Peugeot prend le volant d’Opel, l’ex-voiture du peuple en Suisse

Le constructeur allemand a été le numéro un dans le pays durant des années. Il produisait ses Rekord à Bienne.

Chaîne d’assemblage de General Motors à Bienne dans les années 50. Le 15 août 1975,le dernier véhicules à sortir des lignes biennoises fut une Opel Rekord Caravan.

Chaîne d’assemblage de General Motors à Bienne dans les années 50. Le 15 août 1975,le dernier véhicules à sortir des lignes biennoises fut une Opel Rekord Caravan. Image: OPEL

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C’est fait. Peugeot a confirmé officiellement le rachat, pour 2,2 milliards d’euros, d’Opel, marque la plus vendue en Suisse des années durant. Et dont la gamme était assemblée, qui s’en souvient, dans le canton de Berne.

Confirmée à quelques heures de l’ouverture officielle du Salon international de l’automobile de Genève, cette reprise de la filiale européenne de General Motors donne naissance au deuxième plus important constructeur du Vieux-Continent, derrière le groupe Volkswagen. Combinés, le 1,2 million de véhicules sortant des chaînes d’Opel et les 3,1 millions de la marque au lion restent cependant bien loin des 10 millions de voitures produites par le conglomérat VW.

Peugeot aurait pu connaître le sort de la marque à l’éclair. Tiré du gouffre par l’Etat français en 2014, le groupe de Sochaux met la main sur un constructeur en déficit chronique.

Craintes sur les usines

Une inconnue subsiste: les conséquences pour les 40 000 salariés des six usines exploitées par Opel et du centre d’ingénierie à Rüsselsheim. La fermeture des lignes de Bochum il y a trois ans – elles employaient 3200 personnes - avait créé un choc: c’était les premières chaînes auto démantelées en Allemagne depuis la guerre. Quid du réseau de distribution, en Suisse notamment? Faut-il déjà craindre un grand ménage? «Absolument pas, les deux marques resteront séparées», assure un porte-parole de la marque.

Bien des choses peuvent encore changer, le rapprochement ne devant pas être bouclé avant la fin de l’année. «Les fusions complètes n’ont jamais marché! Regardez DaimlerChrysler en opposition à Renault-Nissan, qui a choisi de préserver l’identité de ses marques. Carlos Tavares (ndlr: patron de Peugeot) le sait d’autant mieux qu’il était aux côtés de Carlos Ghosn à la tête de Renault lors du rapprochement avec la marque japonaise», observe André Hefti, directeur général de la manifestation genevoise qui ouvre ses portes jeudi au public.

L’ère du «Montage Suisse»

«Attendons de voir», soupire Josef Hovorka, concessionnaire à Boudry, qui rappelle avoir dû changer six fois ses panneaux pour Opel en quarante ans. Il remarque toutefois qu’une page se tourne. «Opel a longtemps été le numéro un en Suisse – armée, PTT… toute la Confédération en était équipée.» Une domination qui a duré jusqu’à la fin des années 90. Les données d’Auto- Suisse montrent qu’en 1990 les Suisses achetaient 45 000 Opel – année record – contre 35 000 Volkswagen. Depuis, les proportions se sont inversées. Il s’est écoulé 42 000 VW l’an dernier, alors que les ventes d’Opel ont été divisées par trois.

Cet attachement tient à son assemblage au centre de Bienne, juste derrière la gare, dans des ateliers où General Motors a assemblé 300 000 voitures entre 1936 et 1975. A l’époque, c’était la voiture du bon père de famille, qui portait le blason métallique «Montage Suisse», figurant l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau.

Des modèles légendaires

Dès 1957, la Rekord sort de lignes qui tournent au rythme de 14 000 véhicules par an et sur lesquelles sont également vissées des Chevrolet ou des Buick – autres marques de General Motors. Suivront les légendaires modèles Admiral et Diplomat. En 1970, près des deux tiers des véhicules écoulés par le géant américain en Suisse étaient montés ici. Fermée en 1975 – un choc qui amplifiait à Bienne celui de l’horlogerie – l’usine abrite aujourd’hui un hypermarché Coop. Les immenses verrières de son parking témoignent de ce passé industriel. (24 heures)

Créé: 07.03.2017, 07h16

GM en Europe: 90?ans et puis s’en va

En un peu moins de vingt ans, c’est un deuxième pilier industriel de la région de Francfort qui passe en mains françaises. Berceau d’Opel, Rüsselsheim est en effet à une demi-heure de voiture de Höchst, groupe pharmaceutique marié à Rhône-Poulenc en 1999.

Dès 2009, alors que seuls les fonds publics de Washington lui évitaient la banqueroute, General Motors avait eu en tête de lâcher un constructeur dont il était entré au capital il y a près de nonante ans. La solution Magna – géant canadien de la sous-traitance – a été abandonnée in extremis. Et un partenariat avec Peugeot a fait long feu en 2013.

Le calcul est pourtant simple: en sept ans, cette filiale lui a coûté 9 milliards de dollars. Incapable de résoudre l’équation de modèles aux qualités reconnues et aux tarifs contenus mais produits dans des usines allemandes ou britanniques.

Pour certains concessionnaires, cet abandon a un goût de trahison. C’est chez Opel que GM puise des «plates-formes» pour se réinventer après la crise: l’excellente Opel Insignia a servi de base aux Chevrolet Malibu et Impala. Désormais le géant de Detroit tire un trait sur la vieille Europe, à moins de ressortir du chapeau ses petites Chevrolet «made in Korea».

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