Les taxes de Trump inquiètent jusqu’en Suisse

ExportationsOpposé aux majorations de prix sur l’aluminium et l’acier, le conseiller économique du président américain démissionne.

Tête-à-tête au sommet, en janvier à Davos, entre Donald Trump et Alain Berset.

Tête-à-tête au sommet, en janvier à Davos, entre Donald Trump et Alain Berset. Image: PETER KLAUNZER

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Le départ de Gary Cohn, la caution économique du président Trump, inquiète. Annoncée mardi, cette démission vient confirmer la nature populiste de l’administration américaine caractérisée par une politique alliant dépenses publiques et protectionnisme. «C’est une mauvaise nouvelle puisqu’il représentait la mouvance libre-échangiste au sein de l’équipe Trump, face au couple constitué du ministre du Commerce, Wilbur Ross, et du conseiller Peter Navarro», relève Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier.

Démocrate de cœur, Gary Cohn s’était récemment opposé à la volonté du président d’imposer une taxe sur l’acier et l’aluminium importés aux États-Unis. Une taxe dont les effets indirects pourraient peser sur l’économie suisse.

Risque d’escalade

Mercredi à Genève, l’ambassadeur suisse a d’ailleurs enjoint aux États-Unis de se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Lundi déjà, une quinzaine d’autres États avaient partagé leur «préoccupation» auprès de l’OMC.

À première vue, la statistique des exportations suisses d’acier et d’aluminium vers les États-Unis est rassurante: une nonantaine de millions seulement ou environ 16 000 tonnes, une part faible du total de 37 milliards de francs de biens écoulés annuellement là-bas. Rien de bien dangereux pour l’économie locale, semble-t-il. Vraiment?

À y regarder de plus près, la Suisse n’est pas immunisée contre les effets indirects des taxes envisagées sur l’acier et l’aluminium. Ces dernières provoqueraient des mesures de rétorsion avec un risque d’escalade. Harley-Davidson contre Daimler-Benz en somme. Dès lors les PME suisses pourraient souffrir. Elles qui exportent souvent en Europe ou en Asie des composants high tech ou des produits à forte valeur ajoutée, utilisés dans la fabrication de biens destinés… aux États-Unis.

De nombreux secteurs sont concernés, allant de l’automobile aux technologies médicales. «Les PME suisses sont très présentes dans ces marchés de niche», explique Jan Atteslander, responsable des relations économiques extérieures chez EconomieSuisse.

Le moment choisi par Donald Trump est délicat. L’économie mondiale retrouve des couleurs alors que le taux de chômage américain a atteint un niveau plancher. «Une escalade ne serait pas bonne pour la conjoncture mondiale au moment où les perspectives de croissance sont en hausse», analyse Jan Atteslander. Aux États-Unis et en Europe, l’économie devrait avancer de 2,5% cette année. «Entre 1,5% et 1,8% en Suisse», ajoute Samy Chaar.

Ce dernier estime que les États-Unis ne se sont pas lancés dans une guerre commerciale incontrôlée. «Les annonces sur l’acier et l’aluminium sont ciblées et réfléchies. Elles entrent dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain Aléna, avec le Canada et le Mexique, où les États-Unis se sentent lésés.» Bref, le président Trump enverrait ainsi un signal fort à ses partenaires économiques nord-américains.

Les mesures envisagées par Donald Trump risquent paradoxalement de peser sur les entreprises américaines. Qui dit taxes sur les produits de base importés dit hausse de prix pour les firmes produisant aux États-Unis. «Cela peut induire une perte de compétitivité de la production sur sol américain», souligne Jan Atteslander. Une situation dont les effets négatifs ne manqueraient pas de freiner la consommation, le principal pilier économique des États-Unis.

La Suisse «sur le gril»

Par ricochet, ce phénomène pèserait sur l’économie mondiale. La Suisse n’en sortirait pas indemne. Par ailleurs, les sociétés suisses qui produisent sur sol américain risqueraient aussi de se retrouver sous pression. Pour mémoire, quelque 500 firmes helvètes s’y sont établies, employant plus de 300 000 personnes.

De manière plus globale, la Suisse n’a rien à gagner de la montée du protectionnisme américain. «Le pays, avec son économie très ouverte, est plus à même de se retrouver sur le gril», prévient Samy Chaar. En termes d’échanges, le surplus commercial suisse atteint 14 milliards de francs avec les États-Unis. Une part limitée des quelque 540 milliards que représente le déficit de commerce américain. La Chine, le Mexique, l’Allemagne, le Canada ou encore le Japon arrivent loin devant en termes de partenaires générant un fort déséquilibre. «Il est dès lors difficile d’imaginer que les États-Unis ciblent prioritairement la Suisse», estime l’économiste.

Cela n’empêche pas le pays de se retrouver sur les radars américains. Les États-Unis ont défini trois critères à cumuler pour qu’un pays soit identifié comme «manipulant sa devise». Et donc susceptible d’être frappé de mesures de rétorsion car faussant les règles du jeu économique. Ces critères sont des réserves de change excessives (plus de 2% du PIB), un surplus du compte courant important (plus de 3% du PIB) et un surplus commercial de plus de 21 milliards avec les États-Unis. «La Suisse remplit les deux premiers critères, observe Samy Chaar. Mais heureusement pas le dernier.» Le pays est sauvé du courroux américain avec un surplus commercial de «seulement» 14 milliards. Fragile équilibre à l’heure de la démission de Gary Cohn.

(24 heures)

Créé: 08.03.2018, 06h31

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