Pour Opel, PSA serait un moindre mal

AutomobileSi le rapprochement avec le constructeur français a du sens économiquement, l’avenir de 36 000 salariés s’avère incertain.

Opel doit rester une entreprise allemande: «C’est dans notre intérêt», a assuré le président de PSA, Carlos Taveres.

Opel doit rester une entreprise allemande: «C’est dans notre intérêt», a assuré le président de PSA, Carlos Taveres. Image: Reuters

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Dans les usines d’Opel, on connaît la musique. Habitués depuis des années aux volte-face de leur maison mère, le constructeur américain General Motors (GM), les salariés ont appris à se méfier des pro messes des patrons en Europe. En passant sous la houlette du constructeur français PSA (Peugeot, Citroën et DS), ils savent que leurs postes ne seront pas mieux préservés qu’avant. L’option PSA serait toutefois la solution du moindre mal pour les Allemands. Les promesses du président de PSA, le Portugais Carlos Tavares, restent certes suspectes à leurs yeux, car elles sont limitées dans le temps. Le groupe français a exclu des licenciements jusqu’en 2018, selon les accords signés avec la direction de GM. Mais après?

L’avenir des 36 000 employés en Europe ne peut se lire que dans une boule de cristal. Carlos Tavares a répété jeudi à Paris, lors du bilan annuel (voir ci-contre), qu’il souhaitait acquérir Opel pour créer un «champion européen», numéro 2 derrière Volkswagen, avec une capacité de production de 5 millions de véhicules par an.

«Vider Opel de sa coquille»

Opel doit rester une entreprise allemande: «C’est dans notre intérêt», a assuré le président de PSA. Si le deal avec GM se faisait, c’est le management allemand qui serait chargé du plan de restructuration. «C’est à Opel de le faire», a-t-il insisté, pour répondre aux experts qui mettent en doute ses promesses. «Carlos Tavares est un très bon diplomate», remarque Ferdinand Dudenhöffer. Mais le professeur d’économie de l’Université de Duisburg-Essen et expert du secteur automobile ne voit aucun intérêt à conserver l’indépendance d’Opel. Pour obtenir des effets de synergie, le contrôle de la production, la distribution, les achats, le marketing et la recherche doivent être fondus au sein du groupe français. «Sans une centralisation à Paris, cette acquisition n’a aucun sens», insiste Ferdinand Dudenhöffer. «PSA va vider Opel de sa coquille», résume-t-il.

A six mois des élections fédérales, le dossier Opel est politiquement très sensible. Angela Merkel ne peut pas laisser tomber l’un des plus grands employeurs du pays sans réagir. Sa ministre de l’Economie, Brigitte Zypries, était à Paris jeudi pour s’entretenir avec son homologue français, Michel Sapin, des conséquences de ce rapprochement industriel sur l’emploi. L’Etat français a son mot à dire, car il détient 14% de PSA. «L’important, c’est qu’Opel reste Opel», a-t-elle déclaré.

Lourde facture sociale

Si Berlin favorise la solution d’un rapprochement avec le groupe français, les Allemands savent que la facture sociale sera lourde. «PSA n’a pas d’autre option que de licencier. Un tiers des 19 000 postes en Allemagne devrait être supprimé à terme», estime Ferdinand Dudenhöffer.

«PSA a déjà fermé plusieurs usines en France. Tavares ne pourra plus le faire pour des questions politiques. C’est donc les Allemands qui vont faire les frais de la fusion, avec deux fermetures d’usines (Kaiserslautern et Eisenach), ajoute Ferdinand Dudenhöffer. Le gouvernement allemand n’a pas d’autre alternative pour sauver Opel, qui se trouve en très mauvaise posture. GM n’en veut plus.» (24 heures)

Créé: 23.02.2017, 22h08

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