Les Bourses sont au plus haut. Jusqu'à quand?

EconomieDix ans après la crise des subprimes, la planète folle des marchés boursiers est-elle au bord d’une nouvelle bulle financière?

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Dans la torpeur de l’été, à peine remarque-t-on les mouvements des marchés boursiers. L’économie se porte à merveille. Aux Etats-Unis, un taux de croissance de 3,7% au troisième trimestre est évoqué par la Réserve fédérale (banque centrale) d’Atlanta, faisant suite à la parution de la statistique de l’emploi de juillet: 231 000 nouveaux jobs, beaucoup plus qu’attendu.

Le chômage est orienté à la baisse, un peu partout. La Bourse cartonne. Le Swiss Market Index (SMI) a signé un nouveau record vendredi, à 9187 points. Et le Dow Jones s’est hissé sur la barre des 22 000 points. Les professionnels de la Bourse appellent cela un «rally». En un an, à la fin de juillet, le Dow Jones, l’indice de référence de Wall Street, a progressé de 21,47%. Et le S&P Euro, qui regroupe 350 grosses valeurs de la zone euro, a fait un peu moins (19,8%).

Octobre, le terrible mois

Les indices planent, à peine dérangés par des alertes, cantonnées à des entreprises précises – comme Twitter – ou des secteurs malmenés, comme l’énergie… Bref, ce gazouillis financier n’est pas de nature à freiner l’expansion des marchés. Des experts agitent pourtant le tocsin. Des oiseaux de mauvais augure, comme le Suisse Marc Faber ou l’Américain Jim Rogers, prédisent une catastrophe économique et l’effondrement des marchés financiers.

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De manière plus nuancée, Christine Lagarde, patronne du FMI, est assez optimiste à court terme, mais identifie des risques «à moyen terme». Une éventuelle correction boursière, une croissance excessive du crédit en Chine et une réaction trop brutale à la normalisation de la politique de la Fed américaine sont pointés du doigt. Septembre approche, suivi par octobre. Durant ce terrible mois, ce ne sont pas seulement les feuilles qui se ramassent à la pelle. Mais aussi, nous dit la mémoire collective des acteurs de la Bourse, les titres financiers. Comme le 24 octobre 1929 du fameux krach de Wall Street.

Film culte

Il y a trente ans, c’est aussi en octobre que les marchés ont dévissé après une phase d’euphorie. Ce coup d’arrêt signifiait la fin des années «fric», celles des raiders immortalisés par le film Wall Street, avec Gordon Gekko (Michael Douglas), fiction culte sortie en 1987.

Il y a vingt ans, d’autres secousses se sont produites. Durant l’été mais surtout en octobre… encore. Le 23 octobre 1997, le Hang Seng, indice vedette de la Bourse de Hongkong, plonge de 10,4%, perdant même 25% de sa valeur en quelques jours. Sueur, larmes et poches trouées.

Un an plus tôt, une petite phrase lâchée par Alan Greenspan, alors patron de la Fed (la banque centrale des Etats-Unis), lui a longtemps collé à la peau: il dénonçait «l’exubérance irrationnelle des marchés». Mais la situation peut difficilement être comparée à celle d’aujourd’hui. La mégapole venait d’abandonner son statut de colonie britannique pour rejoindre, contrainte et forcée, la Chine. L’Asie, cependant, nous a habitués aux tornades boursières. A côté des poids lourds (Chine et Japon), des marchés parfois oubliés, comme la Corée du Sud, retiennent aujourd’hui l’attention.

Basé à Singapour pour le compte de la banque genevoise Reyl, Daryl Liew affiche pourtant son optimisme sur l’évolution du marché local, soulignant notamment que le nouveau président Moon Jae-in a «pris des mesures visant à restructurer les entreprises coréennes», ces fameux conglomérats appelés chaebols qui entravent les volontés de libéralisme économique du pays. «Economie ouverte et axée sur les exportations, la Corée du Sud a souffert du fléchissement du commerce mondial depuis la crise financière de 2007-2008», ajoute Daryl Liew.

La crise des subprimes (prêts pourris consentis à des débiteurs n’ayant pas les moyens d’honorer leurs dettes), dont les prémices sont apparues il y a dix ans, en revanche, n’a pas été ponctuée de krachs boursiers importants. Le 7 août 2007 – il y a exactement dix ans – la fermeture soudaine de trois fonds spéculatifs immobiliers affole les marchés. Le 13 septembre, nouvelle alerte en Grande-Bretagne: la banque Northern Rock, engluée dans les subprimes, appelle au secours la Banque d’Angleterre. La crise s’intensifie jusqu’à la liquidation de Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaine, en septembre, et le sauvetage d’UBS le 16 octobre 2008.

Le chaud et le froid

Ces krachs ou ces crises se sont tous déroulés suite à des périodes d’euphorie. Ils apparaissent en moyenne tous les dix ans. Ces cycles ont été décrits à la fin du XIXe siècle par l’économiste français Clément Juglar. Selon lui, ils sont ponctués par trois phases: l’expansion, la crise et la liquidation. On développe, on se fige, on nettoie.

Et aujourd’hui? Patrice Gautry, chef économiste à l’Union Bancaire Privée, ne craint pas de krach boursier: «Entre 2007 et 2017, la page qui se tourne est celle de la longue convalescence de l’économie. Le malade est enfin sorti. Il caracole sur ses deux jambes. L’économie va bien. Les entreprises annoncent des bénéfices en forte hausse.» «Les marchés peuvent encore progresser d’ici à la fin de l’année. Comme la température qui monte et qui baisse, une chute est possible en octobre, en raison de prises de bénéfices. Mais, dans l’ensemble et à part quelques soubresauts, 2017 devrait être une bonne année.»

Pas de chute brutale, donc? «Non, sauf si un événement très lourd, en particulier de nature géopolitique, devait se produire.» Les experts du groupe Nordea s’attendent eux à une «forte volatilité des marchés durant le second semestre». Après la torpeur de l’été, la stupeur de l’automne? Les marchés, c’est bien connu, aiment jouer à se faire peur. C’est sans doute une manière d’exister.

(24 heures)

Créé: 07.08.2017, 08h08

Chronique d’un trouble annoncé

Octobre 1987
Surnommé «Black Monday» (lundi noir), en référence au jeudi noir du krach de 1929, le 19 octobre 1987 est marqué par une violente secousse aux Etats-Unis. L’indice Dow Jones de la Bourse de New York chute de 22,6%, après avoir perdu 4% le vendredi précédent. Les autres marchés suivent. Cet épisode clôturera une période de forte remontée des taux d’intérêt et d’appréciation spéculative du dollar.

Octobre 1997
Les tensions sont vives sur les marchés, depuis la petite phrase d’Alan Greenspan, patron de la Banque centrale des Etats-Unis, critiquant «l’exubérance irrationnelle des marchés». Les Bourses sont nerveuses. Une première secousse intervient en août. Fin octobre, la réplique part d’Asie. Hongkong dévisse de 25% en quelques jours, entraînant dans sa chute les marchés occidentaux.

Août 2007
La crise des subprimes, liée à des prêts hypothécaires accordés à des ménages américains peu solvables, fait son apparition il y a dix ans. En août, elle éclate dans les milieux financiers avec la fermeture de trois fonds immobiliers spéculatifs gérés par BNP Paribas, qui perdent 23% de leur valeur du 27 juillet au 7 août. Elle se poursuivra en 2008 avec la liquidation de la banque d’affaires Lehman Brothers, en septembre, et le sauvetage d’UBS, le 16 octobre 2008.

Août 2017
Les Bourses sont au plus haut. Le chômage est au plus bas. Les marchés américains sont emmenés par les fameux «GAFAM» (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), dont la capitalisation boursière est égale au Produit intérieur brut de l’Allemagne. Le Dow Jones s’est hissé au-dessus des 22 000 points. En Suisse, le SMI (indice de référence) est assis solidement sur la barre des 9000 points. Mais quelques signaux – encore faibles – montrent que la fête est peut-être finie.

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