La dette américaine vraiment épargnée?

L'après shutdownLa fin du psychodrame américain, à quelques heures de l'échéance sur le relèvement du plafond de la dette, ne signifie pas pour autant que les États-Unis sortent indemnes de l'épreuve. La dette est notamment attaquée.

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Les deux chambres du Congrès ont voté un accord. Le texte a été promulgué par Barack Obama. Les fonctionnaires ont repris du service dès le lendemain dans des administrations fédérales rouvertes au public. Et les Etats-Unis n'ont pas été mis en défaut de paiement. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes alors?

Pas si sûr. Il se pourrait bien que les quinze jours de shutdown, les difficultés politiques à trouver un accord jusqu'à quelques heures de l'échéance du relèvement du plafond de la dette et le jusqu'au-boutisme des deux camps, faisant fi des conséquences économiques mondiales de leur entêtement, aient des impacts.

Les agences de notation en première ligne

Et le premier retour de manivelle est venu de Chine: L’agence de notation chinoise Dagong a annoncé jeudi matin 17 octobre avoir dégradé la note de la dette américaine de «A» à «A-». Certes, Dagong n'a de loin pas encore le poids de Standard & Poor's, Fitch et Moody's. Mais l'importance de la Chine comme créancière de Washington donne du poids à cette dégradation. D'ailleurs, suite à cette annonce, le dollar a chuté sur le forex (marché des devises).

Du côté des agences de notation américaines, Fitch avait menacé de dégrader la note de la dette US. Avec l'accord intervenu, la menace ne devrait pas être mise à exécution. Mais le crédit américain a quand même été renchéri.

Le roll-over renchérit les taux dès octobre

En effet, chaque jeudi, l'administration américaine procède au roll-over: les emprunts sont renégociés sur les marchés, avec des taux nouveaux. Or, les échéances prévues pour la deuxième quinzaine d'octobre ont vu leurs taux tripler en raison de l'incertitude liée au blocage parlementaire. D'où un surcoût déjà acté.

Et il ne sera pas facile dans les semaines à venir de faire sensiblement baisser ces taux. En effet, les marchés ont certes été soulagés par l'accord intervenu de justesse. Mais les investisseurs sont conscients que les parlementaires n'ont accordé qu'un sursis.

Un sursis, pas un règlement des problèmes

L'accord intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi relève le plafond de la dette, mais jusqu'au 7 février seulement, et finance le gouvernement jusqu'au 15 janvier. D'ici cette date, une commission réunissant des élus des deux chambres du Congrès devra élaborer pour le 13 décembre au plus tard les grandes lignes d'un budget pour le reste de l'année 2014. Actuellement, les élus du Tea Party semblent déjà partis pour rejouer la carte du blocage.

Intimement liée à la croissance du PIB, la dette souffrira donc indirectement du shutdown. La richesse produite aux États-Unis au 4e trimestre aura été amputée de 24 milliards de dollars, précise l'agence de notation Standard & Poor's, soit 0,6 point de taux de croissance en moins. Pour Moody's, la croissance US au dernier trimestre sera réduite de 0,5 point.

Le FMI, le G20 et les partenaires asiatiques critiquent

Car nombre d'entreprises ont souffert de la paralysie des services fédéraux. Et pas seulement des sociétés américaines. Ainsi, le français Dassault Aviation a trouvé porte close auprès de la FAA, l'agence américaine de l'aviation: «Le shutdown a retardé la livraison d'un certain nombre d'avions. Nous ferons le point en fin d'année». Et il en est de même de la plupart des entreprises liées contractuellement à l’État fédéral.

Au delà des frontières, la crise politique laissera un doute sur la capacité des Etats-Unis à assumer un leadership économique mondial de façon responsable. Selon Christine Lagarde, la directrice générale du FMI (Fonds monétaire international), il est essentiel de réduire l'incertitude sur la conduite de la politique budgétaire américaine.

D'autres appels sont venus d'instances internationales («Les États-Unis doivent agir d'urgence pour régler leurs incertitudes budgétaires à court terme», indiquait le communiqué final de la réunion du G20 voici une semaine), mais aussi de puissances économiques asiatiques.

Le secrétaire au Trésor, Jacob Lew, n'a d'ailleurs pas nié les conséquences de cette crise: selon lui, les États-Unis ne peuvent «plus tenir leur leadership économique mondial pour acquis». De là à entrer dans une nouvelle ère où les USA seraient progressivement soumis à des règles proches de nombreux autres États à travers la planète, ne pouvant plus se contenter de surveiller la dette mais obligés de la réduire...

Créé: 17.10.2013, 16h24

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