Lyca», analyse Arnaud Salomon. Un bouleversement du secteur bancaire que la Suisse va elle aussi traverser.


SMEx veut révolutionner les virements bancaires

«Payer et être payé ce n’est plus un métier de banque mais une question de technologie». Installé dans les locaux de l'incubateur FinTech Fusion dans le quartier de la Praille, le jeune patron de SMEx s'apprête à lancer son premier produit – baptisé smex.city – le courant août. Il permettra à ses clients de transférer de l’argent à l’étranger à un coût qui pourra représenter moins du dixième des tarifs aujourd’hui pratiqués par les banques. Par exemple pour transférer un salaire de frontalier en France. Ou pour régler les études de ses enfants à Londres. «SMEx veut dire Smart Execution, l’idée est d’automatiser les opérations et processus manuels dans un moteur de règle et de ne garder qu’un minimum d’interventions humaines», explique cet ex-diplômé en informatique systèmes de communication de l’EPFL.

«Payer et être payé ce n’est pas un métier de banque mais une question de technologie»

Le secret de la PME? Générer, en Suisse, des numéros de compte IBAN virtuels qui jouent le rôle de «miroirs» de chaque compte à l’étranger sur lequel doit être effectué le paiement. Afin que le virement vers Londres se transforme en un transfert - sans frais - d’un IBAN suisse à un autre IBAN suisse. SMEx se charge de la tuyauterie, et applique le taux de change du marché ainsi qu’une faible commission.

Seul impératif: ouvrir un compte chez Smex, ce qui se fait depuis l’app «dans la journée» pour un particulier, assure cet ancien «trader» de gaz, d’électricité et de devises chez RWE à Genève. «Nous ne gardons pas l’argent plus de quatre heures, alors que les banques prennent plusieurs jours à faire le virement», assure Arnaud Salomon. Le client, lui, garde sa banque. Mais ne lui confie plus ses virements à l’étranger. P.-A.SA. (24 heures)

Créé: 05.07.2017, 21h35

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