Les pharmacies peuvent fabriquer les désinfectants

ÉpidémieLes officines ont le feu vert pour préparer leur gel biocide «maison» à cause de la rupture de stock. Alcosuisse, le fournisseur clé d’éthanol, dément toute pénurie.

Alcosuisse a annoncé hier des capacités supplémentaires pour les officines préparant des désinfectants «maison».

Alcosuisse a annoncé hier des capacités supplémentaires pour les officines préparant des désinfectants «maison». Image: KEYSTONE

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«Nous en avons recommandé lundi à notre grossiste, Amedis… qui ne nous a donné aucune date de livraison», explique une pharmacienne du quartier de la gare de Lausanne, devant des présentoirs vides de solution hydroalcoolique.

«Certains clients arrivent pour acheter une dizaine de flacons, pour quoi faire… si ce n’est pour les revendre», s’insurge une consœur gérant la pharmacie d’une grande chaîne. «On dit non… ce qui nous permet d’en fournir aux parents d’un prématuré qui viennent de passer», poursuit cette dernière.

Face à la rupture de stock généralisée de ces biocides en Europe, les officines ont la possibilité d’en concocter à partir d’alcool pharmaceutique – en général de l’éthanol ou de l’alcool isopropylique. Mais encore faut-il en trouver.

Tensions sur l’alcool à 70°

Principal fournisseur d’éthanol du pays, Alcosuisse a ainsi fait état en début de semaine d’un allongement de ses délais de livraison. «Une à deux semaines contre quelques jours auparavant; en trente ans, c’est la première fois que je vois de telles tensions sur l’alcool», lance Michel Pellegrinelli, directeur de Districhimie.

«Tout le monde surstocke après la mobilisation du Conseil fédéral, vendredi, pour enrayer cette épidémie de coronavirus», ajoute ce grossiste en produits chimiques d’Écublens, qui a vu ses commandes d’alcool décupler en quelques jours. Selon ce dernier, la situation est encore plus tendue sur le marché européen de l’alcool isopropylique, un composant alternatif.

«Nous faisons face à une avalanche de demandes de particuliers – auxquels nous ne livrons pas ces produits inflammables – qui complique énormément notre travail», reconnaît de son côté Florian Krebs, le responsable d’Alcosuisse. Privatisée il y a un an, l’ancienne entité de la Régie fédérale des alcools assure avoir toujours accès à suffisamment d’éthanol pour répondre en continu à la demande de ses clients existants – en particulier les cinq ou six gros fabricants industriels de solutions désinfectantes dans le pays.

«À ce jour, il n’y a aucun problème d’approvisionnement de la part de nos différents fournisseurs européens», répète le responsable de cette société dépendant du distributeur de produits chimiques bernois Thommen-Furler. Aux yeux de Florian Krebs, cette pénurie de flacons de biocide est avant tout liée à «la réaction de panique d’une partie du public qui a commencé à acheter tout ce qui se présentait».

Au point de dépasser «momentanément» les capacités des producteurs à les mettre en flacons puis à les distribuer. Afin de débloquer ces goulots d’étranglement, la maison mère d’Alcosuisse a annoncé hier la mobilisation de capacités supplémentaires de conditionnement en petits récipients et de distribution de l’éthanol, à destination des pharmacies et des drogueries préparant des désinfectants «maison».

Produire dans son arrière-boutique une solution hydroalcoolique destinée à être mise en rayon nécessite un minimum de matériel dont toutes les officines sont loin d’être équipées. Et surtout une autorisation «qui pouvait prendre des semaines», se souvient une pharmacienne qui proposait par le passé une crème pour les mains de son cru.

Mardi, l’Office fédéral de la santé publique a cependant annoncé la mise en place d’une autorisation pour «situations exceptionnelles» jusqu’au 31 août. Elle permet aux pharmacies et aux drogueries «de mettre à disposition des désinfectants sans avoir à soumettre une demande préalable à l’organe de réception des notifications des produits chimiques».

L’éthanol s’envole

Observée dans les pays voisins, cette ruée sur l’éthanol fait flamber les prix sur le marché européen. D’autant que les stations-services concurrencent les officines, alors que le produit est intégré de façon croissante dans l’essence «verte» E85.

«Pour les nouveaux besoins des pharmacies, nous avons dû commander à nos fournisseurs traditionnels des quantités additionnelles à des prix significativement supérieurs», reconnaît le directeur d’Alcosuisse. Qui remarque qu’un nouvel acheteur se présentant sur le marché européen «n’aurait aucune chance d’en obtenir».

À défaut du précieux éthanol, le savon «reste un très bon désinfectant», souffle le patron de Districhimie. Se laver les mains prend un peu plus de temps. Mais ne souffre, pour l’instant, d’aucun souci d’approvisionnement.



Les usines de masques augmentent la cadence

Depuis mercredi, un décret émis par l’Élysée permettra à la France de réquisitionner tous les masques médicaux disponibles dans le pays. Et dans les pharmacies de l’Hexagone, la précieuse protection n’y est plus accessible que sur ordonnance médicale. Car la pénurie guette en France, elle serait même mondiale à en croire l’OMS. En Suisse, au vu des affichettes collées sur les portes d’entrée de nombreuses pharmacies, la situation est critique.

«Les officines sont confrontées à des ruptures de stock de produits de désinfection et de masques», nous confirme Nicole Demierre Rossier, porte-parole de l’association PharmaSuisse. Notre pays possède pourtant quelques réserves stratégiques.

L’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) et la pharmacie de l’armée détiennent notamment quelque 500'000 FFP2/3 (masque de protection respiratoire) et 13 millions de masques d’hygiène. «Mais ils sont destinés au personnel soignant», indique l’OFPP.

Face à l’explosion de la demande mondiale, l’industrie cherche à augmenter sa production. Le groupe 3M, l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’équipements de protection individuelle pour les secteurs médical et industriel le confirme.

«En réponse au nouveau coronavirus, nous avons augmenté la production dans nos usines du monde entier dans le but de pouvoir répondre à cette demande accrue», explique le géant. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS, réclamait récemment une hausse de 40% de la production, car le monde aura besoin de 89 millions de masques médicaux dans les semaines à venir. O.W.

Créé: 04.03.2020, 20h33

La recette de l’OMS

Difficile pour Berne d’être trop pointilleuse sur les désinfectants concoctés par les pharmaciens suisses quand l’Organisation mondiale de la santé en diffuse la recette à destination des officines du monde entier.

En voici les ingrédients (hautement inflammables) pour 10 litres de biocide: 8,3 l d’éthanol, ou 7,5 l d’isopropanol. Ainsi que 145 ml de glycérol, afin de ne pas (trop) s’abîmer les mains. Voire 417 ml de peroxyde d’hydrogène, histoire d’empêcher que des bactéries ne se développent dans le produit lors de sa conservation. Compléter avec de l’eau bouillie. Ajouter un colorant pour identifier le produit. Attendre 72 heures.

Coût de revient pour 100 ml? Entre 0,3 dollar au Mali et 0,5 dollar à Hong Kong, flacon compris. Dans le commerce, l’OMS relève des prix allant de 2,50 dollars à 8 dollars pour le gel. Des tarifs datant d’avant la grande peur du coronavirus. Et d’avant l’envol du prix de l’éthanol. P.-A.SA.

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