Le rachat de Syngenta, entre craintes et espoirs

AgrochimieChemChina met plus de 43 milliards de francs sur la table pour racheter le groupe bâlois. A Monthey, on ne crie pas de joie

Jianxin Ren, le directeur de ChemChina, et le président de Syngenta, Michel Demaré, lors de l’annonce du rachat de la compagnie agrochimique bâloise.

Jianxin Ren, le directeur de ChemChina, et le président de Syngenta, Michel Demaré, lors de l’annonce du rachat de la compagnie agrochimique bâloise. Image: Keystone

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L’ambiance était à la hauteur de l’événement mercredi matin au siège de Syngenta à Bâle, pour ce qui va très probablement devenir la plus importante acquisition payée en liquidités jamais réalisée par la Chine.

Une ruche bourdonnante de représentants des médias du monde entier s’est pressée pour entendre les commentaires du président de Syngenta, Michel Demaré, et de Jianxin Ren, le directeur de China National Chemical Corporation (ChemChina), à propos de l’offre d’achat portant sur la totalité des titres Syngenta annoncée quelques heures plus tôt et unanimement soutenue par le conseil d’administration de Syngenta.

ChemChina propose de racheter le groupe suisse pour plus de 43 milliards de francs en cash, celui-ci comptant 28 000 employés dans le monde, dont 3290 en Suisse (près de 12%). Syngenta est le leader mondial des produits phytosanitaires et numéro trois dans les OGM. Le prospectus détaillé sera publié dès la mi-mars et l’offre publique d’achat devrait s’étendre de la fin de mars à la fin de mai. La transaction devrait être sous toit d’ici à décembre 2016.

Pas de garanties juridiques

Contrairement aux demandes formulées par les syndicats suisses Unia et Syna d’avoir des «garanties pour les emplois» et de «maintenir à tout prix les postes de travail», Michel Demaré a clairement indiqué, lors d’un tête-à-tête avec 24 heures, «qu’aucune entreprise ne peut juridiquement garantir cela».

Pourtant, il n’a été question ni de réduction de postes ni de fermeture de sites. «Syngenta reste Syngenta», a martelé à plusieurs reprises Michel Demaré. Et contrairement à ce que redoute Syna, cette vente «n’a pas pour but de maximiser le profit, mais de créer de la valeur», a expliqué Jianxin Ren. Dans la même veine, le président de Syngenta s’est félicité «qu’avec cette acquisition, c’est bien une des rares fois où il n’est pas question de synergies et de réduction des coûts, mais de croissance et d’augmentation de la valeur».

Encore un nain en Chine

Sur le fond en effet, Syngenta pourra «profiter d’un marché agricole chinois immense, réceptif au fonctionnement d’une économie de marché, mais techniquement sous-développé», a expliqué en aparté Jianxin Ren. Cela permettra alors à Syngenta de croître et de répondre ainsi aux attentes de ses actionnaires, qui ne voulaient plus laisser davantage de temps à la multinationale suisse et la pressaient de trouver une solution après plusieurs années de résultats décevants. Les chiffres 2015, présentés aussi hier, ont révélé un recul des ventes de 11%, à 13,4 milliards de dollars, et du bénéfice net de 17%, à 1,4 milliard.

Les perspectives de croissance en Chine sont d’autant plus intéressantes que Syngenta y est encore un nain: le groupe détient certes 6% du marché chinois très fragmenté des pesticides et désherbants mais n’enregistre aucune activité dans les OGM. En termes de recettes, le groupe suisse a réalisé 400 millions de dollars de ventes dans l’Empire du Milieu l’an passé, soit 3% de son chiffre d’affaires total.

Perte pour la Bourse suisse

Cette acquisition sera une grosse perte pour la Bourse suisse, où le groupe bâlois – né en l’an 2000 de la fusion des affaires agricoles de Novartis et du britannique AstraZeneca – occupe le 9e rang des multinationales les plus valorisées. Si donc Syngenta, dont le siège sera maintenu à Bâle, va être décoté, il est prévu qu’il redevienne ultérieurement en partie à nouveau public à travers une IPO (Initial Public Offering) «pour assurer le maintien des standards internationaux de bonne gouvernance et pour financer les opportunités de croissance ultérieures», a précisé Jianxin Ren. (24 heures)

Créé: 03.02.2016, 21h22

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