Un cadeau de 200 francs pour chaque retraité

AVSLancée par les syndicats et la gauche, l’initiative AVSplus veut revaloriser les rentes. Au risque de creuser les déficits qui se profilent? La droite et l’économie crient casse-cou.


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Un bonus de 10% sur les rentes vieillesse de l’AVS. C’est la proposition soumise le 25 septembre au vote avec l’initiative «AVSplus: pour une AVS forte». Munie de 111 683 signatures, cette dernière a été déposée par l’Union syndicale suisse (USS), avec le soutien du Parti socialiste et des Verts, ainsi que de nombreuses associations de travailleurs et partis de gauche. A l’opposé, ce texte est combattu par les autres partis gouvernementaux – PLR, UDC et PDC –, le reste de la droite et les organisations patronales.

Le Conseil fédéral et le parlement s’opposent aussi à ce cadeau aux rentiers et n’ont pas élaboré de contre-projet direct. Ils préfèrent s’en tenir à la stratégie Prévoyance 2020 du Conseil fédéral, dont l’examen a débuté en commission.

Ce projet prévoit une réforme globale de l’ensemble du système des retraites afin de garantir aux rentiers leur niveau de vie antérieur, comme le prescrit la Constitution fédérale.

Une institution populaire

Créée en 1948, l’AVS est une institution extrêmement populaire en Suisse, dont l’existence n’a jamais été sérieusement remise en question. Plusieurs tentatives de réforme aboutissant, dans l’esprit des citoyens, à une péjoration des retraites ont échoué en votation.

L’idée d’un relèvement des rentes pourrait a contrario l’emporter dans les urnes, comme l’a encore montré le dernier sondage Tamedia qui a enregistré à fin août 54% de voix en faveur du texte («24 heures» du 26 août) . Avec les mesures annoncées par de nombreuses caisses de pension conduisant à une érosion des retraites, ce contexte incertain apparaît favorable à l’initiative.

La crise que traverse le deuxième pilier, en raison des rendements très faibles des marchés financiers et de l’allongement de la durée de vie des retraités, est d’ailleurs l’argument principal des partisans de l’initiative.

La diminution des retraites du 2e pilier doit être compensée par une hausse des rentes du 1er.

Pour les opposants, au contraire, les difficultés des caisses de pension ne doivent pas faire oublier que l’AVS est, elle aussi, confrontée à des problèmes de financement – les dépenses ont été supérieures aux cotisations ces deux dernières années – et que la situation ne va pas s’arranger à l’avenir.

Des rentes sûres

Pourquoi donc privilégier l’AVS? Selon les initiants, l’AVS est la forme de retraite la plus sûre car le niveau des rentes est inscrit dans la loi. Actuellement, la rente vieillesse est de 1175 francs au minimum et de 2350 francs au maximum. Contrairement à ce que l’on observe actuellement dans le 2e pilier, ces montants ne peuvent pas être réduits en cas de conjoncture défavorable.

Autre argument, l’AVS est plus favorable aux faibles revenus: les riches paient plus que les pauvres alors que les rentes sont plafonnées. En résumé, ils paient plus qu’ils ne recevront et le surplus est redistribué entre tous. «Nous avons calculé que la constitution d’une rente de même montant est deux fois moins chère dans l’AVS que dans le 2e pilier», explique Doris Bianchi, adjointe du premier secrétaire de l’USS.

Pour Vincent Simon, responsable de campagne à EconomieSuisse, rien ne justifie, dans un système reposant à la fois sur la répartition et la capitalisation, de privilégier un des deux piliers. «AVSplus arrive à un moment catastrophique, alors que les comptes du 1er pilier sont dans le rouge et que les perspectives de financement sont mauvaises.

Si ce texte est accepté, l’AVS enregistrera des pertes de l’ordre de 12 à 13 milliards de francs par an à l’horizon 2030 (en cumulant le déficit ordinaire et celui dû à l’initiative, ndlr).» A ce rythme, avertit le suppléant romand, les réserves seront épuisées rapidement.

Et le financement?

Le financement est le joker opposé à l’initiative. Sans nouvelles recettes, le bonus de 10% sur les rentes entraînera des dépenses supplémentaires de 4,1 milliards de francs dès 2018, dont 800 millions à la charge de la Confédération. Depuis 1999 en effet, cette dernière couvre plus de 25% des coûts de l’AVS grâce à l’impôt fédéral direct, à la TVA, aux taxes sur l’alcool et le tabac, ainsi qu’aux gains des maisons de jeu.

L’USS prévoit d’augmenter de 0,4 point les cotisations paritaires des salariés et des employeurs qui, ensemble, passeraient de 8,4 à 9,2% du salaire. «La hausse des cotisations et l’augmentation de la masse salariale suffiront à financer AVSplus», souligne Doris Bianchi.

En outre, les initiants préconisent de prélever un point supplémentaire de TVA pour couvrir les charges dues au départ à la retraite des générations de forte natalité (baby-boomers). Après tout, soulignent-ils, les cotisations n’ont pas été augmentées depuis 1975 et l’AVS verse aujour­d’hui deux fois plus de rentes, ce qui dément les scénarios prédisant régulièrement la banqueroute de l’institution.

Pour les opposants, l’argument témoigne d’une singulière myopie car c’est l’arrivée sur le marché du travail des baby-boomers et leurs cotisations, la croissance économique et l’affectation d’un point de TVA dès 1999 qui expliquent cette belle santé. Aujourd’hui, les fondamentaux se sont inversés, avec le ralentissement économique et la retraite des baby-boomers.

Une bonne affaire?

Concrètement, le bonus accordé par l’initiative équivaut à 200 francs de plus par mois pour la plupart des rentiers – ou 350 francs pour les couples. L’USS y voit une bonne affaire, y compris pour les actifs: sur un salaire annuel brut de 54 000 francs, le prélèvement supplémentaire dû au relèvement des cotisations s’élèvera à 220 francs. A la retraite, la rente annuelle s’en trouvera revalorisée de 2400 francs.

Les opposants, en revanche, insistent sur la charge supplémentaire pesant sur les entreprises. Ils estiment aussi que l’initiative rate son objectif. Parmi les 186 000 retraités à revenu modeste touchant les prestations complémentaires (PC), deux tiers d’entre eux ne verront pas leur situation s’améliorer car ces PC seront réduites ou supprimées.

Un argument balayé par Doris Bianchi: «A l’heure où nombre de cantons revoient les PC à la baisse, mieux vaut compter sur une rente revalorisée et garantie par la loi que sur une prestation aussi précaire.» (24 heures)

Créé: 06.09.2016, 14h05

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