René Benko, l’autodidacte qui reprend Globus à Migros

LuxeUn milliardaire autrichien figure parmi les deux repreneurs de Globus.

Tout comme son épouse, un ancien mannequin, la garde rapprochée de René Benko est suisse.

Tout comme son épouse, un ancien mannequin, la garde rapprochée de René Benko est suisse. Image: Keystone

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Qui est le mystérieux repreneur de Globus? Le nom de René Benko ne vous dit probablement rien. Le milliardaire autrichien de 43 ans est un peu d’ici. Sa seconde femme, Nathalie, avec laquelle il a eu quatre enfants, est Suissesse. Cet ancien mannequin a un chalet à son nom, baptisé N, dans la prestigieuse station de ski autrichienne d’Oberlech. Bienvenue dans le monde de l’argent et du glamour.

René Benko pèse lourd. Avec 5,7 milliards de francs de fortune, le magazine «Forbes» le classe à la 365e place des personnalités les plus riches de la planète. Fondateur de Signa Holding, un géant de l’immobilier et du commerce en Europe, il possède des grands magasins, des immeubles et des restaurants en Allemagne, en Autriche et dans le nord de l’Italie.

Un autodidacte aux commandes

René Benko a un parcours étonnant. Né en 1977 à Innsbruck, il abandonne les études à l’adolescence déjà. On est au milieu des années 90 et le jeune homme voue une passion à l’immobilier. Débrouillard, il se retrouve à rénover des greniers avant de les revendre comme appartements de luxe. Le virus ne va plus le quitter. À l’époque, il roule déjà en Ferrari, comme le racontent ses anciens camarades de classe.

À la fin des années 90, il va enchaîner les projets dans sa ville natale, comme le rappelle la «Zürichsee-Zeitung»: hôtel-spa vieillissant remis aux goûts du jour, vieux locaux industriels transformés en centre médical. Le fils de travailleur social et d’enseignante est un bosseur qui sait prendre des risques financiers.


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En 2000, à l’âge de 23 ans, il fonde Signa Holding, qui deviendra l’une des plus grandes sociétés immobilières privées d’Autriche. Avec cette entité, il peut investir l’argent de riches investisseurs dans la pierre. Progressivement, René Benko va acheter des immeubles dans d’autres villes autrichiennes, les rénover et les louer.

En 2004, il met la main sur le Kaufhaus Tyrol, un centre commercial délabré, qui deviendra son grand œuvre. S’appuyant sur l’architecte vedette David Chipperfield, René Benko va complètement réhabiliter le lieu à la fin des années 2000. Son empire immobilier s’étoffe. Aujourd’hui, Signa gère quelque 16 milliards de biens immobiliers.

Il convoite le géant Kaufhof en 2011 déjà

Dès 2011, il cherche à racheter la chaîne de grands magasins Kaufhof. Les bâtiments, souvent situés dans des emplacements de premier choix, font saliver René Benko. L’opération échoue. Il devra attendre quelques années avant de mettre la main dessus. Entre-temps, il aura repris le rival Karlstadt et investira dans le commerce en ligne. En 2018, il sera la cheville ouvrière de la fusion entre les géants allemands de la distribution Karstadt et Kaufhof.

On lui prête un réseau de connaissances hors pair, qui va de l’ancien chancelier autrichien Alfred Gusenbauer à l’armateur grec Georgios Economou, en passant par toute une galerie de riches et puissants de ce monde. Cela n’aura pas suffi pour le protéger de la justice. En 2013, il se verra infliger une peine de 1 an de prison avec sursis dans le cadre d’un procès pour corruption. Il était accusé d’avoir soudoyé des politiciens par l’intermédiaire de son conseiller fiscal, rapportait à l’automne 2018 le magazine «Bilanz».

Une garde rapprochée très suisse

Le milliardaire est effectivement bien entouré. Au conseil d’administration de Signa, on trouve le Suisse Ernst Tanner, président du chocolatier Lindt Sprüngli. À l’automne 2015, ce dernier a même pris une participation de 10% dans le groupe de René Benko. Bref, le réseau de ce dernier est solide.

René Benko a plus qu’un pied suisse. L’un de ses autres cerveaux est basé à Zurich. Dieter Berninghaus, qui codirige avec l’Autrichien le conseil d’administration de Signa, n’est ni plus ni moins que l’ancien chef du département commercial de Migros. Les deux mettent au point la stratégie de l’entreprise, dont le portefeuille est tourné vers le commerce de détail.

Sa holding est puissante. Elle inclut le deuxième groupe européen de grands magasins Galeria Karstadt Kaufhof, l’enseigne de luxe du KaDeWe, le site Signa Sports United, les magasins autrichiens de meubles Kika/Leiner et plus de 150 restaurants. Avec plus de 45'000 employés, Signa réalise des ventes de près de 7,5 milliards, dont plus de 1milliard sur le Net.

L’autodidacte est également actif dans la presse. À fin 2018, il a pris des participations dans deux des plus importants journaux d’Autriche, à savoir la «Kronen Zeitung» et le «Kurier».

Au-delà de la reprise de Globus, les derniers exercices auront été animés pour René Benko et ses partenaires suisses.

Créé: 04.02.2020, 18h46

La boucle est bouclée pour Migros

La vente de Globus est sous toit. L’enseigne avait été rachetée pour 700 millions de francs en 1997 par Migros. La concurrence du commerce en ligne, la cherté du franc et le tourisme d’achat auront eu raison des envies de luxe du géant orange.

Avec cette opération, la boucle est bouclée pour Migros. Depuis l’été dernier, le distributeur s’est séparé successivement de sa chaîne de magasins de meubles Interio, du distributeur de vélos électriques M-Way et de sa filiale de décoration d’intérieur Gries Deco. Des enseignes qui souffrent.

Preuve de ces difficultés, Migros avait été contrainte d’amortir à hauteur de 90 millions sa filiale Globus en 2018, ce qui avait pesé sur sa rentabilité. La situation est restée délicate depuis. En 2019, Globus a dégagé des recettes de 763 millions, en recul de 5,6% par rapport à l’exercice précédent, et des chiffres rouges.

Il est vrai que les restructurations ont un coût. Des succursales ont été fermées, à l’image de celle de Balexert à Genève à fin 2018. En début d’année, c’est la fermeture de deux magasins dans le canton de Berne qui a été annoncée.

D’après l’agence Reuters, Migros retirerait plus de 1 milliard de la vente de Globus à l’autrichien Signa et au thaïlandais Central Group. Ces derniers sont des géants du commerce de détail en Europe. Ils possèdent notamment conjointement la chaîne de luxe allemande KaDeWe. Avec cette opération, les nouveaux propriétaires mettent la main sur le parc immobilier de Globus, soit huit immeubles, dont l’un situé sur la prestigieuse Bahnhofstrasse à Zurich. La valeur des bâtiments représenterait à peu près le montant convenu pour le rachat.

Globus compte 48 enseignes dans le pays, dont 12 grands magasins, et est présente en ligne. L’entreprise emploie plus de 2400personnes. Fort de leur expérience dans le luxe, les nouveaux propriétaires devraient viser le haut de gamme… et continuer à restructurer.

N.P.

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