Genève va juger le milliardaire Beny Steinmetz pour corruption

JusticeLe magnat des mines franco-israélien est renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour avoir fait verser des pots-de-vin en Guinée. Il risque jusqu’à 10 ans de prison.

Beny Steinmetz avait été arrêté en Israël en 2017: on le voit ici lors d'une de ses apparitions au tribunal.

Beny Steinmetz avait été arrêté en Israël en 2017: on le voit ici lors d'une de ses apparitions au tribunal. Image: Jack Guez/AFP

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Un procès retentissant s’annonce à Genève, dans l’une des affaires de corruption les plus emblématiques de la décennie. Le magnat des mines Beny Steinmetz, sa femme de confiance vivant en France voisine et l’un de ses anciens associés sont renvoyés devant le Tribunal correctionnel. Ils auraient soudoyé une épouse de l’ancien président guinéen Lansana Conté en lui versant quelque 10 millions de dollars. Les trois accusés risquent entre 2 et 10 ans de prison pour «corruption d’agents publics étrangers» et «faux dans les titres».


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Le procès de Beny Steinmetz et de ses acolytes conclut une enquête longue de six ans et riche en rebondissements. Le milliardaire franco-israélien est accusé d’avoir orchestré depuis Genève, à partir de 2006, le versement de millions de dollars de pots-de-vin en Guinée pour évincer un groupe rival, le géant anglais Rio Tinto, de la mine de fer de Simandou. «Une partie importante de l’activité du groupe BSGR [de Beny Steinmetz] était conduite à l’époque depuis Genève, où Beny Steinmetz était par ailleurs domicilié, indique un communiqué du Ministère public genevois. Les sommes versées à titre de pots-de-vin selon l’acte d’accusation s'élèvent à environ dix millions de dollars, dont une partie a transité par des comptes en Suisse.»

Deux millions versés en cash

L’opération aurait été structurée à coup de montages de sociétés, de fausses factures et de contrats fictifs, de manière à camoufler l’implication de Beny Steinmetz et de son groupe. Le procureur Claudio Mascotto, qui a conduit l’enquête, estime avoir pu documenter le circuit de quelque 8 millions de dollars, selon nos informations. Les deux millions restant auraient été, d'après l'accusation, versés en liquide à la quatrième femme du président Conté, décédé en 2008.

Grâce à l’intervention de l'épouse, Beny Steinmetz et son groupe BSGR auraient pu s’emparer des droits miniers sur le gisement de Simandou, empochant plus tard un profit colossal : 500 millions de dollars, issus de la revente des droits au géant minier brésilien Vale. Mais ce triomphe s'est bientôt mué en désastre. En 2013, les nouvelles autorités guinéennes, aidées notamment par le milliardaire américain George Soros, ont accusé Beny Steinmetz d’avoir obtenu illégalement les droits sur Simandou. Des enregistrements accablants ont montré qu’un de ses associés, celui qui est aujourd'hui renvoyé en jugement à Genève, avait approché la veuve du président, réfugiée aux Etats-Unis, pour la pousser à détruire des preuves.

Coriace

L’affaire est devenue un emblème de la lutte contre la corruption dans le secteur minier en Afrique. Des enquêtes ont été ouvertes aux Etats-Unis, en Israël et en Suisse, tandis que Rio Tinto et Vale se retournaient contre Beny Steinmetz. Le groupe brésilien lui réclame aujourd’hui plus de deux milliards de dollars pour «fraude».

Coriace, le Franco-israélien est pourtant parvenu à remonter la pente. Au début de l’année, il a conclu un arrangement avec la Guinée qui a annulé les poursuites lancées contre lui par ce pays. L’accord lui permet de reprendre ses activités à Simandou.

Rencontre pittoresque

A Genève, Beny Steinmetz espérait aussi un abandon des poursuites contre lui. Son argument : il n’est que «l’ambassadeur» ou le «conseiller» de BSGR, mais ne dirigeait pas le groupe. Il n’a jamais eu connaissance de versements corruptifs et la femme de feu le président guinéen ment lorsqu’elle affirme l’avoir rencontré. En outre, son influence politique sur son époux aurait été nulle: «Il y a deux ou trois citations savoureuses au dossier qui montrent que Conté n'était pas sous l'influence de son ancienne épouse, indiquait il y a quelques mois Marc Bonnant. Lorsqu’elle se mêlait de ses affaires, le président lui disait «tais-toi femme, retourne à la cuisine.»

Beny Steinmetz admet en revanche avoir rencontré l’ancien chef d'Etat guinéen en 2008, dans des circonstances pour le moins pittoresques. Son palais ayant été détruit lors d’une tentative de putsch, Lansana Conté l’avait reçu sous un arbre, fumant comme un pompier malgré ses jambes enflées dues à son diabète. C’est lors de cette réunion sous les ruines du palais présidentiel que Beny Steinmetz et son groupe auraient obtenu leur ticket d’entrée dans les mines guinéennes – sans corruption, assurent-ils.

Plusieurs inconnues pèsent désormais sur le procès de l'homme d'affaires et de ses associés à Genève. La plus importante: le magnat minier, autrefois bénéficiaire d'un forfait fiscal au bout du lac mais qui vit désormais en Israël, sera-t-il présent? Et la veuve du président Conté, devenue témoin clé de l'accusation, fera-t-elle le déplacement, alors qu’elle coopère en parallèle avec la justice américaine? On ne devrait pas être fixé avant plusieurs mois, le temps nécessaire à l’organisation du procès.

Créé: 12.08.2019, 16h23

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