Le bitcoin commence à envahir la Suisse

Marché des changesUn des plus éminents experts européens, le Vaudois Adrien Treccani, assure que notre vie quotidienne intégrera complètement la cryptomonnaie d’ici cinq ans.

La firme vaudoise Metaco SA, dirigée par Adrien Treccani, travaille en particulier sur la digitalisation de monnaies étatiques. Image: Chantal Dervey

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Non, ce n’est plus de la science-fiction. D’ici cinq ans, un peu plus de quarante ans après l’apparition des premiers bancomats, les monnaies virtuelles auront leur place dans la vie quotidienne de la majeure partie de la population helvétique. Telle est la prévision du vaudois Adrien Treccani, un des experts en cryptomonnaie les plus reconnus d’Europe. L’économiste zurichois Werner Vontobel explique en revanche que le deuil du bitcoin s’avère imminent. Quelques indices concrets tendent cependant à confirmer que le bitcoin, apparu il y a presque dix ans, commence à envahir la Suisse.

Au cours de l’été 2017, à quarante-huit heures d’intervalle, deux banques helvétiques ont ainsi communiqué sur leurs nouvelles offres liées au bitcoin. L’une zurichoise et l’autre vaudoise. La première, Falcon Private Bank AG, propose ainsi la gestion d’actifs en bitcoins. Cette extension de ses services a bien sûr reçu la bénédiction de la FINMA (Autorité de contrôle des marchés financiers). Sans oublier le précieux partenariat avec le courtier Bitcoin Suisse AG, un des héros du «cryptovalley» suisse (le canton de Zoug) où se développent des génies de la fin-tech et du numérique.

A Gland, Swissquote Group Holding SA, le leader helvétique de la banque en ligne, s’est aussi lancé sur la même voie. En manifestant une claire intention de prendre soin des investisseurs débutant dans l’actif virtuel. «Si le propriétaire égare son mot de passe, son ordinateur ou son téléphone, il perd ses bitcoins aujourd’hui. Avec nos services, même si la société dépositaire a été piratée, rien ne sera perdu. Il aura toujours accès à ses investissements, en équivalents euros ou dollars», précise Paolo Buzzi, cofondateur de l’établissement vaudois. La société vaudoise n’assure cependant pas encore elle-même le stockage des bitcoins de ses clients. Elle a délégué cette tâche à un spécialiste luxembourgeois.

Autre indice révélateur. Le premier bancomat à bitcoins de Suisse a été installé le 20 janvier 2014 à la Markthalle de Zurich. Aujourd’hui, la Cité de Zwingli propose cinq engins de ce type. Ils se sont aussi répandus à Lausanne, sur la Riviera et à Genève. Toujours proche des soucis des consommateurs, la presse alémanique contrôle l’évolution des émoluments exigés lors d’opérations sur les automates à bitcoins des bords de la Limmat, de plus en plus sollicités par la population: c’est 0,8% pour un ordre de vente sur celui de Western Union Bank à la gare centrale et c’est cinq fois plus sur celui de Falcon Private Bank AG, dans le hall d’entrée de l’établissement.

Ces frais ne dissuadent pas les utilisateurs et ceux-ci sont cordialement accueillis par des commerçants de plus en plus nombreux. Que ce soit dans des restaurants ou des galeries d’art. Depuis novembre, les CFF vendent des bitcoins avec mille de leurs automates à billets. La place financière zurichoise craint parfois de se faire distancer par le canton de Zoug, un «crypto valley» déjà reconnu dans le monde entier. «Une monnaie virtuelle deviendra une des monnaies de réserve dans le monde d’ici cinq ou dix ans», prévient Max Tertinegg, directeur et cofondateur de Coinfinity GmbH, société autrichienne offrant des services financiers libellés en bitcoins.

«Monnaie parasite»

D’autres éléments donnent encore plus de poids à de telles perspectives. Comme l’ascension fulgurante du cours de la monnaie cryptée la plus répandue dans le monde, sur une centaine actuellement en circulation. Le 15 août, le bitcoin valait ainsi 4295 dollars, progressant de 45% en deux semaines seulement. L’essor de cette devise est notamment favorisé par la demande d’entreprises naissantes, actives dans les nouvelles technologies et en quête de financement participatif (crowdfunding). Sans oublier une foule de spéculateurs. « Parmi lesquels apparaissent de plus en plus d’investisseurs institutionnels, comme des caisses de pension. Toujours très prompts sur les opportunités liées à de nouvelles classes d’actifs, les fonds alternatifs (hedge funds) et les family offices s’avèrent toutefois nettement plus fréquents dans cette catégorie», observe Adrien Treccani.

La pérennité du bitcoin, comme celle de toutes les monnaies cryptées, n’est certes pas garantie. Celles-ci démontreront d’ailleurs toute leur importance sur le marché monétaire, lorsqu’elles ne seront plus qu’une dizaine dans le monde. Vedette de la presse alémanique, Werner Vontobel explique cependant volontiers pourquoi la mort du bitcoin a déjà pris beaucoup de retard: «Mais cela ne peut plus durer longtemps. D’abord parce que l’utilisation de monnaies virtuelles requièrent d’importantes capacités informatiques et celles-ci consomment beaucoup d’énergie. Les bitcoins, ces parasites, se nourrissent en outre des produits intérieurs bruts (PIB) liés au franc, à l’euro ou au dollar. Ainsi, si je change un franc contre un dollar, je reçois un droit sur une petite partie du PIB américain. C’est une transaction équitable. Celui qui change, en revanche, des francs contre des bitcoins cède au vendeur de monnaie virtuelle ses droits sur une partie du PIB suisse. Sans contrepartie. Il participe ainsi à un processus de boule de neige et mise sur l’hypothèse de pouvoir revendre ensuite ses bitcoins à un individu encore plus stupide.»

En dépit de ce tableau peu élogieux, la monnaie cryptée, créée en grande partie en novembre 2008 par un mystérieux développeur agissant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, vient de démontrer sa réelle solidité. Une partie de la communauté des utilisateurs du bitcoin a ainsi lancé sur le marché, au début du mois, une deuxième unité monétaire «bitconienne», mais séparée de la version originelle. Le monde vit donc maintenant avec le bitcoin (BTC) et le nouveau bitcoin cash (BCH). Ce type d’opération, déjà observé l’an dernier avec la deuxième cryptomonnaie du monde en volume (l’Ethereum), provoque souvent des effondrements de valeur. Mais, dans le cas présent, rien. La confiance des utilisateurs pousse au contraire le BTC vers des records et le cours du BCH progresse aussi.

Gros risques économiques

Les ambitions de la communauté de rebelles à l’origine du bitcoin cash peuvent il est vrai enthousiasmer quelques investisseurs. A notre connaissance, ces entrepreneurs nourriraient des espoirs de concurrence contre des géants du trafic ce paiements : comme les californiens PayPal Holdings Inc, Visa Inc et Apple Pay.

Le bitcoin et le bitcoin cash ne constituent certes encore que des capitalisations fort modestes, voire dérisoires: la première unité monétaire peut se prévaloir d’une masse en circulation dépassant la valeur de 73 milliards de dollars (plus de 71,5 milliards de francs). Celle de la seconde avoisine 6 milliards. En dépit de ces faibles montants, des banques centrales élaborent déjà des projets de versions dématérialisées de leur monnaie nationale respective. A l’instar de la Banque d’Angleterre, des banques centrales du Canada et de Singapour.

«La Banque nationale suisse (BNS) observe et analyse elle-même attentivement le développement des monnaies cryptées, maintient le dialogue à ce sujet avec les acteurs du marché, les régulateurs et d’autres banques centrales. Actuellement nous ne prévoyons cependant pas l’émission d’une devise virtuelle en francs», note Werner Meier, porte-parole de l’institut d’émission helvétique. Sans attendre un éventuel projet de la BNS, la demande de monnaies dématérialisées ne cesse néanmoins de croître.. Il faut savoir qu’une multiplication par plus de 10 du cours actuel du bitcoin, d’ici dix ans, est déjà une prévision couramment admise. Après une multiplication par plus de quatre cette année, en moins de huit mois.

Tout n’est toutefois pas encore gagné pour l’œuvre de Satoshi Nakamoto. Le bitcoin subira en novembre une nouvelle épreuve technique décisive dans son développement . A cette occasion une question s’imposera au sein de la communauté des utilisateurs: plusieurs versions d’une même monnaie virtuelle peuvent-elles subsister? Le doute est renforcé par le risque d’un nouveau clash parmi les «bitconiens» et parce que beaucoup d’entre eux décèlent déjà plus de perspectives d’innovation dans le nouveau bitcoin cash que dans l’original.

Ces devises virtuelles devraient quoi qu’il en soit permettre d’accélérer la réalisation de multiples transactions dans le monde et de rendre les échanges économiques plus fluides. La technologie des blockchains (chaînes de blocs), associée au bitcoin, offre en outre une traçabilité accrue pour toutes les transactions et leurs protagonistes. Cette monnaie accuse toutefois une faiblesse économique majeure : une sensibilité extrême aux variations de l’offre et de la demande, générant des risques importants de volatilité.


Une firme vaudoise digitalise les monnaies étatiques

Metaco SA a vu le jour à Vevey en 2014. Cette jeune entreprise, dirigée par Adrien Treccani, brille dans la technologie financière (FinTech) depuis trois ans et déménage en ce moment ses bureaux à Lausanne.

La société se distingue dans deux secteurs. Elle offre aux banques des services permettant l’intégration de comptes bancaires en monnaies cryptographiques. A l’instar du fameux bitcoin (voir ci-dessus). «Notre plate-forme permet ainsi à tout établissement d’offrir à ses utilisateurs de nouveaux types de comptes, spécialement voués à la gestion de monnaies comme le bitcoin ou l’ethereum, liés à des comptes courants ou d’épargne usuels», indique le patron. Les principales banques suisses devraient commencer à proposer ce type de prestations dès l’an prochain.

Metaco SA s’est en outre spécialisée dans la digitalisation d’actifs, également appelée tokenisation. «Nous travaillons en particulier sur la digitalisation de monnaies étatiques. Autrement dit, le cash digital, un nouveau type de devises directement émises par les banques centrales et disposant de propriétés d’utilisation équivalentes à celle du bitcoin. Mais tout cela sans la volatilité des monnaies virtuelles existantes et avec une garantie directe des instituts d’émission», relève Adrien Treccani.
P.RK


Les mots à mémoriser

Les partisans des monnaies virtuelles promettent un avenir imminent avec des paiements facilités. Ainsi la carte de crédit et toute forme de monnaie plastique devraient paraître définitivement ringardes d’ici trois ans. Tout se jouera notamment en recourant à des applications avec son smartphone ou sa tablette. Dans ce contexte, quelques premiers mots doivent être connus d’urgence.

App

App constitule la version abrégée d’application, un programme informatique exécutant une fonction précise, définie par ledit programme. Depuis la création de l’App Store d’Apple et Google Pay, le terme « app » désigne principalement les applications destinées aux appareils mobiles, selon économiesuisse.. Soit smartphones et tablettes.

Blockchain

Le blockchain constitue une technologie fondamentale dans l’utilisation des monnaies virtuelles. Il s’agit d’un procédé décentralisé d’enregistrement et de cryptage des données. Le blockchain associe les vertus de la transparence des inscriptions et une protection contre les manipulations idéales pour recenser des transactions directes entre deux partenaires, exécutées sans intermédiaires.

FinTech

La FinTech (technologie financière) est un terme générique, désignant les modèles d’affaires reposant sur la numérisation des services financiers. Cette technologie vise à améliorer des activités financières. Le terme FinTech regroupe autant les plateformes qui proposent des crédits directement entre utilisateurs (pear-to-pear) que les acteurs du marché promettant de meilleurs placements grâce à l’utilisation de processus numérisés.
P.RK (24 heures)

Créé: 25.08.2017, 08h42

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