Trafigura et Glencore sous enquête au Brésil

JusticeLes deux géants des matières premières ont eu des liens suspects avec des intermédiaires peu fiables.

Les principaux négociants suisses de matières premières, dont Glencore, pourraient être impliqués dans des scandales de corruption au Brésil.

Les principaux négociants suisses de matières premières, dont Glencore, pourraient être impliqués dans des scandales de corruption au Brésil. Image: KEYSTONE/URS FLUEELER

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Dans un décret concis, le Ministère brésilien de la justice annonce l’ouverture d’une enquête contre trois intermédiaires d’une entreprise d’État qui auraient reçu des «avantages indus». Des enquêtes seront également ouvertes à l’encontre de deux sociétés qui pourraient avoir versé ces sommes, dit-il. Le décret mentionne la société néerlandaise Trafigura, qui a une forte présence à Genève, ainsi que Glencore. La firme zougoise est la plus grande entreprise de Suisse en termes de chiffre d’affaires. En cause, les activités des deux géants des matières premières «entre 2004 et 2012».

Le document du Ministère brésilien de la justice remonte à deux ans. Il est porté à la connaissance du public aujourd’hui, à la lumière d’un rapport des organisations Public Eye et Global Witness. Selon les deux ONG, le décret et toute une série d’autres documents en provenance du Brésil semblent indiquer que les principaux négociants suisses de matières premières sont impliqués dans des scandales de corruption au Brésil. Cette conclusion est vivement contestée par les deux sociétés. On ne sait pas encore si les enquêteurs poursuivront ou non ces dernières.

«Rôle central de la Suisse»

Les noms de deux personnes figurant sur le décret sont déjà susceptibles d’ébranler la confiance des deux sociétés de trading. La première est Erika Marena, l’enquêtrice la plus célèbre du Brésil. Elle a mis tellement de personnalités derrière les barreaux pour corruption ou blanchiment qu’elle a récemment été immortalisée dans la série Netflix «O Mecanismo». C’est une légende au Brésil. C’est elle qui a signé le document de 2016 et qui est en charge de l’enquête préliminaire contre Trafigura et Glencore.

Le deuxième nom sur le document est celui de la société brésilienne dont les employés auraient été soudoyés: Petrobras. L’entreprise d’État est à l’origine de l’un des plus grands scandales de corruption au monde. Des cadres de Petrobras avaient mis en place un gigantesque réseau mondial de corruption, que Marena et ses collègues enquêteurs dissèquent systématiquement depuis 2014. À ce jour, 1397 procès ont été menés et 174 personnes sont en prison. Et la Suisse est fortement concernée par cette affaire.

Le Ministère public de la Confédération a d’ores et déjà engagé cent procédures pénales en la matière et bloqué 1,1 milliard de dollars. Quarante-trois banques helvétiques sont concernées. Jusqu’à présent, l’affaire s’est limitée à la place financière. Mais grâce à ce nouveau document brésilien, il est désormais clair que le scandale pourrait s’étendre au secteur suisse des matières premières. «L’affaire Petrobras montre le rôle central joué par la Suisse dans ce qui est l’un des plus grands cas de corruption de l’histoire», déclare Marc Guéniat, de Public Eye.

Contactée, Trafigura ne commente pas. Glencore dit ne pas avoir connaissance d’enquêtes contre l’entreprise au Brésil et assure ne pas avoir été contactée par les autorités. Petrobras, pour sa part, a confirmé que la justice brésilienne a demandé à avoir accès aux contrats avec Trafigura et Glencore.

Selon Deltan Dallagnol, le procureur en chef dans l’affaire Petrobras, «les branches de l’enquête sont encore en train d’être développées. On peut les comparer à la maturation des fruits d’un arbre. Chaque fruit doit être cueilli mûr.»

Que la justice brésilienne aille jusqu’au bout ou non, on voit, une fois de plus, que Trafigura et Glencore ont engagé des affaires avec des personnalités «à risque».

Parmi elles, il y a par exemple Mariano Ferraz, l’une des trois personnes contre lesquelles la procureure Marena doit enquêter. En première instance en mars dernier, Ferraz a été condamné à 10 ans et 4 mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Le Ministère public de la Confédération enquête aussi contre lui depuis 2015.

Il se trouve que Mariano Ferraz a été membre de la direction de Trafigura et était considéré comme un intermédiaire important pour l’Angola et le Brésil. En automne 2016, peu après l’ouverture de l’enquête par la justice brésilienne, il démissionne de façon subite.

Trafigura souligne que la condamnation de Ferraz n’a rien à voir avec son activité pour Trafigura. Elle est liée à son travail pour une autre firme avec laquelle Trafigura n’a pas de lien commercial. Mais la question est de savoir comment une personne qui a été condamnée à de longues peines d’emprisonnement pour corruption et blanchiment d’argent peut faire partie du conseil d’administration de l’une des plus grandes sociétés de matières premières au monde. Que peut-on penser des dirigeants dans le secteur suisse des matières premières? Trafigura n’a pas voulu dire comment le passé de Ferraz avait été audité au moment où il a été nommé à la direction.

Les documents montrent également qu’une filiale de Glencore était en relation d’affaires avec l’entreprise de deux Grecs également très impliqués dans le scandale Petrobras. Glencore a confirmé cette relation. La société grecque était un courtier utilisé régulièrement par Petrobras et faisait affaire avec de nombreuses entreprises.

(24 heures)

Créé: 08.11.2018, 20h11

174

Le nombre de personnes emprisonnées suite à l’affaire Petrobras. L’entreprise d’État est à l’origine d’une immense corruption: 1397 procès ont été menés.

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