Les CFF touchés par les soucis d’Alstom

BelfortLa production des 47 locomotives destinées en partie à Lausanne sera déplacée en Alsace.

Toute la production des locomotives d’Alstom devrait quitter Belfort.

Toute la production des locomotives d’Alstom devrait quitter Belfort. Image: EPA

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L’annonce, en milieu de semaine passée, de la fermeture de l’usine d’Alstom à Belfort, derrière le canton du Jura, ne signifie pas seulement un drame pour les 400 employés du groupe français directement touchés. Ils perdront leur emploi à cause du carnet de commandes trop maigre du producteur des TGV.

Cette annonce comporte aussi un important volet suisse dont personne ne parle pour l’instant: les 47 locomotives bimodes Prima H4 achetées en novembre 2015 à Alstom par les CFF pour 175 millions d’euros (191 millions de francs). Elles auraient dû être fabriquées sur le site d’Alstom à Belfort, et entrer en service commercial pour CFF Infrastructure en 2018. Il est prévu qu’elles servent à des travaux de voie sur le réseau ferroviaire des CFF, ainsi qu’à des opérations de manœuvre sur les voies de triage de Lausanne et de Limmattal près de Zurich.

Les 47 locomotives seront-elles livrées à temps? Et où seront-elles produites, si Belfort ferme bel et bien, comme le soutenait encore hier le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, engagé dans un véritable bras de fer avec l’Exécutif français? Celui-ci étant souvent accusé de s’occuper un peu tard de la faiblesse des commandes de la SNCF.

Bon espoir sur les délais

Les informations passent pour l’instant au compte-gouttes la frontière jurassienne. Donatella Del Vecchio, porte-parole des CFF, indique que «les CFF ont bon espoir qu’Alstom livre (les locomotives) comme prévu. Même si, selon Alstom, leur production sera déplacée de Belfort à Reichshoffen», à 220 kilomètres au nord de Strasbourg.

Les locomotives «suisses» ne seront pas les seules à être touchées, puisque c’est en fait toute la production de locomotives du groupe français qui quittera son site historique de Belfort, pour se délocaliser d’ici à 2018 dans cette ville du département du Bas-Rhin.

Loin d’être un simple déménagement, cette fermeture signifie qu’Alstom se coupe de ses racines. Le groupe industriel présente toujours Belfort comme «le centre mondial d’excellence» de ses activités de transport. Installé en 1879, il y a produit sa première locomotive à vapeur dès l’année suivante. C’est là, aussi, qu’a été conçu le premier TGV, livré à la SNCF en 1978.

Capitale des TGV

Depuis, toutes les motrices de train à très grande vitesse vendues par Alstom sont sorties de l’usine de Belfort, soit plus de 1300 exemplaires. Aujourd’hui, le site héberge également des activités de maintenance et de réparation, et réunit au total 520 salariés. Cela correspond à 1,6% du total des employés du groupe comprenant 31 000 collaborateurs.

A huit mois des présidentielles, ce feuilleton est aussi éminemment politique: le président François Hollande puis hier encore le premier ministre Manuel Valls se sont exprimés pour le maintien en Bourgogne-Franche-Comté de la production de matériel ferroviaire roulant .

La France est le pays où Alstom compte le nombre le plus élevé de fabriques (10 unités). Mais c’est aussi le marché en Europe qui «reste difficile», avec très peu d’investissements sur le marché régional. Les TGV du futur ne sont attendus que dans quelques années et la demande de tramways s’est ralentie. .

On se rappelle qu’Alstom a cédé à la fin de 2015 ses activités Energie au géant américain General Electric pour se consacrer uniquement aux transports. Cela avait coûté leur emploi à 900 personnes en Suisse, à la suite d’une réorganisation dans la fabrication de turbines en Argovie.


Alstom Suisse sabre dans ses effectifs

Alstom Suisse Transport poursuit la suppression de trois quarts de ses effectifs. Ce n’est en effet pas seulement le site historique de Belfort qui va cesser ses activités ferroviaires. La fameuse Fabrique suisse de wagons (Schweizerische Waggonfabrik), fondée en 1853 et qui est l’ancêtre des SIG (Schweizerische Industriegesellschaft), reprise par Alstom en 2001, ne fabriquera elle aussi plus de matériel roulant. «Le site d’Alstom à Neuhausen (aux chutes du Rhin, à Schaffhouse) mène depuis 2015 une reconversion. De la production de boggies (le chariot avec les essieux et les roues placés sous le wagon), il devient un site de vente et de services dans ce domaine, explique la porte-parole d’Alstom pour la Suisse, Tanja Kampa. Alstom emploiera en Suisse de 25 à 30 employés, dont 10 à Genève et le reste à Neuhausen.» Cette précision est toutefois accordée sans mentionner de date.

Il faut savoir qu’en mai 2014, lors d’une présentation effectuée à Zurich par le président d’Alstom Suisse, l’ancien conseiller fédéral Joseph Deiss, un effectif de «110 à 120 employés» était évoqué pour l’activité de transport à Neuhausen.

Créé: 14.09.2016, 10h20

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