L’automne boursier réduit à zéro les performances

BoursesL’inquiétude grandit parmi les investisseurs. Le titre Apple a perdu 20% depuis les sommets atteints cet été.

Apple était devenue en août dernier la première entreprise américaine de l’histoire à atteindre les 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Apple était devenue en août dernier la première entreprise américaine de l’histoire à atteindre les 1000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Image: Lucas Jackson/Reuters

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Ça commence à sentir un peu le roussi, tant les marchés boursiers traversent un automne difficile: -10% en moyenne depuis les plus hauts historiques atteints à la fin de septembre aux États-Unis. Le poids lourd Apple a même plongé de 20%. «Nous avions atteint un sommet et les indices actions vont continuer de corriger», assène Alessandro Mauceri, CEO auprès du gérant indépendant Memento, à Genève. La plupart des gains enregistrés depuis janvier ont carrément été effacés.

Le financier ajoute: «Les investisseurs sous-estiment l’impact des récentes élections américaines et la bataille acharnée pour le pouvoir qu’elles préfigurent.» Les incertitudes ainsi générées ne «seront pas bonnes pour les marchés en général». Les limites de la politique du président Trump risquent aussi d’apparaître. «L’effet des baisses d’impôts et des dépenses massives en infrastructures sur les profits des entreprises va s’estomper l’année prochaine.» Les ardeurs des investisseurs seront refroidies d’autant. Lui dit s’attendre à un recul de 15% de l’indice Dow Jones d’ici au début de 2019.

Dix ans d’envolées boursières

Un krach est-il à prévoir? La question taraude les esprits après dix années d’envolées boursières. Il est vrai que la situation est également délicate en Europe et en Asie. L’Euro Stoxx 50 abandonne 8,5% depuis le début de l’année, l’indice suisse SMI 5% et le Nikkei japonais 4%. D’UBS au conglomérat industriel ABB, en passant par le groupe horloger Richemont, la chute dépasse 20%.

«Je n’ai pas le sentiment que la fin du long cycle haussier ait démarré», confie Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier, qui privilégie plutôt la piste d’un retour de la volatilité, marquée par de fréquents soubresauts. La baisse actuelle? «Le facteur déclencheur est la hausse du coût du capital aux États-Unis, qui constitue un véritable stress test naturel pour les marchés.»

Ce phénomène est sur toutes les lèvres. «Avec les hausses de taux, le cash en dollars est de mieux en mieux rémunéré, ajoute Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements du groupe Syz, à Genève. Cela constitue un aimant qui draine une partie de la liquidité investie dans des actifs plus risqués, notamment les actions américaines le mois passé ou la dette émergente cet été, dont les valorisations avaient été en partie gonflées par les taux bas.» À titre d’exemple, un investisseur institutionnel américain peut désormais encaisser 2,5% sur un placement sans risque en billets verts. «Et probablement 3,5% l’année prochaine avec les hausses de taux attendues de la part de la banque centrale américaine», détaille-t-il. À la marge, les actions perdent en attractivité et se retrouvent sous pression.

Rien de dramatique toutefois. Selon Samy Chaar, les signes annonciateurs d’un krach ne sont pas encore là. «Une correction majeure est généralement associée à un environnement récessif», précise-t-il. L’économiste table plutôt sur une croissance de 2,6% aux États-Unis l’année prochaine et de 2% en Europe.

Passagère contraction de l’économie allemande

L’embellie sur le front de l’emploi européen, avec des salaires qui progressent, rassure. «Cela crée de la demande de consommation, soutenant ainsi la croissance.» Le récent chiffre allemand qui montre une contraction économique au troisième trimestre? Un facteur passager lié à l’industrie des voitures. «Les nouvelles normes européennes de certification sur les émissions polluantes ont pesé sur le marché automobile en créant des goulots d’étranglement à la production.»

Le risque chinois demeure, lui, un motif d’inquiétude. «La croissance annoncée à 6,5% par Pékin se trouve à son plus bas niveau depuis dix ans», souligne Fabrizio Quirighetti. Associées à la guerre commerciale avec les États-Unis, les mesures prises pour lutter contre la bulle financière liée à l’endettement excessif des ménages et des entreprises chinoises (lutte contre le «shadow banking» ou crédit réglementé, resserrement du robinet du crédit, etc.) pèsent sur l’économie. La Bourse de l’Empire du Milieu n’a pas perdu 20% cette année par hasard.

Voilà qui explique aussi en partie les mauvaises performances boursières des firmes européennes présentes dans le luxe, les biens d’équipement ou encore l’automobile. «L’industrie d’exportation européenne, mais aussi l’Australie, les pays émergents et même le Japon sont de plus en plus dépendants de la croissance chinoise», confirme-t-il.

Mais le pire, soit un krach, ne serait pas à redouter «De l’Italie au Brexit, en passant par les hausses de taux aux États-Unis et la problématique chinoise, passablement de mauvaises nouvelles sont intégrées dans les prix actuels des actions», assure Fabrizio Quirighetti.

Faut-il pour autant acheter des titres? L’économiste ne se précipiterait pas tant que l’horizon ne se dégage pas un peu. «Une dizaine de pourcentages de baisse supplémentaire ces prochains mois n’est pas exclue.» De quoi faire réfléchir.

Créé: 15.11.2018, 22h45

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