Le conseiller anti-chinois qui influence Trump

ProtectionnismePeter Navarro déteste la Chine. Il est très écouté par le président Trump et mène le bal dans la lutte qui oppose Washington à Pékin.

Principal conseiller du président pour le commerce, Peter Navarro (à dr.), ici dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, est un économiste «hétérodoxe» qui aime les barricades.

Principal conseiller du président pour le commerce, Peter Navarro (à dr.), ici dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, est un économiste «hétérodoxe» qui aime les barricades. Image: AP/KEYSTONE/EVAN VUCCI

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«La Chine m’a tuer.» Peter Navarro, principal conseiller du président pour le commerce, n’aime pas Pékin. Le film reportage qu’il a produit et réalisé en 2012, «Death by China», est symptomatique: témoignages d’ouvriers voyant leurs machines partir en Asie, fermeture d’usines. Une scène d’illustration montre un couteau made in China transperçant une carte des États-Unis, qui saigne.

L’anecdote serait cocasse si ce diplômé de Harvard n’était pas au cœur de la stratégie économique de l’administration américaine. Il dicte, avec Robert Lighthizer et Wilbur Ross, la politique commerciale très protectionniste de l’administration Trump. Il serait même le favori du président. À cet égard, les négociations commerciales qui doivent reprendre, en octobre, entre Pékin et Washington s’annoncent encore une fois très difficiles.


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Le président a déniché ce conseiller un peu par hasard. Pour mener campagne présidentielle, Trump cherchait un économiste «hétérodoxe» pouvant appuyer ses intuitions isolationnistes. Son beau-fils, Jared Kushner, tombe en surfant sur Amazon sur le livre «Death by China» écrit par Peter Navarro (dont sera tiré son film), relate le magazine «Vanity Fair». Les écrits de l’économiste font mouche. Il intégrera l’équipe de campagne de Trump en 2016.

Le père des taxes douanières

Peter Navarro aime les barricades. Les tarifs frappant les produits chinois ou européens aux États-Unis, c’est lui. Ses chevaux de bataille sont assez simples: réduire les déficits commerciaux et rapatrier les usines aux États-Unis. «Il est très isolé dans sa manière de voir le monde, relève Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Il n’existe aucun travail académique ni expériences passées pour valider ses vues.»

Tous ses combats ne sont pas décriés. «Le faible accès des entreprises au marché chinois ou le non-respect de la propriété intellectuelle constitue un problème», reconnaît l’économiste. Mais les financiers ne l’aiment guère. Cet été, il a demandé à la Banque centrale américaine de réduire ses taux de 0,5%. Une horreur. L’indépendance n’est-elle pas essentielle pour la crédibilité d’un institut monétaire?

«Peter Navarro est un homme dangereux qui a l’écoute du président, s’inquiète le stratège Dennis Gartman. Il aurait perverti Donald Trump en le convainquant que le déficit commercial (ndlr: les Américains importent plus de biens qu’ils n’en exportent vers le reste du monde) était toxique et qu’il fallait y remédier. Il oublie que le «revers» du déficit commercial est un surplus de capital. En termes simples, nous recevons des biens fabriqués en Chine et nous leur vendons en échange des emprunts gouvernementaux américains.» Navarro ne verrait qu’un côté de l’équation. Une équation qui permet aux États-Unis de connaître un taux de chômage très bas, de 3,7%, suite à plus de dix ans de croissance ininterrompue.

L’exemple des années 30

En vérité, les tarifs douaniers mis en place par l’administration Trump menacent de gripper l’économie. «Il a réussi à convaincre le président que c’est la Chine qui va payer ces taxes, ce qui est un total non-sens, relève Dennis Gartman. C’est l’importateur américain d’acier, de textile ou d’autres biens qui va payer la note, pas l’exportateur chinois.» Au final, la consommation et le commerce mondial risquent de plonger.

L’exemple des États-Unis lors de la récession des années 30 est édifiant. Après le krach boursier de 1929, la loi Hawley-Smoot est promulguée aux États-Unis. Les droits de douane sur plus de 20'000 produits sont relevés. Les partenaires économiques répliquent. Résultat, le taux de chômage américain passe de 9% en 1930 à 25% en 1932. Le commerce mondial déclinera, lui, de plus de 60% entre 1929 et 1934. «Toutes les expériences protectionnistes tentées par le passé se sont soldées par des échecs», rappelle Samy Chaar. Cela ne semble pourtant pas inquiéter le président Trump, candidat à sa succession en 2020.

Il a peut-être tort. L’économie mondiale est très interconnectée après trente ans de mondialisation. On ne produit plus dans un seul endroit. «Une ceinture de sécurité passe vingt fois la frontière entre le Mexique, le Canada et les États-Unis avant d’être intégrée dans une voiture à Detroit», illustre Samy Chaar. Le tissu est notamment filé dans un pays, puis cousu dans un autre. Et ainsi de suite.

Une remise en cause rapide de ce système est très délicate. Un véritable choc de l’offre pourrait survenir. «Cela veut dire que l’on risque de produire moins, de moins bonne qualité et plus cher», s’inquiète Samy Chaar. L’économie mondiale va y laisser des plumes. Une mauvaise nouvelle alors qu’elle ralentit déjà fortement.

La suite paraît délicate. Les États-Unis semblent décidés à contrer la montée en puissance de la Chine. Avec Navarro, Washington semble même tenir son héros. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Créé: 05.09.2019, 19h39

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