«Le banquier privé suisse typique est peu ouvert d'esprit»

Banques étrangèresUn banquier luxembourgeois estime que la place financière helvétique n'a pas assez souffert pour devenir vraiment innovante.

Image: L. Fortunati

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Invité par l'Association des banques étrangères en Suisse, Michel Wohl a eu quelques mots durs à propos de la place financière helvétique, tout en continuant à croire à son rôle de leader mondial dans la gestion de fortune. Le directeur de la Banque Internationale à Luxembourg (Suisse) SA (qui emploie 30 collaborateurs à Genève et 40 à Zurich, où se trouve son siège) a précisé sa pensée suite à une rencontre avec des journalistes à Zurich. Interview.

Vous jugez le banquier privé suisse typique «peu ouvert d'esprit». Il s'occupe «surtout de placer l'argent de ses clients mais ne se charge pas vraiment de leur situation globale». Ce sont des mots durs, non ?
Ce que j'ai voulu surtout dire, c'est que la place financière suisse dans son ensemble n'est pas assez agressive. Nous avons une tout autre approche au Luxembourg, où le gouvernement, les administrations et les banques s'entendent mieux, à mon avis, sur des stratégies. On l'a vu avec la capacité du duché à faire venir des banques chinoises pour devenir une des plus importantes places pour les transactions avec le renminbi (ndlr: monnaie chinoise).

Peut-être que cette attitude plus réservée en ce moment du banquier suisse est due à l'ensemble des récents problèmes qu'à connus la place financière ?
Se focaliser sur les aspects légaux du métier n'est pas une solution. Ce n'est pas en se cachant qu'on va avancer. Même s'il y a beaucoup de bonnes choses en Suisse, et c'est la raison pour laquelle nous continuons à y rester, l'innovation et le goût de l'entreprise n'y sont pas assez développés. Toute la Suisse doit être plus flexible.

Quels avantages détient encore la Suisse dans la gestion de fortune ?
La stabilité suisse, toujours elle, va continuer d'attirer les gens fortunés. Pour eux, c'est une simple question de répartition des risques. Ils veulent qu'une partie de leur argent soit fixée ici. A l'inverse, les petites et moyennes fortunes vont tendanciellement retourner dans les pays d'où elles proviennent.

Quels solutions pour les petits établissements comme le vôtre ?
Il est beaucoup trop question d'externalisation d'activités bancaires (par exemple dans l'informatique) pour faire reculer les coûts. Mais les banques qui y voient une solution miracle à leurs problèmes oublient qu'externaliser fait augmenter tout d'abord les charges, en tout cas les deux premières années. Pour que cela soit rentable, il faut que la croissance suive. Et cela ne vient pas tout seul. Il vaut tout autant la peine d'investir dans l'efficacité et les processus de travail, en gardant les mêmes activités. Mais c'est plus compliqué.

Comment ont fonctionné vos affaires cette année ?
Nous avons bon espoir d'augmenter nos fonds nets sous gestion de près de 250 millions de francs cette année. Nous gérons actuellement 2 milliards. Notre organisation actuelle nous permettra sans problème de croître fortement, en maintenant notre base de coûts actuelle.

Le grand déballage des arrangements fiscaux entre le Luxembourg et les entreprises (Luxleaks) nuit-il à l'activité de la place financière du grand-duché?
Non, car cela concerne les entreprises et le gouvernement. Les banques n'ont rien à y voir.

Créé: 26.11.2014, 15h10

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