«Les détaillants suisses font grimper les prix»

ConsommationLe Secrétariat d’État à l’économie donne l’alerte: le pain blanc, le yogourt et le jambon cru sont très chers en Suisse.

Les expertises pointent de fortes différences dans le prix du pain entre la Suisse et l’Allemagne.

Les expertises pointent de fortes différences dans le prix du pain entre la Suisse et l’Allemagne. Image: DR

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Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) ne se soucie pas que de la santé des exportations helvétiques. Il démontre aussi une réelle attention aux préoccupations des consommateurs les plus modestes. Ainsi donne-t-il l’alerte sur sa propre plateforme d’information, «La Vie économique»: «Le commerce de détail fait grimper les prix.»

Telle est la conclusion de l’étude effectuée par des experts d’Agroscope (Centre de compétences pour la recherche agricole, lié à l’Office fédéral de l’agriculture) et de l’Université de Wageningen (Pays-Bas), mandatés par le SECO. Ils ont mené leur travail en se référant à trois produits: le pain blanc, le yogourt et le jambon cru.

Et ces spécialistes révèlent un score sans appel: «Le pain blanc coûte en Suisse deux fois plus cher qu’en Allemagne. Le prix du yogourt suisse dépasse d’un cinquième celui de son homologue français. Le différentiel est identique pour le jambon cru, au nord et au sud des Alpes.» Le tout selon des données d’Eurostat, liées à la période 2013-2015, sans inclure la TVA.

Mandatés tout autant par le SECO, des spécialistes de la Haute École des sciences appliquées de Zurich, de l’institut bâlois BAK Economics et de l’Université berlinoise Humboldt ont également publié cette semaine une étude sur la plateforme «La Vie économique». Aux conclusions elles aussi peu réjouissantes.

Forte concentration

«La Suisse est un îlot de cherté. En 2015, le consommateur y a en moyenne payé 45% de plus qu’en France, en Italie, en Allemagne et en Autriche pour un panier de produits alimentaires identique et pondéré», indiquent les auteurs de la seconde étude, insistant notamment sur le lourd différentiel lié aux produits carnés (voir chiffres ci-dessus).

Les experts observent en outre que la politique agricole suisse et la taille modeste des exploitations du pays suscitent certes des frais supplémentaires: «Ces derniers n’expliquent toutefois qu’une petite partie des prix plus élevés pratiqués dans la patrie de Guillaume Tell. Les stades de la transformation et de la distribution jouent un rôle nettement plus important.»

Autrement dit des tâches assumées en grande partie, parfois exclusivement, par les plus grands distributeurs du pays (Migros et Coop). Tendance favorisée par une forte concentration des forces dans le commerce de détail helvétique. Migros et Coop contrôleraient plus de 80% de la partie alimentaire, selon les auteurs d’une des deux études. «Et la concentration du marché fait monter les prix», précisent-ils.

À ce sujet, Migros réplique en force: «Au niveau du commerce de détail, la concurrence s’avère féroce en Suisse. Celle-ci est le fait de discounters ou de distributeurs actifs sur la Toile. De nombreux consommateurs suisses font en outre leurs achats dans les pays voisins.»

Porte-parole de la Fédération des coopératives Migros, Tristan Cerf déplore en outre «les coûts élevés de la production agricole en Suisse». Sascha Jucker, économiste de Credit Suisse, évalue pour sa part que «le degré de protection de notre agriculture joue aussi un rôle».

Moins cher en Suisse

Robin Eymann, responsable de la politique économique à la Fédération romande des consommateurs, voit toutefois les choses autrement: «Une des deux recherches confirme une concentration de marché en Suisse favorisant des prix élevés. Sans que cela ne soit lié à des frais supérieurs, induits par la production. Les surcoûts potentiels de l’agriculture n’influencent donc guère les prix à l’étalage.»

Faute d’avoir pu prendre connaissance, dans le détail, des études publiées par le SECO, Coop a préféré s’abstenir de les commenter. Il en ressort, quoi qu’il en soit, une observation susceptible de réconforter les distributeurs et les consommateurs du pays. Certains des experts mandatés par le SECO sont parvenus à identifier deux gammes de produits meilleur marché en Suisse: les meubles et l’électronique de divertissement.

(24 heures)

Créé: 26.02.2019, 22h06

En chiffres

Distribution : +50%
Tel est le supplément, en moyenne, à payer chez les détaillants suisses par rapport aux prix affichés dans les pays voisins.

Alimentation : +45%
Différentiel moyen des prix observés entre la Suisse et les pays voisins pour les denrées alimentaires.

Viande : +85%
Supériorité moyenne des prix des viandes en Suisse par rapport à la moyenne des prix dans les pays voisins.

Boissons : +23%
Les boissons sans alcool se paient en moyenne près d’un quart de plus en Suisse que dans les pays voisins.

ZHAW et BAK Economics

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