«Constituons un front commun et international»

BanquesPour défendre la place financière, le président des banquiers suisses veut se doter de nouvelles armes.

Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers, élabore de «nouvelles stratégies» pour défendre «une place financière suisse sous pression».

Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers, élabore de «nouvelles stratégies» pour défendre «une place financière suisse sous pression». Image: Magali Girardin

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Le président de l’Association suisse des banquiers, Patrick Odier, estime que la place financière helvétique est «sous pression». Pour la défendre, il ne suffit toutefois plus de dénoncer les inégalités de traitement dont profiteraient certaines de ses concurrentes en Europe et dans le monde. Le Genevois défend donc l’élaboration «de nouvelles stratégies pour le futur».

L’associé gérant senior de Lombard Odier rappelle en outre l’urgence de précautions politiques et d’économies d’entreprises. La profitabilité de la gestion de fortune privée diminue et le grand centre européen du négoce de matières premières, l’arc lémanique, semble perdre de son attrait. Entretien.

Depuis cinq ans, la place financière suisse est la cible d’avanies. Et elle reste le leader mondial de la gestion de fortune transfrontalière (26% du marché mondial). Le passage à l’échange automatique d’informations, en 2018, suffira-t-il comme protection pour l’avenir?

Seules des places financières de haute qualité, assurant de larges panoplies de prestations, ont survécu à la crise internationale. A l’instar de la Suisse, Londres, Singapour, Hongkong et Luxembourg. Il serait donc pertinent que ces dernières constituent un front commun et participent en amont à la pensée politique en matière de régulation financière et de standards internationaux. Ces centres financiers partagent en effet assez de soucis similaires pour que le champ de leur coopération se développe, en dépit de rapports de concurrence de plus en plus forts. Lors d’une Conférence du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SFI), il y a quelques mois, Hong­kong et le Luxembourg avaient d’ailleurs exprimé leur intérêt au sujet d’un tel projet. Celui de Londres et de Singapour paraît aussi probable.

Les autorités suisses ont-elles prêté attention à votre objectif?

Le Département fédéral des finances et le SFI ont entrepris des sondages. Malheureusement on n’est pas encore passé à l’action. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. En fait, toute la Suisse y gagnerait à promouvoir ce type de rapprochements. L’intérêt de la Suisse est en effet de disposer d’une place financière forte. Cette dernière est aujourd’hui sous pression certes, mais toujours capable de contribuer activement à sa propre mutation et de définir des perspectives d’avenir concrètes qui protègent ses emplois à long terme.

Y aurait-il aussi un intérêt à ce que la Suisse fasse preuve d’anticipation?

Bien sûr. Des intérêts économiques, politiques et de réputation sont en jeu. La Suisse pourrait donc prendre des initiatives dans l’organisation d’une première conférence internationale sur des problématiques actuelles et à venir. Quelques exemples: la restitution d’actifs confisqués, les personnes exposées politiquement, la finance durable. Ce troisième élément constitue en plus une voie hautement souhaitable.

L’échange automatique d’informations entrera en force en Suisse en 2018. La profitabilité de la gestion de fortune diminue. Et maintenant, en plus, le tout grand centre européen de négoce de matières premières, l’arc lémanique, perd de son attrait. N’y a-t-il pas des raisons de s’inquiéter?

La gestion de fortune privée voit une diminution de sa rentabilité. C’est vrai. Ce n’est toutefois pas seulement dû à l’érosion du secret bancaire en matière fiscale. Des coûts augmentent en plus, du fait de facteurs concomitants, comme l’inflation des charges liées à la compliance (contrôles de conformité légale) et le franc fort. Beaucoup de banques suisses ont cependant anticipé ces réalités et se sont positionnées dans de nouveaux domaines de croissance.

Autrement dit, des pertes de rendement dans la gestion de fortune doivent être compensées par le financement du négoce de matières premières?

La place financière doit développer de nouveaux moteurs de croissance pour préserver ses emplois et contribuer au développement économique du pays. Aujourd’hui, plus que jamais, la diversification s’impose. Le négoce de matières premières en est un élément, parmi d’autres. Il constitue en plus 3,5% du PIB (produit intérieur brut) helvétique et génère jusqu’à 10 000 emplois directs. Sans oublier les 22,5% des recettes fiscales provenant de personnes morales à Genève. Le négoce requiert certes de la transparence dans la régulation, la protection de l’environnement et le respect des droits humains. La Suisse doit être leader par l’exemple, en contribuant à la mise en place de standards internationaux en la matière. Dans ce contexte l’ASB prônera le principe de règles identiques, applicables dans le monde entier, pour les activités de négoce.

Quelle est l’innovation que vous attendez le plus dans le cadre légal helvétique en 2015?

Je souhaiterais d’abord que toutes les décisions politiques, touchant la place financière, soient associées à la volonté de renforcer sa compétitivité. J’attends en outre une vision cohérente sur l’évolution de la fiscalité dans le pays, plutôt qu’une approche morcelée «en tranches de salami». Au-delà de la Suisse, il serait en outre pertinent de tenir compte des spécificités nationales dans le traitement des instituts de dimension systémique. Et l’accès aux marchés, surtout de nos pays voisins, est en fin de compte capital pour la place financière suisse. De cette façon, elle pourra rester compétitive et les postes de travail des employés des banques suisses resteront en Suisse.

La nuit de Noël commence demain. Quel cadeau vous réjouissez-vous tout particulièrement d’offrir?

Je me réjouis notamment d’offrir du temps et de l’écoute à mon épouse, mes enfants et mes petits-enfants.

Créé: 23.12.2014, 07h45

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