«Nous sommes capables de faire face aux crises»

ChineÀ Davos, le vice-président chinois Wang Qishan joue l’apaisement, tout en revendiquant la puissance retrouvée de son pays.

Le vice-président chinois Wang Qishan.

Le vice-président chinois Wang Qishan. Image: Keystone

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Ne vous inquiétez pas, la Chine fera tout pour soutenir sa croissance. Le pays est armé pour faire face à des crises. C’est en substance le message délivré par le vice-président chinois Wang Qishan à Davos. Cet ancien contrôleur des comptes de la Banque centrale, l’un des artisans des réformes économiques, lira un discours ultraprécis, sans relever la tête pendant plus de quarante-cinq minutes. Il s’en excusera d’ailleurs: «J’ai appris en jouant au golf qu’il fallait faire ainsi.» Cette petite phrase, probablement la seule improvisée, n’est pas anodine. Elle donne une petite idée de la liberté que s’octroie un haut dignitaire chinois à l’étranger.

Pas de provocation

Hier à Davos, la Chine, représentée par la plus forte délégation jamais présente aux Grisons, n’a pas voulu répliquer aux innombrables attaques de son partenaire commercial américain. Au contraire, elle joue l’apaisement, au moment même où un conseiller économique de la Maison-Blanche, Kevin Hassett, a jugé possible mercredi de parvenir à un accord commercial avec la Chine d’ici au 1er mars, conformément à l’objectif que se sont fixé Donald Trump et Xi Jinping. «Je suis confiant dans le fait qu’on puisse y arriver, que les négociations avancent», a déclaré Kevin Hassett lors d’une interview accordée à CNN.

Non, la Chine qui se présente au monde, c’est un autre style dans la confrontation. Faisant implicitement référence au conflit commercial, Wang Qishan expliquera que son pays est très attaché au multilatéralisme et refuse l’idée que le plus fort impose sa vision aux plus faibles pour masquer des problèmes internes. Suivez son regard! Mais attention, la Chine de 2019 ne se considère plus comme un pays en développement.

«Nous sommes la seconde puissance économique du monde, la deuxième puissance industrielle», dira avec fierté le vice-président Wang Qishan. Ce résultat est le fruit d’efforts et de réformes «socialistes aux accents chinois» qui ont débuté il y a quarante ans. À l’écouter, la Chine ne fait que retrouver la place qui fut la sienne lorsque ses empereurs s’ouvraient au monde et aux technologies modernes. Une trajectoire glorieuse, parfois douloureuse, mais qui fut interrompue par une domination semi-coloniale. Aujourd’hui, la Chine est de retour au premier plan de la scène mondiale. Son potentiel de croissance est intact. Le Produit intérieur brut (PIB) qui baisse et qui pourrait tomber à 6% selon un haut cadre chinois? Rien de grave. Au contraire, selon Wang Qishan l’économie chinoise actuelle est plus saine: «la lutte contre la corruption l’a emporté» grâce à l’action du président Xi Jinping. Pour bien marteler sa confiance, l’éminence grise de la Banque centrale expliquera qu’en 2008 la Chine a surpris le monde entier par sa capacité à réagir rapidement et à éteindre l’incendie créé par Wall Street. «Nous pouvons faire face aux crises», dira-t-il. En clair, au besoin, la Chine est prête et n’hésitera pas utiliser les gros moyens.

La mondialisation

Contrairement à beaucoup d’experts qui pensent que la mondialisation est en panne, bridée par le retour du protectionnisme et les mouvements populistes, le vice-président chinois considère qu’elle est «un fait historique qui ne s’arrêtera pas». Interrogé par le président du Forum économique mondial, Klaus Schwab, Wang Qishan estime que les craintes des populations sont légitimes. «La meilleure contre-attaque est de veiller à lutter contre les inégalités. C’est notre devoir», déclarera-t-il. La Chine l’a fait de manière pragmatique, en s’éloignant des dogmes idéologiques, en répondant concrètement aux besoins des populations et en garantissant une amélioration du niveau de vie de son peuple. Bref, la Chine n’a pas de doute sur le sens de l’histoire. Mais elle y met une condition: les États ne doivent pas interférer dans la sphère souveraine de leurs voisins, une allusion claire à tous ceux qui critiquent le régime de Pékin.

Klaus Schwab a tenté habilement d’aborder le conflit commercial et technologique sino-américain, en parlant des craintes qu’il fait naître dans la communauté internationale et en particulier dans le monde des affaires. Wang Qishan ne pouvait plus esquiver la question. Sa réponse fut diplomatique. À ses yeux, les deux géants de l’économie mondiale sont «indispensables l’un à l’autre. Toute confrontation est néfaste pour les intérêts des deux parties», dira-t-il. Sur les accusations de vols de technologies (Klaus Schwab formulera la question de manière beaucoup plus douce), Wang Qishan répondra par une métaphore, celle du voleur et du policier. À l’entendre, beaucoup estiment qu’il faut des nouvelles normes et règles avant même que l’innovation ne produise ses effets. Pour Wang Qishan, c’est une manière erronée de voir les choses; le policier ne peut pas précéder le voleur… (24 heures)

Créé: 23.01.2019, 21h05

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