Les IA sont en passe de bouleverser l’éducation

TechnologieLors d’une journée consacrée aux défis posés par les IA, la manière de préparer la future génération à cette ère du «big data» a fait débat.

En septembre dernier, Gabriel Sassoon a pu interviewer le robot Sophia qui simule la conversation humaine.
Vidéo: KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

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Comment préparer la future génération à une ère du «big data» où l’intelligence humaine serait dépassée par des algorithmes de plus en plus puissants, voire autonomes dans un avenir proche? Comment adapter notre monde du travail à cette nouvelle réalité? Ces questions sont lancinantes depuis de nombreux mois. «Si nous ne changeons pas la manière d’éduquer nos enfants, dans trente ans nous aurons de gros soucis», avertissait en janvier Jack Ma, le patron d’Alibaba, au Forum de Davos.

Jeudi, à Lausanne, ces aspects revenaient inlassablement lors des discussions organisées dans le cadre de l’Empowerment Summit, une journée consacrée aux enjeux posés par les intelligences artificielles (IA). Au fil des panels et des conversations, le constat est qu’une réelle prise de conscience existe désormais, notamment pour la problématique de l’éducation.

Du côté de l’EPFL, le vice-président des systèmes d’information, Édouard Bugnion, évoque par exemple l’organisation de discussions avec les écoles pour essayer de mieux préparer les enfants à ces nouveaux défis. «Est-ce que nous arrivons à temps ou sommes-nous déjà trop tard? La réponse n’est pas simple. Au moins les esprits évoluent dans le bon sens», estime ce dernier.

Éducation transdisciplinaire

D’autres pistes de réflexion se dessinent également. «Il faut s’engager pour une transdisciplinarité des recherches au sein des hautes écoles et parvenir à y établir une vraie culture du digital», propose Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité à l’Université de Lausanne. Pour Monica Bello, conservatrice et responsable des arts au CERN, «l’enseignement devra à l’avenir s’orienter essentiellement vers des compétences non techniques telles que les humanités, la culture ou encore l’éveil à l’esprit critique».

Le problème est que ces réflexions arrivent tardivement et restent encore trop souvent au stade de piste. Même si les IA actuelles possèdent des capacités encore limitées, leur rapidité de progression apparaît considérable. Au Forum de Davos de 2017, Sergey Brin, cofondateur de Google, avait fait part de sa surprise en observant la vitesse avec laquelle les IA parviennent à s’éduquer.

«La révolution est au coin de la rue», avertit Laurent Alexandre. Le médecin et entrepreneur français, auteur de l’essai «La guerre des intelligences», s’inquiète pour sa part du futur de ceux qui ne bénéficieraient pas de telles compétences et peineraient à réfléchir de manière transdisciplinaire. «Que faudra-t-il faire: se contenter de verser aux personnes larguées un revenu universel et les laisser se vautrer devant des émissions de télé-réalité ou au contraire chercher à doper leur intelligence par des méthodes d’enseignement qui n’existent pas encore ou par l’implantation de puces dans le cerveau – comme l’imaginent Elon Musk et les apprentis sorciers de sa start-up Neuralink?» s’interrogeait, il y a quelques mois dans nos pages, l’écrivain français.

La concurrence chinoise

Les défis posés par la montée en puissance des IA apparaissent d’autant plus grands qu’ils risquent d’être également à teneur géographique. Alors que l’Occident en est encore à se demander comment s’adapter à cette révolution en marche, la Chine prépare activement sa jeunesse afin de devenir d’ici à 2030 la première puissance au monde dans le domaine de l’intelligence artificielle.


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Il y a un an, Pékin dévoilait ainsi son ambitieux plan. Baptisé «A Next Generation Artificial Intelligence Development Plan» (plan de développement de l’intelligence artificielle pour la nouvelle génération), ce dernier détaille la manière dont le gouvernement entend atteindre un objectif décrit comme «une opportunité historique pour la Chine». D’après PricewaterhouseCoopers, en 2017, la Chine a ainsi investi plus d’argent que les Américains dans le développement de start-up actives dans le domaine de l’intelligence artificielle. C’est d’ailleurs grâce aux données colossales récoltées par les géants américains et chinois que cette nouvelle ère du «deep learning» (ndlr: technique où la machine arrive à apprendre par elle-même) est possible.

Une Suisse bien positionnée

À son échelle, la Suisse pourrait finir par tirer profit de cette révolution. «Bénéficiant de finances saines et d’une économie en pleine forme, comptant très peu de chômeurs et de laissés-pour-compte, la Suisse dispose de bases bien meilleures pour encaisser le choc de l’IA et réussir à intégrer les personnes les moins douées», estime Laurent Alexandre.

L’essayiste français salue notamment le système d’apprentissage propre à la Suisse. Mais comme pour les autres formes d’enseignement, pour répondre aux millions de jobs qui devraient malgré tout être créés grâce aux IA, ce dernier précise que cette formation devra être adaptée. «De la formation ultraspécialisée proposée actuellement par cette voie professionnelle, il faudra que l’apprentissage suisse revienne vers une forme d’enseignement multidisciplinaire et transversale pour permettre aux jeunes de développer des compétences complémentaires à celles apportées par les IA», conclut le Français. (24 heures)

Créé: 04.10.2018, 21h56

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