Une affaire de corruption frappe Ruag

ArmementLe Ministère public de la Confédération a opéré jeudi des perquisitions au sein de l’entreprise aux mains de la Confédération.

Trois intermédiaires suisses, dont un banquier et un salarié de Ruag, se seraient sucrés sur un contrat militaire. Image: KEYSTONE/URS FLUEELER

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Une surprise? «C’est la preuve que Ruag a mis en place les recommandations de notre audit du 13 octobre 2016, où nous affirmions que le risque de corruption est considérable», nous affirme Michel Huissoud, directeur du Contrôle fédéral des finances. Et c’est un fait. L’entreprise d’armement a elle-même donné l’alarme et déposé une plainte auprès du Ministère public de la Confédération (MPC), après qu’un lanceur d’alerte l’a informée d’opérations illicites menées en son sein par l’un de ses collaborateurs.

L’affaire, révélée jeudi par la Handelszeitung, a tout d’un bon polar dans le monde toujours opaque du commerce des armes, en lien avec la Russie. Elle met aux prises quatre protagonistes: le responsable de la banque privée suisse Julius Baer à Moscou, un cadre de la filiale de Ruag, Ammotec, des collaborateurs du groupe russe spécialisé dans l’atome Rosatom, et un homme d’affaires zougois actif dans la vente d’armements. Et l’informateur de Ruag, c’est ce dernier.

Tout commence dans la plus grande légalité et transparence. Avec l’aide active de la Suisse, des hélicoptères de type AW-139 appartenant aux services secrets russes, le FSO, et dont se sert régulièrement le président Vladimir Poutine, sont «améliorés» par des équipements helvétiques, tels que des systèmes de surveillance ultraperformants pouvant observer le sol de nuit comme de jour, des munitions et des armes destinées aux services de sécurité de Poutine.

Cette transaction – qui s’élèverait à 15 millions de dollars – a ainsi été avalisée tant par Berne que par Moscou, dans un contrat dûment signé où «tout versement à des tiers» est prohibé. Sauf que, comme le précise l’ouverture d’une enquête par le MPC pour violation de la loi sur le matériel de guerre et gestion, suivie des perquisitions réalisées jeudi dans les locaux de Ruag, il semblerait bien que tant le banquier de Julius Baer que le cadre d’Ammotec, l’intermédiaire zougois et plusieurs salariés de Rosatom, se soient, entre 2011 et 2015, sucrés au passage.

Selon la Handelszeitung, les trois Suisses auraient conclu un pacte sur chaque livraison de matériel militaire dans cette affaire, selon lequel ils garderaient 40% des marges réalisées, dont 20% pour le responsable de la représentation moscovite de Julius Baer et 10% pour le cadre de Ruag et l’homme d’affaires zougois. Mais ce qui devait arriver arriva. Soudain, ce dernier constata qu’il n’était plus payé par son partenaire banquier et que son argent aurait été distribué à d’autres intermédiaires encore. Alors, il dénonça tout ce petit trafic à Ruag.

Business parallèle

Le plus cocasse dans ce pacte est que l’employé – aujourd’hui mis à pied – d’Ammotec, la filiale du groupe suisse spécialisée dans les munitions et les armes de poing, ne devait jouer aucun rôle actif. Or, selon les enquêtes actuellement menées par le MPC et les autorités russes anticorruption, il se serait servi des relations et des voyages qu’il faisait pour le compte de la filiale de Ruag pour promouvoir son petit business parallèle. Hier, tout le monde s’accordait pour dire qu’une séparation totale de Ruag et de la Confédération, «pour risques réputationnels», s’impose. Ruag Holding, dont le siège social est à Berne, n’est plus, depuis 1999, le bras commercial de l’armée suisse, mais un groupe «international actif dans les domaines de l’aérospatial et de la défense». Hasard du calendrier: mercredi, la veille de ces révélations donc, Ruag a annoncé une importante restructuration allant peu ou prou dans ce sens. (24 heures)

Créé: 22.03.2018, 22h13

Une liste de grosses affaires

L’audit du Contrôle fédéral des finances (CDF), achevé en octobre 2016 et présenté à la presse en février 2017, a alerté sur «le risque considérable de corruption pour Ruag». Parmi d’autres exemples, il relève avec force le cas d’une filiale étrangère qu’il ne cite pas explicitement.

«Lors d’une visite du CDF sur un site à l’étranger, y est-il ainsi écrit, aucune mesure suffisante n’avait été prise pour circonscrire le risque de corruption considérable encouru sur place.» Or ce site appartiendrait éventuellement à Ruag Ammotec, où les règles de gouvernance de la maison mère helvétique n’avaient pas encore été mises en place correctement.
«Depuis 2017, nous affirme le directeur du CDF, Michel Huissoud, nombre de mesures ont été prises pour que cette entreprise détenue par la Confédération respecte les règles» dictées par Berne.

Par ailleurs, ce groupe hautement sensible a été victime, en 2016, d’une cyberattaque majeure, où des adresses mail et des données confidentielles ont été volées.

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