Les grandes puissances tentent de contrer une nouvelle folie boursière

MarchésLes places financières vont-elles sombrer ou amortir le choc de la dégradation de la dette américaine?

Standard?&?Poor’s a retiré à la première puissance économique mondiale son «triple A».

Standard?&?Poor’s a retiré à la première puissance économique mondiale son «triple A». Image: EPA

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Aujourd’hui, les marchés boursiers se réveillent avec une solide gueule de bois, après les sévères corrections de la semaine dernière. De Tokyo à New York, en passant par les places financières européennes, cette journée boursière va servir à tester dans quelle mesure les Bourses vont accuser le coup de la dégradation de la dette américaine, intervenue vendredi. Alors que sa concurrente Moody’s avait confirmé le 2 août le «triple A» des Etats-Unis, Standard?&?Poor’s (S?&?P) a retiré à la première puissance économique mondiale cette note suprême, rendant plus onéreuse pour Washington la quête d’argent frais.

Durant la journée de dimanche, dirigeants politiques et banquiers centraux des principales économies de la planète se sont activés dans le plus grand secret pour se concerter afin d’essayer tant bien que mal d’empêcher une nouvelle débâcle boursière.

Responsables du G20, du G7 (Etats-Unis, Allemagne, Japon, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) et de la Banque centrale européenne ont multiplié les contacts et conférences téléphoniques d’urgence sur la crise de la dette en zone euro et le coup de tonnerre de la dégradation de la note des Etats-Unis. Ce qui n’a pas empêché les Bourses du Moyen-Orient d’accuser le coup: la Bourse saoudienne a terminé à l’équilibre dimanche après un plongeon de plus de 5% samedi. Tel-Aviv a dégringolé de près de 7% dimanche.

Avant S?&?P, c’est l’agence de notation chinoise Dagong qui a tiré la première, le 3 août, en abaissant la note des Etats-Unis de A?+?à A. Créée en 1994 pour contrer l’hégémonie dont disposent les trois grandes sociétés de notation anglo-saxonne (S?&?P, Moody’s et Fitch Ratings), Dagong reste – pour l’heure – une agence de niveau B. Mais elle peut s’appuyer sur une Chine en plein essor dont les dirigeants n’hésitent plus à critiquer ouvertement des Etats occidentaux trop dispendieux à leur goût.

En tout cas, la décision de S?&?P n’a pas été du goût de Washington: la dégradation a été contestée vivement par le Trésor américain, qui a remis samedi en cause «l’intégrité» de l’agence. Selon lui, elle a commis une «erreur de 2000 milliards de dollars» dans les projections de déficit budgétaire jusqu’en 2021.

La sanction infligée à la première économie mondiale rend d’autant plus urgente une action concertée des dirigeants européens et américains, incapables jusqu’à présent d’enrayer la spirale baissière des Bourses mondiales. Rien de significatif n’a filtré des réunions et échanges téléphoniques du week-end. Une ultime initiative se serait déroulée hier soir, entre ministres des Finances et banquiers centraux du G7, juste avant la réouverture des marchés ce matin en Asie, selon des médias japonais, qui évoquent la possibilité d’une déclaration commune destinée à calmer les places financières.

A l’agenda d’une autre réunion, entre gouverneurs de la BCE, aurait figuré une éventuelle intervention pour venir en aide à l’Italie, troisième économie de la zone euro, dans le collimateur des marchés tout comme l’Espagne. Rome a affirmé vendredi que la BCE pourrait acheter dès lundi des obligations d’Etat du pays. Mais ce projet, susceptible de se heurter à des réticences de la part de l’Allemagne, n’a pas été confirmé jusqu’ici à Francfort.

Une telle intervention avait été réclamée avec force par les marchés. Jeudi dernier, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a promis de nouveaux achats sur le marché de la dette, mais cette annonce n’a pas eu l’effet apaisant escompté auprès des investisseurs.

Dans la foulée, les primes de risque payées par l’Italie et l’Espagne sur le marché de la dette par rapport à l’Allemagne, pays de référence de la zone euro, ont atteint de nouveaux records.

La dégradation de la note des Etats-Unis «va provoquer des effets de ricochet sur l’Espagne et l’Italie et mettre la France sous pression», a estimé de son côté Charles Wyplosz, professeur d’économie aux Hautes Etudes internationales de Genève. «La zone euro descend dans les abysses», a-t-il prévenu.

La France, qui préside le G7, ne court pas de risque immédiat de perdre le label suprême «AAA», a laissé entendre dimanche Jean-Michel Six, qui a réaffirmé que la note du pays est assortie «d’une perspective stable» pour Standard?&?Poor’s.

La situation est bien plus délicate pour l’Italie, déjà privée depuis longtemps du triple A. Le premier ministre Silvio Berlusconi a promis d’accélérer son plan d’austérité «dans le but d’arriver à l’équilibre budgétaire» dès 2013, et non plus 2014. Silvio Berlusconi avait avancé vendredi qu’une réunion du G7 Finances serait anticipée «dans les prochains jours», mais la présidence française du G7 observait dimanche un mutisme total sur la question.

A Madrid, la ministre de l’Economie Elena Salgado a appelé la BCE à «faire son travail et soutenir la stabilité sur les marchés de la dette», un appel du pied pour pousser la BCE à acheter des obligations espagnoles.

Si la journée boursière d’aujourd’hui va donner le ton sur le front des marchés, celle de demain sera tout aussi importante. La Réserve fédérale américaine va se réunir pour décider, éventuellement, de poursuivre son programme d’injection massive de liquidités au sein de l’économie américaine, dans l’espoir de bien l’irriguer afin de contrer les risques de rechute. Une opération qui met cependant sous pression le dollar, au grand dam des pays prêteurs des Etats-Unis, dont la Chine et le Japon.

Créé: 07.12.2011, 16h59

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