L’alerte rouge est lancée sur le saumon biologique

AlimentationLe magazine «Thalassa» a récemment mis en évidence l’exploitation intensive des élevages «bio» et alerté sur la contamination de poissons par de nombreux polluants en Irlande

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Bassins en métal reliés par de longs tuyaux en plastique, vaccination en série dans des remorques de camion, usine vidant et nettoyant à la chaîne des milliers de poissons… Les images ne sont pas très engageantes. Dévoilées vendredi dernier dans le cadre d’un reportage réalisé par Thalassa sur France 3 (en collaboration avec le magazine français 60 millions de consommateurs), elles le sont d’autant moins qu’elles proviennent d’une écloserie irlandaise de saumons labélisée «bio».

«Il est évident que nous sommes là en total décalage avec les opérations marketing présentant un poisson vivant dans un écosystème naturel et le plus souvent idyllique», constate Barbara Pfenniger. La responsable alimentation de la Fédération romande des consommateurs (FRC) souligne toutefois que cette manière de faire n’est pas surprenante puisque, avant de relâcher le saumon dans une ferme d’élevage plus «naturelle» (dans l’océan), il faut qu’il atteigne une certaine taille.

Sur le papier, le constat global est que rien ne semble aller à l’encontre des normes bio édictées par l’Union européenne. Prenons Marine Harvest, ce leader mondial qui fournit un tiers des saumons consommés dans le monde (bio et non bio): tout y est fait dans les règles de l’art. En comparaison de ses élevages normaux, les poissons sont effectivement deux fois moins nombreux dans les fermes bio du groupe norvégien. Les vaccinations se limitent, elles, à deux séances maximum alors qu’un saumon «classique» sera traité autant de fois que nécessaire. «La pisciculture biologique impose également un accès plus rapide à un environnement naturel, et cela sans source de stress ou de fatigue inutile pour le poisson», souligne Barbara Pfenniger. Tout cela en protégeant les écosystèmes naturels qui accueillent ces fermes.

Une réalité plus contrastée

Dans les faits, la réalité est plus contrastée. L’élevage de saumons bio ressemble de plus en plus à une industrie comme une autre, dont l’objectif est d’optimiser un maximum les rendements pour répondre à une consommation en pleine explosion. A se demander du coup si l’utilisation du label bio n’est pas biaisée, même en Suisse, où les grands distributeurs assurent appliquer des normes plus strictes que celles utilisées en Europe (voir infographie ci-contre). «Cette interrogation est légitime, surtout au vu de l’intensification surprenante de ces élevages bio», estime Barbara Pfenniger.

Cette question se pose d’autant plus au vu des découvertes dévoilées vendredi dernier. Réalisée par un laboratoire indépendant, une vaste analyse des produits saumonés disponibles dans le commerce en France a été réalisée par les journalistes de Thalassa. La conclusion est étonnante: les saumons bio sont contaminés en métaux lourds, en mercure ou encore en PCB (interdits pourtant depuis des décennies), et cela de manière bien plus importante que leurs congénères élevés dans des conditions normales.

Paradoxalement, c’est l’une des conditions imposées par l’industrie bio qui est responsable de cet empoisonnement des salmonidés. Elle concerne les granules qui composent leur alimentation. Contrairement aux saumons non bio, qui absorbent des granules composés essentiellement de végétaux, la nourriture des élevages bio contient majoritairement des huiles et des déchets de petits poissons… tous issus de la pêche durable. Le souci est qu’aujourd’hui les océans sont pollués. Conclusion: cette pollution remonte logiquement la chaîne alimentaire pour finir dans notre assiette.

Le label n’assure pas contre tout

En Suisse, Barbara Pfenniger évoque un test récent sur le saumon fumé et la découverte d’un seul produit dont la teneur en PCB était douteuse. Elle ne nie pas que l’enquête française donne envie «d’analyser les saumons frais présents sur le marché helvétique», supposant que la situation en Suisse puisse se rapprocher de celle découverte en France. Elle ignore toutefois si de tels tests auront lieu l’année prochaine, la FRC s’adaptant en fonction de l’actualité.

Quoi qu’il en soit, l’utilisation du label bio semble problématique. «Ce standard n’offre aucune assurance de sécurité alimentaire mais certifie simplement des règles d’élevage, sans précision aucune sur cette question des polluants», se défendait sur France 3 Catherine MacManus. La directrice d’une exploitation bio pour Marine Harvest en Irlande soulignait encore à ce propos que les doses constatées restent largement inférieures aux normes européennes. «L’erreur est de penser qu’il faut s’arrêter aux règles en vigueur, alors que les exploitations actives dans le bio devraient essayer d’améliorer continuellement la situation», estime la responsable alimentation de la FRC.

Après le scandale du saumon écossais en 2013, où les images d’employés pulvérisant des pesticides et d’autres substances chimiques sur des fermes ont fait le tour du monde, des géants comme Marine Harvest ont été contraints de revoir leur modèle. Les conclusions révélées par l’émission télévisée française et 60 millions de consommateurs risquent donc une nouvelle fois de bouleverser cette industrie, voire même le secteur du bio.

Un jour avant la diffusion du documentaire de France 3, l’Agence Bio (organisme français) réagissait par communiqué. «Les professionnels du bio tiennent à souligner qu’ils sont les premières victimes de la pollution induite par les activités humaines contre laquelle ils luttent au quotidien», pouvait-on y lire.

Créé: 30.11.2016, 06h38

Effondrement des stocks

L’été dernier, les pêcheurs russes ont dû faire preuve de patience. Durant des jours, le saumon rouge s’est fait attendre dans la superbe péninsule volcanique du Kamchatka. Venant du Pacifique, ce sont des centaines de milliers de poissons qui remontent chaque année le fleuve Oziornaïa pour aller frayer dans le lac Kourile, l’un des derniers sanctuaires de la planète hébergeant du saumon sauvage.

D’après les plus récentes statistiques, ils seraient encore 1,7 million à retourner se reproduire dans la région qui les a vus naître. Des chiffres qui ne cessent toutefois de se réduire, sur fond d’exploitation industrielle croissante et d’un braconnage de plus en plus intensif.

Globalement, et comme la plupart des autres espèces de poissons, le saumon sauvage se fait rare un peu partout dans le monde. Les stocks se sont effondrés, à l’exemple du saumon de l’Atlantique Nord, dont la population serait passée de 10 millions il y a vingt ans à moins de 3,5 millions ces dernières années. Selon Marco Lambertini, CEO du WWF International depuis deux ans, «en capturant les poissons à un rythme trop intensif, nous conduisons nos océans au bord du précipice».

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