L'Allemagne lance la 5G sans exclure Huawei

TélécomsLe gouvernement allemand ne veut pas se fâcher avec Pékin, quitte à déplaire aux Etats-Unis.

En marge d’un sommet économique à Berlin, la chancelière Angela Merkel a déclaré mardi vouloir «n’exclure aucun entrepreneur ou acteur (de la 5G)», tout en annonçant l’inscription dans la loi allemande d’exigences accrues en termes de sécurité.
des réseaux.

En marge d’un sommet économique à Berlin, la chancelière Angela Merkel a déclaré mardi vouloir «n’exclure aucun entrepreneur ou acteur (de la 5G)», tout en annonçant l’inscription dans la loi allemande d’exigences accrues en termes de sécurité. des réseaux. Image: Keystone

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Huawei est-il une menace pour la sécurité des Européens, comme l’affirme Washington? Quoi qu’il en soit, les Allemands ont décidé de ne pas fermer la porte à l’équipementier télécoms chinois. «Peu importe qu’un fournisseur vienne de Suède ou de Chine, les entreprises doivent satisfaire aux exigences de certification et aux contrôles de sécurité», a jugé Jochen Homann, président de l’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) chargée d’attribuer les licences 5G depuis ce mardi.

Huawei est devenu incontournable dans la technologie 5G, celle de la nouvelle génération de l’internet mobile. L’équipementier chinois a une grande expérience avec 1500 réseaux de téléphonie mobile à son actif dans le monde. Il est non seulement leader dans le domaine du 5G, mais propose aussi des solutions bon marché. Pour Deutsche Telekom, il est donc inimaginable de renoncer à Huawei. Il n’y a pas d’alternative pour construire un réseau aussi rapidement, estime l’opérateur, qui est l’un des quatre candidats du 5G allemand avec Vodafone, Telefónica/O2 et 11/Drillisch.

L’exclusion de Huawei repousserait le projet d’au moins deux ans, a jugé Nick Read, le patron de Vodafone. Les Européens Nokia et Ericsson seraient incapables de répondre actuellement à la demande. Par ailleurs, le sud-coréen Samsung est trop petit et l’américain Cisco trop spécialisé dans les réseaux d’entreprises.

«Le risque demeure»

Seulement, Huawei est soupçonné de transférer ses données à l’État chinois. Selon les experts des télécoms, le groupe serait en mesure de procéder à des opérations de sabotage capables de bloquer toute l’économie d’un pays. Dans le cas d’une grave crise politique, par exemple, la Chine pourrait forcer Huawei à couper le réseau. «Vous pouvez installer tous les systèmes de sécurité, le risque demeure», a prévenu Gerhard Schindler, l’ancien président du Service fédéral de renseignements (BND). Pour cette raison, les États-Unis ont banni l’équipementier chinois de leurs appels d’offres, comme l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande.

Dans une lettre adressée au ministre fédéral de l’Économie, l’ambassadeur américain a menacé de suspendre la collaboration avec l’Allemagne dans le domaine du renseignement. Richard Grenell avait déjà menacé Berlin de sanction dans le dossier du gazoduc germano-russe Nord Stream, que Washington considère comme une dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de Moscou. Enfin, le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Curtis Scaparrotti, a renchéri en menaçant de couper les ponts entre l’OTAN et les agents allemands si l’Allemagne s’associait à Huawei.

Le différend entre Washington et Berlin montre à quel point les Européens sont pris en tenaille dans la guerre économique que se livrent les États-Unis et la Chine. Washington vient de mettre cette fois en garde Lisbonne après l’OPA chinoise sur le plus grand groupe du Portugal, alors même que ce dernier est le pays le plus ouvert aux investissements chinois. «Les Américains se battent contre la Chine pour défendre leur hégémonie. Ils tentent de forcer les Européens à prendre position en leur faveur», déplore Jürgen Trittin, député écologiste et membre de la commission des Affaires étrangères du Bundestag. «C’est du pur chantage. Nous ne devons pas être l’objet d’un affrontement entre les États-Unis et la Chine», a ajouté Dietmar Bartsch, le président du parti de la gauche radicale (Die Linke, opposition), en rappelant que les services secrets américains ne s’étaient pas gênés pour écouter le téléphone portable de la chancelière. «L’Allemagne ne doit pas se priver d’un avantage commercial alors que Huawei propose des solutions bon marché. Sans les Chinois, les prix risquent d’être plus élevés et les consommateurs s’en trouveraient pénalisés», dit-il.

Une loi de sécurité?

La chancellerie a gardé son sang-froid face aux menaces de Washington. Angela Merkel a réagi positivement à la proposition de Huawei de signer une clause de non-espionnage. Pour l’instant, elle craint moins les foudres du président américain que les représailles économiques de Pékin contre les entreprises allemandes en Chine. Comme seule réponse, Berlin a soumis l’idée d’une loi de sécurité sur les télécommunications.

D’autres préconisent de créer un «champion» de la technologie 5G en Europe pour supprimer cette dépendance aux Chinois. «Les Européens sont condamnés à coopérer. Personne ne pourra plus trouver de solution en faisant cavalier seul. Nous avons un Airbus franco-allemand; on pourrait faire un 5G franco-allemand», propose Norbert Röttgen, le président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag.

Créé: 19.03.2019, 20h11

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