Les fonds de placement ne sont pas morts!

BILANLa libéralisation du marché européen a fait craindre, il y a trente ans, pour la compétitivité et la survie de l’industrie des fonds suisses. Mais le secteur a su s’adapter.

Fin 2018, on comptait 9824 fonds autorisés à la distribution au public en Suisse.

Fin 2018, on comptait 9824 fonds autorisés à la distribution au public en Suisse. Image: Sorbetto/Getty images

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Trop chers, pas assez performants, cadre légal trop strict… Les fonds de placement suisses ont essuyé bien des critiques ces dernières décennies. Mais alors que certaines voix prédisaient il y a trente ans un avenir sombre pour ce secteur (lire l’encadré), il ne s’est jamais aussi bien porté. Pour preuve, selon les statistiques de la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA), les volumes estimés s’établissent à un nouveau sommet en avril 2019: 1161 milliards de francs, en hausse constante depuis quatre mois. Par rapport à la fin de l’année 2018, la progression est de presque 11%.

Cette bonne nouvelle ne suffit pas à dépeindre un futur ciel sans nuages. En effet, des freins tels que le droit de timbre, l’impôt anticipé et autres taxes demeurent des épées de Damoclès au-dessus des fonds de placement. L’Association suisse des banquiers (ASB) ne cesse d’ailleurs de le répéter, notamment dans une prise de position publiée en janvier 2018: « Il faut abolir ces taxes afin de renforcer la compétitivité du secteur financier suisse sur la scène internationale.» En 2009 déjà, une étude de l’institut conjoncturel BAK Basel démontrait qu’une telle réforme serait positive pour l’ensemble de la Suisse. Aux détracteurs qui pointent du doigt les pertes fiscales immédiates, BAK Basel assurait qu’elles seraient compensées sur le long terme, avec une hausse du produit intérieur brut de 1,2% par an et la création de quelque 22'700 emplois.

A l’avenir, les réglementations continueront d’influencer les fonds de placement, comme ce fut le cas par le passé. « L’environnement réglementaire est et restera en perpétuelle évolution. Il impacte les modalités de gestion des fonds de placement de plein fouet », affirme Nicolas Sionè, chief marketing officer chez Mirabaud Asset Management

Fin 2018, 9824 fonds (+422 sur l’année) étaient autorisés à la distribution au public en Suisse, dont 1726 de droit suisse (+84) et 8098 de droit étranger (+338), à majorité luxembourgeoise (5409 fonds, +193). Et l’ASB de rappeler: « Derrière ces fonds de placement domiciliés pour l’essentiel au Luxembourg ou en Irlande, on trouve le plus souvent des banques suisses, qui ont choisi de les constituer dans des pays où les conditions-cadres sont plus favorables. Nous devrions faire en sorte que ce segment revienne en Suisse .» Nicolas Sionè abonde dans ce sens. S’il reconnaît la compétitivité de cette industrie surtout sur les classes d’actifs considérés comme étant mainstream, il trouve « cependant malheureux qu’un fonds de droit suisse ne soit pas automatiquement enregistrable à l’international alors que l’inverse est souvent vrai ».

Mais les fonds étrangers sont eux aussi sous pression: «Dans certains pays où des réglementations importantes jouent un rôle majeur, comme au Royaume-Uni, nous constatons également que, dans une certaine mesure, les clients finaux devront supporter les coûts de ces réglementations ou alors ils seront facturés en sus pour des services spécifiques», avertit Christophe Hefti, global head business development & client relationship management, chez UBS Fondcenter.

Les fonds thématiques ont le vent en poupe

L’un des atouts des fonds de placement suisses, c’est leur capacité à créer des fonds thématiques surfant sur les grandes tendances. On se souvient ainsi du fonds misant sur l’eau de la banque privée Pictet. Lancé en 2000, le Pictet Water Fund a régulièrement surperformé son indice de référence. Avec une fortune actuelle de 4806 millions, il est le 8e plus grand fonds suisse en actions. La Banque Pictet classe deux autres fonds thématiques dans ce top 10: Pictet – Robotics, au 6e rang avec 5327 millions de francs, et Pictet – Global megatrend selection, en 3e position avec 7310 millions, juste derrière Credit Suisse et UBS.

A l’heure actuelle, deux grandes tendances caracolent en tête: l’investissement socialement responsable, notamment l’impact investing, et les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle. Pour la SFAMA, l’investissement ESG est aujourd’hui en bonne voie de devenir la norme — cela se reflète dans la croissance continue des fonds durables ouverts au public. L’association explique leur évolution impressionnante par le fait que les investisseurs sont toujours plus nombreux à se demander ce que leur argent sert à financer, reconnaissant qu’ils sont ainsi de plus en plus exigeants quant à l’aspect vertueux, ou du moins non néfaste, de leurs placements.

On a bien souvent pensé l’industrie financière suisse au bord du gouffre, elle s’est pourtant toujours réinventée. Les critiques du secteur, dont la voix s’est fait entendre il y a trente ans, ont eu tort. « Les fonds de placement n’ont pas vocation à disparaître, quand bien même il était nécessaire de les faire évoluer pour étoffer la gamme de solutions d’investissement mise à disposition des potentiels investisseurs, rassure Nicolas Sionè. Il a fallu aussi y ajouter de la granularité en termes d’actifs traités pour contribuer à la notion de transparence et de contrôle d’avoirs.» Longue vie aux fonds de placement!

Créé: 26.07.2019, 12h59

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«Des fonds menacés de marginalisation»


En 1989 Bilan publiait dans son premier numéro le classement des meilleurs fonds suisses. A cette occasion, il interrogeait deux spécialistes de la Banque Julius Baer, Heinz Schmid, directeur, et Peter Spinnler, responsable des projets «fonds».

Ce dernier faisait le point sur les nouvelles réglementations liées à cette industrie. Il avouait ses craintes quant à la féroce compétitivité engendrée par la commercialisation prochaine des fonds de placement dans toute l’Europe à partir du Luxembourg. Il affirmait: « Si la Suisse ne veut pas assister à un exode de son commerce de fonds, le législateur n’aura d’autre solution que de s’aligner sur les dispositions légales en vigueur à l’étranger.»

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