Agricultural Bank of China, le troisième pilier bancaire chinois, arrive à Genève

MultinationalesL’empire d’un demi-million d’employés finalise l’installation d’une antenne au bout du lac. Son arrivée est discutée depuis cinq ans.

Vidéo: Pierre Ruetschi

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Cinq mois après la fermeture par le géant pétrolier Sinopec de sa filiale locale et cinq ans après la débâcle de la Bank of China, la place financière genevoise est sur le point d’être rejointe par l’Agricultural Bank of China. La troisième banque de la République populaire de Chine est en train de finaliser son installation au bout du lac, selon deux sources au fait de ses discussions avec les autorités helvétiques. Cette arrivée attend, selon ces deux sources, le feu vert de l’autorité chinoise de tutelle du secteur bancaire.

À Pékin, les services de cette armée d’un demi-million d’employés ne répondent pas aux messages à ce sujet. De son côté, l’autorité helvétique supervisant le secteur financier – la FINMA – ne s’exprime pas sur une éventuelle demande d’autorisation venant de l’Agricultural Bank of China. Présente dans dix-neuf pays – dont le Luxembourg – cette galaxie continue son expansion loin des provinces agricoles chinoises. Mercredi encore, elle officialisait l’ouverture d’une filiale à Hanoï.

Dans le sillage de Cofco

Les discussions avec les autorités helvétiques durent depuis plus de cinq ans. «ABC» – le surnom de ce «crédit coopératif agricole» créé par l’administration de Mao deux ans après la naissance de la République populaire – est l’un des dossiers brûlants concernant l’implantation de «Big Four» bancaires chinois. Deux ont choisi Zurich: la China Construction Bank il y a deux ans et, quelques mois plus tard, l’Industrial Bank of China – la plus importante au monde en termes de taille totale du bilan.

«Pour ABC, Genève est spécialement intéressante pour son négoce des produits agricoles»

C’est son rôle de plaque tournante du financement des cargaisons de matières premières, ainsi que l’arrivée de la China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation – Cofco, pièce centrale de la planète céréales –, qui ont fait pencher la balance en faveur de Genève, pointent ces personnes au fait des échanges entre la banque et les autorités helvétiques.

Qu’en pense un ancien responsable de la promotion économique régionale comme Philippe Monnier? Contacté au sommet de Davos, ce dernier réagit en estimant qu’«il est très réjouissant que cette institution clé préfère Genève». Si Zurich reste «fondamentalement la plus grande place financière suisse», Genève «est spécialement intéressante pour le négoce des produits agricoles», confirme l’homme d’affaires, très actif en Chine.

Un député à la rescousse

L’ouverture de cette antenne menace de faire mentir la chanson des Jackson Five selon laquelle «ABC, it’s easy as 123». Non, cette arrivée n’a pas été aisée. Un nombre inhabituel de moyens auront été mobilisés, sous la houlette du Département genevois de la sécurité et de l’économie. Services de la promotion économique bien sûr, autorités fédérales, ambassade, chambres de commerce, banque cantonale. Et même un président du Grand Conseil genevois. Contacté jeudi, Jean-Marc Guinchard confirme avoir fait le déplacement à Pékin avec deux collaborateurs en juin dernier, sur la requête du ministre de l’Économie, Pierre Maudet, lui-même alors de retour d’un voyage officiel en Chine.

«La culture chinoise attache un rôle plus important au parlement qu’à l’exécutif et j’avais en outre le privilège de l’âge», relate celui qui a passé deux heures à vendre Genève face au conseil d’une banque dont le bilan totalise des actifs trois fois plus importants que ceux d’UBS. Le député démocrate-chrétien de 63 ans a également rencontré les dirigeants d’Air China afin de s’enquérir de la pérennité de la liaison directe avec Genève – le vol est parfois loin de faire le plein –, un facteur clé dans les discussions avec «ABC». Il aura également réussi à dissiper les incompréhensions au sujet de la fermeture de l’antenne genevoise de la Bank of China en 2012 – après trois ans de présence –, l’attribuant à une «erreur de casting» lors du choix de sa direction.

Accompagné d’un protocole «impressionnant», l’accueil du parlementaire a eu lieu alors que deux épisodes menaçaient de brouiller la ligne avec Pékin. Une enquête, finalement classée, de la justice genevoise à l’encontre d’Addax – la filiale de la «major» pétrolière Sinopec – devait conduire à la fermeture de cette antenne genevoise en août dernier. En septembre, c’est la Commission fédérale des OPA qui exigeait des éclaircissements de la part du mystérieux conglomérat chinois HNA, propriétaire de Swissport et Gategroup, deux multinationales suisses dominant les services aéroportuaires dans le monde. Apparemment, la ligne avec Genève est rétablie.

(24 heures)

Créé: 25.01.2018, 19h45

«Le dossier est étudié par les autorités chinoises»

Le conseiller d’État genevois Pierre Maudet, à la tête du Département de la sécurité et de l’économie, a posé avec Doris Leuthard, alors présidente de la Confédération, les premiers jalons d’une représentation de l’Agricultural Bank of China à Genève. Interview.

Pourquoi l’intérêt d’ABC pour Genève et non pour Zurich?

Il s’avère que, lorsque le géant chinois du négoce de céréales Cofco a signé, en mai 2017, l’implantation de son quartier général international à Genève, j’ai eu l’occasion de rencontrer les cadres dirigeants d’ABC, dont Cofco est le principal client. Ces derniers ont rapidement témoigné leur intérêt à choisir Genève, car c’est la capitale européenne, avec Londres, du trading de matières premières et du financement bancaire du négoce international. Leur intérêt était, en quelque sorte, d’accompagner Cofco.

Il semblerait que les négociations soient très avancées...

Je ne peux pas me prononcer pour la banque mais, une fois le dossier déposé et agréé par l’autorité de surveillance des banques chinoise, la China Banking Regulatory Commission, tout peut aller très vite.
Pourquoi une banque chinoise doit-elle demander l’autorisation de s’implanter à l’étranger?
C’est le système chinois. Ainsi, la CBRC est la représentation directe du gouvernement dans les questions financières.

Que pèse l’Agricultural Bank of China?

C’est un géant en Chine, car l’agriculture représente encore quelque 10% du PIB. En gros, ABC compte 400 millions de clients dans l’Empire du Milieu, 40 000 agences bancaires et 400 000 salariés.


Les banques chinoises semblent avoir un intérêt croissant pour la Suisse. Comment expliquez-vous cela?

La Suisse compte désormais des avantages compétitifs très importants par rapport à l’Union européenne.

Lesquels?

Tout d’abord, nous disposons d’un accord d’échange de devises, de swap, signé en 2014 entre la Banque nationale suisse et la Banque populaire de Chine. Cet accord octroie ainsi à la BNS un quota d’investissement en renminbis et, aux deux banques centrales, d’acheter des francs suisses et des renminbis et d’approvisionner au besoin les marchés correspondants en monnaie chinoise et helvétique. Ensuite, et contrairement à l’UE, nous avons conclu un accord libre-échange avec Pékin et, enfin, la visite, l’an dernier, du président chinois Xi Jinping à Davos puis à Genève a marqué les esprits des entreprises et des banques de cette puissance économique.

E.E. et P-A.S.

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