Sous les Alpes se terre le plus haut gazoduc d’Europe

Reportage Long de 38 km, ce pipeline hautement stratégique relie l’Allemagne, la France et l’Italie. La Suisse en a la garde.

Mis en service en 1974, le gazoduc mesure 1,40 mètre de diamètre et s’étend sur 38 kilomètres. En Suisse, il dessert un maillage d’autres gazoducs de 292 kilomètres au total. À Obergesteln, dans le Haut-Valais, une nouvelle structure permet depuis peu un transport Nord-Sud et Sud-Nord.

Mis en service en 1974, le gazoduc mesure 1,40 mètre de diamètre et s’étend sur 38 kilomètres. En Suisse, il dessert un maillage d’autres gazoducs de 292 kilomètres au total. À Obergesteln, dans le Haut-Valais, une nouvelle structure permet depuis peu un transport Nord-Sud et Sud-Nord. Image: DR

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Ce n’est pas «20 000 lieues sous les mers», mais «2400 mètres au-dessus des océans». Le plus haut gazoduc d’Europe occidentale et l’un des plus gros, baptisé Wallbach-Griespass – du nom du point d’entrée en Suisse, au nord, et du point de sortie au sud – est là, tapi au cœur des Alpes. «Chaque année, nous explique le directeur général de Gaznat, René Bautz, il peut transporter jusqu’à 20 milliards de mètres cubes de gaz à haute pression, soit l’équivalent en production d’énergie de vingt-cinq centrales nucléaires.» Pour ses cinquante ans d’existence, la société Gaznat, dont les Services industriels de Genève (SIG) et la Commune de Lausanne sont les deux plus gros actionnaires, nous a exceptionnellement ouvert les portes des galeries souterraines, qui courent sur 38 kilomètres, au travers de seize tunnels, le long du Wallbach-Griespass.

Nous sommes près d’Obergesteln dans le Haut-Valais, là d’où bifurque un autre gazoduc qui dessert la Suisse romande, en descendant de la vallée de Conches vers la vallée du Rhône, passe sous le lac Léman pour approvisionner en gaz naturel Lausanne et Genève notamment, puis va remonter vers Yverdon, Neuchâtel, jusqu’aux Verrières à la frontière française.

La visite est véritablement exceptionnelle, car cette infrastructure est sans aucun doute l’une des plus stratégiques pour l’Europe occidentale, en premier lieu l’Allemagne, la France, l’Italie et, bien sûr, la Suisse. Elle est surtout l’une des plus sensibles, au même niveau, au moins, qu’un parc de centrales nucléaires. Les visites à ce pipeline géant sont donc rares et réalisées sous très haute surveillance. «Ce gazoduc où règne une pression maximale de 75 bars, soit 75 fois supérieure à la pression atmosphérique qui règne à la surface de la mer, fait l’objet d’un contrôle hebdomadaire par un technicien qui parcourt les 38 kilomètres à pied, à vélo parfois et par un centre de surveillance totalement informatisé, raconte Ennio Sinigaglia, directeur général de Transitgas, la société helvétique qui exploite le pipeline. Depuis l’an 2000, nous disposons heureusement de funiculaires sur une des nouvelles branches du gazoduc, où le dénivelé peut atteindre 75 degrés.»

Nouvelle révolution

Construit entre 1971 et 1974 pour un coût de 800 millions de francs suisses d’alors, financé par les sociétés gazières helvétiques, le plus haut gazoduc d’Europe vit, depuis le 1er octobre dernier, une révolution de taille. Jusqu’à ce jour, le gaz, en provenance de Norvège, mais surtout des Pays-Bas et de son immense champ gazier de Groningue, ne prenait qu’une seule direction, du Nord au Sud, de l’Allemagne ou de la France à l’Italie. «Désormais, il peut transporter du gaz d’Italie en Allemagne et dans l’Hexagone, dans un processus dénommé reverse flow», explique René Bautz. Ce gaz «italien» provient principalement et de Russie et d’Algérie. D’ici 2020, il viendra également d’Azerbaïdjan via le Trans Adriatic Pipeline.

«Les tests ont fonctionné», nous affirme Florian Linder, responsable du dispatching et des gazoducs pour Transitgas. «Le reverse flow n’a d’ailleurs pas nécessité d’immenses travaux. Mais, pour l’heure, il n’y a pas encore eu de demandes de la part de l’Europe du Nord.» Et pour cause. Au Centre de surveillance des gazoducs de Gaznat, à Aigle, le directeur du département Réseau de la société romande, Gilles Verdan, se désespère un peu. «Il fait trop beau et trop chaud en Europe, s’exclame-t-il. Regardez! Aujourd’hui 18 octobre, nous n’avons livré aux distributeurs de gaz ou à nos grands clients industriels que 61 000 mégawatts/heure contre quelque 100 000 MWh à la même période l’an dernier, alors que nous pouvons transporter jusqu’à 350 000 MWh par jour durant les périodes les plus froides de l’hiver.»

Cette énergie mal-aimée

On sent, chez Gaznat et Transitgas, comme une impatience des frimas de décembre. Mais, plus encore, l’ensemble des sociétés gazières de Suisse ont vraiment envie qu’en Suisse, on revoie radicalement l’image négative attachée au gaz naturel, qui appartient, certes, à la famille des énergies fossiles, tels le pétrole et le charbon, et est donc émetteur de CO2. «Mais il s’avère que cette source d’énergie émet en tous les cas 25 à 30% moins de dioxyde de carbone que les produits pétroliers», affirme Martin Schmid, président de l’Association suisse de l’industrie gazière. Or, si la Confédération avait davantage promu et soutenu les véhicules et les chaudières au gaz naturel, la Suisse aurait sans doute déjà atteint les objectifs de la COP21, affirment les milieux gaziers. (24 heures)

Créé: 19.10.2018, 21h21

La recherche s’achemine vers un gaz non polluant

D’ici une soixantaine d’années, l’Europe n’utilisera plus ni charbon ni pétrole, mais, probablement, du gaz naturel en partie décarboné. Les énergies renouvelables, en tête desquelles l’hydrogène, auront pris le pas. Encore faut-il assurer cette transition énergétique où la demande, notamment en électricité, ne va cesser, sinon de croître, tout du moins de stagner à haut niveau. D’ores et déjà, le gaz est l’énergie fossile la moins polluante. Mais à l’EPFL, tant à Lausanne qu’à Sion, des équipes entières, soutenues notamment par Gaznat, se donnent aujourd’hui à fond pour, parmi d’autres choses, convertir le CO2 en méthane (ou gaz naturel). Cela se fera, explique Raffaella Buonsanti, professeure à l’EPFL Valais, grâce tout d’abord en capturant et en stockant le dioxyde de carbone, puis en le mixant «avec des sources renouvelables intermittentes et de l’eau». Ou en parvenant à stocker l’énergie de demain, l’hydrogène, ce qu’on ne sait encore faire à large échelle.

Or, dans l’attente de ces révolutions à venir dans un futur pas si lointain, les gaziers suisses s’engagent, d’ici 2030, à produire 30% de notre gaz pour les besoins thermiques à partir d’énergies totalement renouvelables, parmi lesquelles le biogaz, issu de déchets organiques. D’après le président de l’Association suisse de l’industrie gazière Martin Schmid, cette ressource énergétique est, pour le moins, la plus apte à assurer le passage de l’abandon du nucléaire et la réduction de la consommation de pétrole, à une énergie propre.

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