Une firme genevoise combat l’insalubrité avec Bill Gates

HygièneFirmenich présente, jeudi à Londres, un projet, élaboré avec le cofondateur de Microsoft, visant à défendre le droit à des toilettes propres.

Gilbert Ghostine, président de la direction générale de Firmenich.

Gilbert Ghostine, président de la direction générale de Firmenich. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Ne pas avoir droit à des toilettes décentes, dans quelques-uns des plus grands centres urbains du monde, ne constitue-t-il pas un stade aggravé de la misère? La réponse à cette question ne laisse aucun doute, sachant que 800'000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année dans le monde faute d’accès à des installations sanitaires salubres et à de l’eau potable. Dans ce contexte, la firme genevoise Firmenich SA, fondée en 1895, et la Fondation Bill et Melinda Gates partagent leurs convictions en matière d’investissements responsables et relèvent un tout grand défi: combattre les mauvaises odeurs favorisant l’insalubrité publique.

Le numéro deux mondial de la parfumerie et des arômes alimentaires, et le cofondateur de Microsoft, ont commencé l’élaboration de ce projet en 2012. Le président de la direction générale de Firmenich, Gilbert Ghostine, le présente jeudi à Londres, à l’occasion du 16ème Sommet européen du business responsable. Cette opération a nécessité un investissement à peu près équivalent des deux partenaires, à hauteur de 6,5 millions de dollars (environ 6,37 millions de francs) chacun.

Plusieurs facteurs ont favorisé l’émergence de ce projet. En premier lieu, évidemment, l’urgence tragique d’une solution à ce problème. Puis le fait que ces gigantesques difficultés de salubrité publique sont aggravées par une donnée au premier abord ridicule. «Il est démontré que la malodeur dissuade l’utilisation des toilettes, même lorsque celles-ci existent», indique Nollaig Forrest, porte-parole de Firmenich. Cette entreprise familiale a en outre convaincu la fondation Bill et Melinda Gates, du fait de son savoir-faire et de connaissances qu’elle développe depuis plus d’un siècle.

Firmenich se trouve en effet à l’origine de quelques-uns des plus grands produits de l’histoire de la parfumerie. La société a ensuite commencé, dans les années quatre-vingt, à concevoir pour certains clients des articles bien connus des ménages, d’abord occidentaux, puis du monde entier. Ils se présentent encore souvent comme des vaporisateurs et sont voués au combat contre les mauvaises odeurs. Forte de ces expériences, l’entreprise emploie quelques-uns des plus grands experts pour comprendre les propriétés biologiques des récepteurs olfactifs. Ceux-ci n’ont cependant pas pu, à l’occasion du partenariat avec la fondation Bill et Melinda Gates, se contenter de poursuivre leurs travaux de recherche en laboratoire. Le défi conjoint, de la firme genevoise et de la fondation Bill et Melinda Gates, leur ont imposé des missions d’études sur des terrains divers.

Recherches en latrines

«Nos spécialistes ont commencé leur travail à la source. Ils ont analysé les odeurs fécales dans des latrines d’Inde (à Ahamadabad, Pune et Warangal) et d’Afrique (à Nairobi, Kampala et Durban). L’objectif consistait à comprendre leur composition et à déterminer s’il y avait une odeur fécale universelle. A travers ces recherches, les quatre molécules les plus représentatives des mauvaises odeurs des toilettes ont pu être décelées. Leur dosage variable permet de reproduire en laboratoire les différentes odeurs observées dans les différents pays où nous avons échantillonné les matières fécales», explique Nollaig Forrest.

Indol, p-cresol, dimethyl trisulfide et acide butyrique sont les quatre molécules tant redoutées et démasquées par les experts de Firmenich. Après les avoir isolées, ils ont recherché les moyens les plus efficaces pour les neutraliser. Il a fallu ensuite identifier les récepteurs olfactifs activés par ces quatre molécules, sachant que le nez de chaque individu est pourvu de 350 récepteurs olfactifs. Gilbert Ghostine reconnaît que cette expérience a parfois progressé par tâtonnements. «Mais, vu que les odeurs se trouvent tellement au centre de toute solution à ce problème de santé publique, nous savions que nous pouvions contribuer à cette recherche», se félicite Geneviève Berger, directrice de la recherche chez Firmenich.

Bill Gates exprime lui-même sa gratitude: «Firmenich a envoyé ses scientifiques sur divers sites afin d’étudier les toilettes dans les pays en développement. Ils ont ensuite effectué une découverte capitale. Celle-ci permettra d’éliminer les odeurs fétides, associées aux toilettes. Toute leur bonne volonté pour aider au financement du projet avec nous, en prenant des risques, s’est en outre avérée fort précieuse. Les experts de Firmenich sont sur le point d’apporter un produit innovant. Celui-ci contribuera à l’amélioration de la qualité de la vie dans le monde.»

Structure imaginée par Unilever

L’entreprise meyrinoise insiste toutefois davantage sur ses atouts stratégiques qu’elle ne cède à l’autosatisfaction. «Nous savons que nous n’aurions pas pu relever un défi aussi ambitieux tout seul. C’est pourquoi, en plus de notre partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates, nous sommes un des membres fondateurs du Toilet Board Coalition», relève Bérengère Magarinos-Ruchat, vice-présidente du développement durable chez Firmenich.

Cette structure, initialement imaginée par Unilever, est basée à Genève. Elle rassemble plus de 200 partenaires. L’objectif du Toilet Board consiste à réinventer le marché de l’assainissement. «Il ne serait en effet pas possible de construire des systèmes de canalisation et d’épuration dans certaines villes, comme Mumbaï et Delhi, et beaucoup d’autres en Afrique. Des entreprises, soutenues par le Toilet Board, travaillent sur le modèle d’affaires des toilettes publiques. D’autres gèrent des déchets et leur valorisation en fertilisant ou en énergie», précise Bérengère Magarinos-Ruchat.

Le Toilet Board Coalition a en outre organisé, l’automne dernier, son premier Global Toilet Business Innovation and Investment Summit à Mumbai. A cette occasion les membres du World Toilet Board se sont engagés à investir 15 millions de dollars (14,7 millions de francs) ces prochaines années. «Cette décision s’avère cruciale. Notre collaboration avec le Toilet Board est en effet fondamentale pour rendre notre technologie de contrôle de la «malodeur» accessible aux populations les plus exposées», indique la responsable du développement durable chez Firmenich.


Christian Starkemann, docteur en biochimie chez Firmenich devant l'une des cabines où ont été recréées les conditions d'odeur, de température, et d'humidité rencontrées dans des latrines de plusieurs villes indiennes et africaines. Ces techniques permettent de réaliser les développements de parfums appropriés pour combattre les mauvaises odeurs. (Photo: Steeve Iuncker-Gomez)
(24 heures)

Créé: 08.06.2017, 09h43

L’investissement socialement responsable ne cesse de croître

Les investissements socialement responsables (ISR) ne se limitent pas à une vue de l’esprit, un fantasme gauchisant ou un attrape-nigaud publicitaire. Le volume de ce type d’opérations ne cesse en effet de croître. Leur total s’élevait l’automne dernier à 21’400 milliards de dollars (20'972 milliards de francs), selon Thomas Merz, analyste chez UBS Asset Management. L’Europe réussissait le meilleur score avec 13’000 milliards de dollars, suivie des Etats-Unis (6500 milliards de dollars). En Suisse, les actifs ISR affichaient une hausse de 169% par rapport à 2014, à 190 milliards de francs. A titre de comparaison, le PIB (produit intérieur brut) des Etats-Unis, la première économie mondiale, a atteint 18'565 milliards de dollars l’an dernier.

Les communautés internationale et entrepreneuriale se mobilisent de plus en plus pour promouvoir cette orientation des activités économiques. «L’ONU a lancé déjà en 2000 le Pacte mondial visant à inciter les entreprises du monde entier à adopter une attitude socialement responsable, en s’engageant à intégrer et promouvoir plusieurs principes relatifs aux droits de l’homme, aux normes internationales du travail et à la lutte contre la corruption. Ce pacte compte plus de 8000 entreprises, réparties dans 160 pays», indiquait l’an dernier le directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, Michael Moller, à l’occasion du World Economic Forum de Davos.

Michael Moller a en outre rappelé quelques principes fondamentaux dans le domaine des objectifs de développement durable actuels: «Si nous voulons réaliser ces objectifs, nous devons donner la priorité aux projets ciblant les populations les plus vulnérables et identifier ceux qui sont vraiment reproductibles. Les meilleurs partenariats réussissent parce que leurs protagonistes partagent des objectifs communs, les ressources, les risques et les gains.»

Ce ne sont donc pas seulement des pays riches qui aident des pays pauvres dans les investissements socialement responsables. Le directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève tient en outre à balayer un lieu commun, laissant souvent apparaître les soucis de protection de l’environnement comme un obstacle à l’activité: «Réduire les émissions de CO2 nécessite une recrudescence d’innovations et donc plus de business!»

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