Le Bitcoin devient une monnaie officielle et taxée

AllemagneUne monnaie virtuelle qui est officiellement reconnue par un Etat: voilà le destin singulier du Bitcoin en Allemagne. Mais derrière cet honneur fait à la monnaie née sur le web se cachent aussi des motivations fiscales.

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Des écrans d'ordinateurs à la réalité: alors qu'il fête ses quatre ans d'existence virtuelle, le Bitcoin est officiellement reconnu en Allemagne. Le gouvernement fédéral vient de lui accorder le statut de «monnaie privée». A la faveur de cette reconnaissance, le Bitcoin pourra être légalement utilisé dans les «échanges multilatéraux».

Créé en 2009 par Satoshi Nakatomo (pseudonyme d'un informaticien japonais), le Bitcoin échappe à toutes les règles qui régissent les devises modernes: pas d'indexation sur aucune autre monnaie, pas d'intermédiaire dans les échanges, garantie de l'anonymat des transactions, et aucune banque centrale pour en définir une politique.

Une valeur refuge en temps de crise monétaire

Ce qui n'empêche pas le Bitcoin d'avoir un cours. Ainsi, la monnaie virtuelle qui s'acquiert sur des plate-formes internet, suit peu ou prou les évolutions du dollar US (à 80%, ses utilisateurs échangent leurs Bitcoins contre des dollars, contre 8% pour des euros et 6% pour des yuan). Et sert de valeur-refuge pour des investisseurs dont la confiance dans les monnaies classiques a singulièrement diminué au fil des crises.

Ce sont ces fluctuations qui sont décrites et expliquées dans ce reportage vidéo.

Les fluctuations du cours du Bitcoin

Ainsi, il y a moins de six mois, un Bitcoin valait 266 dollars alors que la crise chypriote menaçait la viabilité de l'euro. A sa création, il valait moins d'un dollar. Actuellement, le cours est retombé et le Bitcoin ne vaut plus que 105 dollars. Le pic correspondait à la volonté traditionnelle des investisseurs à thésauriser leur capital dans des valeurs refuges en période de turbulences sur les marchés, afin de protéger leurs avoirs, quitte à réduire les profits. Le Bitcoin rejoint en cela les valeurs refuges traditionnelles (or et autres métaux précieux, livre sterling, franc suisse).

D'ailleurs, le lien avec l'or est encore plus manifeste depuis quelques mois: alors que la Réserve fédérale américaine a annoncé la fin prochaine de sa politique de soutien, le Bitcoin a semblé s'arrimer au métal jaune, suivant ses évolutions. L'économiste Paul Krugman (prix Nobel 2008) a ainsi estimé que «le Bitcoin réintroduit l'étalon or», mesure abandonnée dans le monde après 1945.

Les taxes seront désormais possibles

Cependant, la décision allemande n'est pas exempte d'intérêt. Hors des circuits traditionnels, le Bitcoin et les transactions qu'il permettait échappent jusque-là aux taxations. C'est ce qui est expliqué dans cette vidéo (en anglais).

Avec le statut de monnaie privée, l'Etat pourra désormais prélever une taxe de 25% sur les bénéfices réalisés dans le cadre de ventes en Bitcoins. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung décrit le processus et explique qu'au bout d’un an en revanche, une exonération sera prévue. Un système similaire à celui qui a cours pour la taxation sur les plus-values immobilières, selon le quotidien allemand.

Les entreprises aussi seront concernées: elles auront pour obligation d'intégrer dans toutes leurs transactions en Bitcoins un taux de TVA. Ce qui devrait sans doute réduire quelque peu l'attrait de cette monnaie alternative jusque-là exempte de toute taxation.

D'autres pays étudient ces solutions

Et si l'Allemagne innove avec cette reconnaissance officielle, d'autres gouvernements pourraient suivre. Aux Etats-Unis comme en Australie, des voix s'élèvent pour intégrer davantage cette monnaie dans les flux financiers. Plusieurs études émanant du CFTC (régulateur américain), du GAO (bureau du Congrès américain chargé du Budget), et de l'agence financière Bloomberg vont dans ce sens.

Les jumeaux Winklevoss, connus pour leurs procès contre Mark Zuckerberg, ont déposé récemment une demande pour créer un fonds d'investissement basé sur le Bitcoin. La SEC, le gendarme boursier de Wall Street, devrait prochainement livrer sa réponse.

Pas de consensus sur ce point toutefois: pour des raisons différentes, le FBI et la Banque centrale Européenne (BCE) se méfient du Bitcoin, notamment à cause de sa vulnérabilité aux attaques de pirates informatiques (des porte-monnaies hébergés sur smartphones Android ont subi des attaques à la mi-août). Quant à la Thaïlande, elle a été plus radicale encore: le Bitcoin est interdit dans le pays.

Créé: 20.08.2013, 11h50

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