«Le facteur humain restera essentiel pour les banques»

FinancesComme d’autres branches, le monde bancaire est touché par la révolution digitale. Le point avec Patrik Gisel, le CEO de Raiffeisen.

Depuis le départ de Pierin Vincenz, le 31 mars de l’année dernière, c’est Patrik Gisel qui gère l’avenir (autant numérique que physique) des banques Raiffeisen en Suisse.

Depuis le départ de Pierin Vincenz, le 31 mars de l’année dernière, c’est Patrik Gisel qui gère l’avenir (autant numérique que physique) des banques Raiffeisen en Suisse. Image: Keystone

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Jeudi dernier, une conférence était organisée par Raiffeisen à l’EPFL sur la thématique de la digitalisation des entreprises. Pharma, industrie, commerce, médias, l’ensemble des branches doit s’adapter à de nouveaux paradigmes. En début de semaine, Sergio Ermotti, directeur général d’UBS, faisait polémique en assurant que ces derniers pourraient permettre de diminuer les effectifs de sa banque de l’ordre de 30%. Le monde bancaire est donc clairement concerné par la révolution digitale en marche. Le point avec Patrik Gisel, le CEO de Raiffeisen Suisse.

– On parle depuis des années de la digitalisation du monde bancaire… Concrètement, où en sont les banques suisses?

– Je ne suis pas sûr qu’il soit correct de parler de digitalisation du monde bancaire, car pour le moment, les banques se sont contentées d’informatiser leur manière de fonctionner. En ce qui concerne les opportunités réelles d’affaires liées au monde digital, je pense que nous sommes au tout début des réflexions.

– A quels types d’opportunités faites-vous allusion?

– La digitalisation de notre branche débouchera sur de tout nouveaux modèles d’affaires pour les banques. Chez Raiffeisen, nous avons créé un laboratoire d’innovation baptisé RAI Lab pour étudier les tendances à venir et savoir comment s’y adapter.

– Est-ce que les banques suisses ont été ralenties par la crise bancaire dans cette transformation digitale?

– Précisons d’abord qu’en comparaison internationale, mis à part certaines banques plus avancées aux Etats-Unis ou en Europe du Nord, nous n’avons pas pris de retard. Il est par contre vrai que la dernière crise a contraint les banques suisses à focaliser leur attention sur d’autres problèmes. Aujourd’hui, Raiffeisen a créé un fonds spécial dont les moyens sont destinés à financer des projets liés à la digitalisation de notre branche.

– Un demi-milliard de francs pour votre plate-forme informatique, est-ce qu’il y aura une limite à ces coûts?

– Non, les dépenses liées au numérique sont devenues incontournables. Elles risquent même de continuer à augmenter. Prenez l’exemple de notre lutte contre la cybercriminalité, nos coûts doublent d’année en année.

– Lombard Odier a transformé le numérique en une source de revenus… Un modèle à suivre pour Raiffeisen?

– Cette piste est ouverte. Arizon, notre système développé en coopération avec le groupe Avaloq, aurait en tout cas la capacité de gérer d’autres clients.

– Les récentes déclarations du patron d’UBS font froid dans le dos… Faut-il craindre un avenir composé uniquement de banquiers virtuels?

– Je suis convaincu que le facteur humain restera essentiel au bon fonctionnement des banques. Malgré les changements survenus ces dernières années, marqués notamment par la fermeture de petites agences, le nombre de nos collaborateurs n’a cessé de croître. Leurs tâches évoluent par contre de plus en plus vers un travail de conseil.

– En plus du digital, Raiffeisen a franchi lundi un cap supplémentaire dans l’immobilier avec votre nouvelle casquette de promoteur… Ne craignez-vous pas de faire à nouveau face aux inquiétudes concernant votre forte dépendance à cette branche?

– Non. Raiffeisen est le leader du marché pour le financement des logements à usage propre et dispose ainsi d’une connaissance approfondie du marché. Cette filiale nous permet de proposer à nos clients un conseil exhaustif et complet dans notre cœur de métier. L’entrée échelonnée sur le marché – le projet pilote qui démarre concerne pour l’instant 13 Banques Raiffeisen de la Suisse du Nord-Ouest – nous permet d’ouvrir progressivement ce nouveau domaine d’activité en prenant des risques limités. En ligne avec notre stratégie de diversification, nous complétons pas à pas notre palette de prestations et produits à partir de notre activité de base.

– Que se passerait-il pour vos clients en cas de hold-up 2.0?

– Malgré des attaques journalières, nous n’avons pas fait face à de grandes pertes. Etant donné que la faille est souvent humaine, il est difficile d’établir une généralité. Les dossiers sont donc gérés au cas par cas.

– Certaines branches semblent craindre le cloud. Qu’en est-il du secteur bancaire?

– Tout dépend du type de Cloud dont nous parlons. Si certaines données peuvent être stockées sans problème sur du Cloud public (ndlr: évaluation des marchés, descriptif de produits à disposition des clients…), les données relatives aux clients, conformément aux prescriptions de la FINMA, sont au contraire soumises à des exigences spéciales.

– Toutes les banques parlent de la révolution survenue avec la blockchain, ce protocole qui permet de stocker et de transmettre des paiements, des contrats, des titres de propriété, etc. Est-ce que Raiffeisen s’y intéresse?

– La sécurité et la rapidité offertes par cette technologie pourraient effectivement offrir certains avantages au secteur bancaire. Nous travaillons donc au développement de prototypes pour déterminer comment l’utiliser.

– Evoquer la blockchain, c’est parler du bitcoin… Comprenez-vous l’envol de ces monnaies virtuelles?

– Pour le moment, ce marché fait surtout face à une très forte spéculation. A plus long terme, en partant de l’idée qu’elles deviendront des solutions de paiement plus pratiques pour les consommateurs, je suis convaincu du potentiel de ces monnaies virtuelles.

– Apple, Google… On imagine de plus en plus une nouvelle concurrence pour le secteur bancaire. Réalité ou utopie?

– Dans certains domaines, nous avons plutôt été amenés à collaborer avec de telles sociétés. Après négociations, nos bancomats sont par exemple disponibles sur Google Maps. Maintenant, il est vrai que le déploiement de prestations financières comme l’Apple Pay risque fort de déboucher sur une toute nouvelle concurrence pour les banques. D’où la nécessité de changer les mentalités au sein de notre branche et de prendre rapidement pied dans la révolution digitale en cours.


«La crise est derrière nous»

– Cette année, le monde bancaire suisse sort d’une décennie de difficultés… La page est-elle tournée?

– Le plus gros de la crise est en effet derrière nous. Les banques suisses sont à nouveau bien capitalisées et sont parvenues à rétablir leur réputation sur la scène internationale.

– Affaiblie et sans secret bancaire, est-ce que notre place financière pourra retrouver son éclat passé?

– Aujourd’hui, nous sommes encore la 2e plus importante place financière d’Europe, juste derrière Londres. En jouant sur nos atouts (ndlr: stabilité politique, monnaie refuge, compétences bancaires historiques) et en prenant certaines dispositions, nous devrions pouvoir conserver cette place… malgré la perte du secret bancaire.

– De quelles dispositions parlez-vous?

– Il va falloir limiter les conséquences négatives liées à l’augmentation de la régulation. D’un côté, elle est trop pointilleuse sur certains détails et, de l’autre, trop standardisée sur un seul modèle bancaire.

– Raiffeisen a plutôt profité des difficultés successives ayant frappé sa branche… Qu’en sera-t-il de l’après-crise?

– Nous allons continuer à mettre en avant nos principaux atouts que sont la proximité avec nos clients et la transparence pratiquée par nos 255 coopératives. Quant à notre déploiement dans le digital, il pourrait un jour contribuer à la croissance future de notre banque.
O.W.

(24 heures)

Créé: 05.10.2017, 07h45

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