Recycler le plastique en diesel, leur projet séduit

AvenchesLa société avenchoise Greenlina développe des installations de pyrolyse et de raffinerie. Elle vient de recevoir le premier Prix à l’innovation broyard.

À partir de son installation test d’Avenches, la société Greenlina souhaite développer des unités mobiles de pyrolyse et raffinerie pour transformer le plastique en diesel.

À partir de son installation test d’Avenches, la société Greenlina souhaite développer des unités mobiles de pyrolyse et raffinerie pour transformer le plastique en diesel. Image: DR

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Le principe est à peu près le même que celui de la meule à charbon. Pour produire du charbon, le bois se consume sous terre, sans présence d’oxygène, si bien qu’il manque un élément pour faire du feu, entraînant la carbonisation. «Pour produire du carburant à partir de plastique, on le chauffe à plus de 400 degrés dans un environnement sans apport d’oxygène et au lieu de brûler, il se fragmente et devient liquide et gazeux. En le refroidissant, on obtient alors de l’huile.» Devant une imposante machinerie de quelque 20 mètres de long sise dans d’anciens locaux industriels d’Avenches, André Delacour présente ainsi son installation de pyrolyse. Novatrice dans le domaine, la société Greenlina, qu’il possède avec l’Helvéto-chinois Jean-Christophe Song, a reçu, mercredi, le premier Prix à l’innovation broyard.

«Ce projet répondait à tous les critères fixés par le règlement. Il est bénéfique pour la Broye, crédible, innovateur, clair et il répond surtout au critère de durabilité, qu’elle soit économique, sociétale ou environnementale», s’enthousiasme Nicolas Kilchoer, préfet de la Broye fribourgeoise, qui organise et finance ce prix, doté de 10'000 fr. «Au niveau mondial, la problématique des déchets de plastique est affolante. Ces déchets ayant une énergie potentielle, il serait dommage de ne pas s’en servir», reprend l’ex-député UDC de Villars-le-Grand, qui a disposé son installation dans l’ancienne usine Prebeton, dont il est propriétaire.

Alors que 10 tonnes de plastique sont produites chaque seconde dans le monde, dont seulement 20% sont recyclés, et que 8 millions de tonnes finissent dans les océans chaque année, la pyrolyse est une des solutions intéressantes pour régler cette problématique. En 2017, l’ONG Nouvelle Planète et la conseillère nationale Isabelle Chevalley avaient travaillé de concert avec la HEIG-VD d’Yverdon pour installer un pyrolyseur au Burkina Faso. «Il est exploité par une association de femmes qui valorisent les déchets et l’huile qu’il produit suffit pour faire fonctionner divers moteurs sur place», souligne Philippe Randin, directeur de l’ONG. L’élue Vert’libérale s’intéresse aussi toujours à la pratique, utilisée sur des bateaux naviguant pour nettoyer les mers, tel que celui de la Fondation Race for Water.

Pyrolyse et raffinerie

À l’époque, l’ingénieur chinois Jin Hu était chercheur à Yverdon. Désormais, il a développé le pyrolyseur de Greenlina, étant secondé dans cette mission par Sébastien Sauty, un autre ingénieur formé à la HEIG-VD. La société broyarde souhaite toutefois aller plus loin que la production d’huile de plastique. Elle développe des unités de pyrolyse et de raffinerie, permettant de produire du diesel primaire. «Selon la qualité du plastique chauffé, le rendement d’huile varie de 20 à 70%. Ensuite, on va perdre encore 10% dans le raffinage pour produire du pyrodiesel», détaille Sébastien Sauty.

Selon l’ingénieur, les meilleurs rendements sont obtenus à partir du polyéthylène, du polystyrène et du polypropylène, soit quelque 80% des plastiques produits. «Il s’agit notamment des sachets commerciaux ou de tous les emballages alimentaires», ajoute le jeune homme. Si son pyrolyseur avenchois peut transformer jusqu’à 2 tonnes de plastique par fournée, Greenlina a breveté des entités pouvant revaloriser des quantités inférieures. Il en coûterait le prix d’une maison.

«Installé dans des conteneurs, ce dispositif pourrait ainsi facilement être déplacé là où des plastiques sont à éliminer, tandis qu’avec une installation fixe, l’énergie grise déployée pour transporter les plastiques rendrait l’opération inefficace», conclut André Delacour, qui cible notamment les pays du Sud, particulièrement touchés par la problématique.

Créé: 12.12.2019, 06h41

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