Le fabricant de connecteurs Lemo à la pointe de la mécanique

Entreprise familialeDestinées à des industries high-tech, les technologies de la société d’Ecublens roulent pour la course automobile et l’horlogerie

Alexandre Pesci (à g.), PDG de Lemo, et Calim Bouhadra, directeur opérationnel, dans l’atelier des machines automatisées

Alexandre Pesci (à g.), PDG de Lemo, et Calim Bouhadra, directeur opérationnel, dans l’atelier des machines automatisées Image: CHANTAL DERVEY

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Au siège de la discrète société Lemo, à Ecublens, un des leaders mondiaux des connecteurs de pointe, on peut croiser des figures connues du sport automobile, tel Alain Prost, quadruple champion du monde de F1. Rien de surprenant à cela quand on découvre les passions qui animent les dirigeants de cette entreprise née il y a plus de 70 ans et qui continue à grandir à un rythme de croisière.

Les technologies high-tech, la mécanique, le design et les chronos constituent l e s rouages des trois entités pilotées par l’industriel Alexandre Pesci. En plus du groupe Lemo présent dans plus de 80 pays, ce dernier gère Rebellion Timepieces, une petite manufacture horlogère établie à Lonay ainsi que Rebellion Racing , l’écurie de course automobile qui lui est rattachée.

Très actif en formule E

Alain Prost, conseiller spécial de Renault Sport Racing, est aussi copropriétaire de l’écurie Renault e. Dams en Formule E (la F1 électrique) avec laquelle Sébastien Buemi est devenu champion du monde en 2016. Or, Lemo a reconduit son partenariat technique avec e. Dams jusqu’en 2020 pour développer les connecteurs et tout le câblage des bolides électriques, explique Calim Bouhadra, directeur opérationnel et vice-président.

Pour l’heure, une trentaine de connecteurs assemblés à Ecublens équipent les e. Dams. Mais en Formule 1, sur les McLaren, et surtout les Mercedes, les composants Lemo équipent par plusieurs centaines non seulement les châssis mais aussi les moteurs. Ces éléments de connectique de haute précision – à travers lesquels transitent des fluides, des faisceaux optiques, du courant électrique haute et basse tension ou des données numériques – trouvent de multiples applications dans les secteurs high-tech, du médical au spatial, en passant par les centres de recherche, l’audiovisuel haute définition ou les télécommunications.

«La chaîne de fabrication de ces composants – réclamant une extrême précision – est très similaire aux procédés de l’industrie horlogère», remarque Calim Bouhadra. Une grande partie des opérations est d’ailleurs manufacturée, même si les tâches les plus simples tendent à être automatisées. L’entreprise dispose d’ailleurs d’un atelier à Ecublens qui crée ses propres équipements. «Nous avons cette faculté, depuis 45 ans, de développer la plupart de nos robots d’assemblage à l’interne», relève Alexandre Pesci, CEO et président du groupe.

L’atelier d’automation, qui occupe dix employés dont six ingénieurs, teste en ce moment même un robot humanoïde appelé à des tâches spéciales. «Notre objectif n’est pas d’aligner ici des centaines d’humanoïdes pour remplacer nos employés. Pour toutes nos petites séries, nous avons besoin de main-d’œuvre qualifiée qui manipule et contrôle les pièces afin d’amener un niveau de qualité élevé», rassure le PDG.

Lemo a poussé – plus loin encore que dans l’horlogerie selon ses dirigeants – la verticalisation de toute la production de ses solutions connectiques. Cela signifie qu’à partir de la matière première, pratiquement tous les composants sont réalisés à l’interne dans le groupe. Celui-ci compte huit sites de production dans le monde, dont un à Budapest – «un site historique qui permet d’avoir un pied en Europe» – et cinq en Suisse. Si certaines activités sont doublées afin de sécuriser l’approvisionnement de la chaîne, les connecteurs sont «fabriqués en majorité en Suisse» selon les critères du Swiss made, précise Calim Bouhadra.

Beaucoup de laiton

A Ecublens sont réunies des activités d’administration, de recherche et développement de nouvelles solutions connectiques et des laboratoires de contrôle de qualité. Mais des opérations industrielles y tiennent aussi une place prépondérante, tels que l’usinage, le décolletage et le traitement de surface. Selon le directeur de production, Lemo serait, avec 500 tonnes par an, le plus gros consommateur de laiton en Suisse, matériau à la fois résistant et simple à usiner. Ses connecteurs de précision, fabriqués généralement dans de petites séries, sont en effet à base de métal. Le site possède ainsi d’importantes lignes de galvanoplastie pour le chrome, le nickel ou l’or. Le groupe utilise quelque 150 kg d’or par année pour le placage de ses pièces de précision (5 microns d’épaisseur) afin d’en améliorer la conductivité.

Mais dans chaque domaine, ses connecteurs doivent pouvoir résister à des conditions extrêmes: câbles sous-marins, moteurs poussés à haut régime, instruments de chirurgie ou robots envoyés sur Mars. Une grande partie des produits Lemo (70 000 références) est assemblée à Ecublens, où sont employées quelque 380 personnes. Le groupe compte près de 1650 collaborateurs dans le monde, y compris les 280 employés du fabricant américain Northwire. Racheté en 2014, ce dernier lui permet de fournir des câbles connecteurs sur mesure.

Le groupe produit aussi des connecteurs haut de gamme plastiques depuis 1986 dans son usine à Sainte-Croix, sous la marque Redel, destinés avant tout au domaine médical. Sur ce site, 150 personnes y sont occupées, elles s’ajoutent à la cinquantaine de salariés actifs à Lonay et aux 220 du site de Delémont.

La société née en 1946 à Morges doit son nom à l’ingénieur Léon Mouttet (Le-Mo), un fabricant de contacts usinés avec des métaux nobles et rares destinés aux PTT. Dirigée depuis 2000 par son petit-fils, l’entreprise est notamment réputée pour avoir inventé le système de verrouillage push-pull en 1957 qui sécurise le branchement.

Investissements en vue

La multinationale d’Ecublens, qui a ouvert une filiale de vente à Dubaï l’an dernier et dispose de huit bureaux en Chine, ne paraît pas trop souffrir du franc fort, même si 95% de la production est exportée. Elle a augmenté un peu ses prix et se fait payer en francs suisses par les filiales! Après une croissance à deux chiffres jusqu’en 2009, celle-ci s’est ralentie à quelques pour-cent entre 2013 et 2015, explique Alexandre Pesci, satisfait de la tournure de la conjoncture pour sa société. Car en 2016, le chiffre d’affaires a progressé de 9% à 270 millions de francs et il prévoit une hausse de 6% cette année. Le patron dit plébisciter une croissance régulière. «De toute façon, avec notre outil de production actuel, nous ne pourrions plus croître à deux chiffres», assure-t-il.

Pourtant, l’entreprise, entièrement en mains familiales, s’y emploie. Elle investit 15 à 20 millions de francs par année dans ses sites helvétiques pour rester compétitive, notamment dans l’automatisation. Elle l’aide «à atteindre cette croissance sans nouvelles constructions». Dans les années à venir, le PDG de 50 ans prévoit d’importants investissements à Ecublens avec le projet, d’ici cinq ans, de construire un nouveau bâtiment sur ce site proche de la Venoge. Il envisage même de passer à la vitesse supérieure en doublant la surface de l’usine! (24 heures)

Créé: 05.03.2017, 21h08

Horlogerie et course automobile, une même passion

Dans la connectique de précision, Lemo réunit tout le savoir-faire des métiers de l’horlogerie et des technologies mécaniques. Passionné de course automobile et de montres, mais ne trouvant pas le modèle de ses rêves, Alexandre Pesci a créé en 2008 sa propre marque horlogère: Rebellion. Sportifs et racés, ses modèles haut de gamme sont la parfaite illustration de ces passions.

Installée à Lonay, Rebellion Timepieces compte une dizaine d’employés et produit quelque 300 pièces à complications par année, en séries limitées. La marque développe ses propres mouvements, faisant appel à divers horlogers, notamment le réputé David Candaux, à la vallée de Joux, qui a mis au point le calibre de la T-1000 aux 1000 heures de réserve de marche.

Le PDG de Lemo a créé sa propre écurie de courses il y a dix ans, Speedy, rebaptisée Rebellion Racing en 2010 et liée ainsi à la marque horlogère. «Ce n’est pas juste des autocollants, souligne Calim Bouhadra, nous avons notre propre châssis. C’est un laboratoire technologique et on travaille les mêmes matériaux que dans les montres – titane, carbone, alu ou encore caoutchouc.» L’équipe s’illustre dans des championnats internationaux d’endurance, notamment au Mans, en se classant souvent juste derrière les gros constructeurs.

L’an dernier, son propriétaire, Alexandre Pesci, a engagé près de 8 millions de francs dans l’écurie. Au volant, on retrouve des noms célèbres: Nicolas Prost, fils d’Alain, Mathias Beche, Nelson Piquet Jr et cette année, Bruno Senna, neveu d’Ayrton. J.-M.C.

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