L’OCDE ne croit plus à la stratégie de Mario Draghi

Politique monétaireL’Organisation de coopération et de développement économiques désapprouve la politique de création de monnaie en masse de la BCE.

Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), en commençant cette semaine à acheter des obligations d’entreprises, démontre qu'il n'a pas l'intention de changer de politique monétaire.

Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), en commençant cette semaine à acheter des obligations d’entreprises, démontre qu'il n'a pas l'intention de changer de politique monétaire. Image: REUTERS/Ralph Orlowski

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«Nous assistons aux politiques monétaires les plus relâchées de tous les temps, abstraction faite des périodes d’hyperinflation. Mais la productivité ne s’améliore pas. Les économies ne croissent guère. Ces réalités se confirment tout particulièrement en Europe et en Chine. Nous ne constatons en outre aucun indice d’un retour d’inflation», déplore le directeur de la division des affaires financières des entreprises à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), Adrian Blundell-Wignall.

Les spécialistes de l’institution domiciliée au Château de la Muette, à Paris, viennent il est vrai de publier un rapport accablant sur les défauts de la politique monétaire conduite par le gouverneur de la Banque centrale euopéenne (BCE), Mario Draghi. Ils désapprouvent en plus deux piliers de cette politique: des taux directeurs très bas et le fameux processus de quantative easing (assouplissement quantitatif), annoncé le 22 janvier 2015 et en fonction depuis un peu plus d’un an.

Petit rappel. Le processus de l'assouplissement quantitatif, orchestré par la BCE, consiste à acheter des titres de dette publique et privée à raison de 80 milliards d’euros par mois. Les deux plus grandes économies de la zone euro, la France et l’Allemagne, étant les principaux contributeurs dans cette opération. Couplé à des taux directeurs très bas, ce dispositif vise à stimuler une inflation trop basse, la demande de crédits, le goût d’investir et d’entreprendre. A priori du pain bénit pour l’économie de la zone euro!

Malheureusement ça ne marche pas. Tout au moins aux yeux des experts de l’OCDE: «Avec des taux d’intérêt quasiment nuls des entreprises supportent sans peine un énorme endettement. Elles empruntent de l’argent pour racheter leurs propres actions ou procéder à des investissements non productifs. Tout cela car l’accès au capital s’avère extrêmement bon marché. Dans ce contexte, l’argent à bas prix permet à une foule d’entreprises de subsister, alors qu’elles se révèlent à peine compétitives et qu’en des temps de politique monétaire ordinaire elles ne survivraient pas.»

«Destruction créative»

Autre conséquence fâcheuse. Les investisseurs négligent les branches porteuses de croissance et les projets d’entrepreneurs innovants. La politique monétaire relâchée de la BCE favoriserait davantage le placement de capitaux dans l’immobilier et sur les marchés actions du fait de perspectives de rendements élevés, avec des risques limités. Les mutations structurelles nécessaires dans l’économie réelle s’en trouvent dès lors retardées.

Afin de mettre un terme à cette tendance, les spécialistes de l’OCDE recommandent de développer «d’urgence un processus de destruction créative», dévoilé en primeur ce vendredi par le quotidien allemand Die Welt.

Un tel plan pousserait les entreprises non compétitives à cesser leurs activités. Une telle évolution se révèlerait en revanche impossible, tant que les coûts du crédit restent aussi bas. Les experts de l’OCDE préconisent en plus, comme préliminaire, un retour à une politique monétaire plus conventionnelle. D’autant plus qu’à leurs yeux une croissance plus robuste, l’augmentation de la productivité et des investissements en hausse ne sont absolument pas favorisés par des capitaux ne produisant aucun intérêt.

La BCE persévére

Les doutes et les critiques de l’OCDE n’ébranlent cependant guère la BCE et son gouverneur, Mario Draghi. L’institution, domiciliée à Francfort, vient en effet de prouver qu’elle comptait persévérer dans sa politique monétaire initiée au printemps 2015. Mercredi dernier la BCE a ainsi commencé à acheter des obligations d’entreprises. Elle consacre donc désormais une partie de son programme d’assouplissement quantitatif au marché de la dette de sociétés. Dans la pratique il s’agit de titres dont la maturité s’étend sur deux à trente ans et les entreprises concernées doivent disposer d’une cote potable auprès des agences de notation: au moins BBB chez Standard & Poor’s. Le programme de la BCE se limitait auparavant aux dettes souveraines et à des titres relevant du marché immobilier.

Cette nouvelle orientation de l’assouplissement quantitatif pourrait porter sur 3 à 10 milliards d’euros par mois, le marché des obligations d’entreprises roulant sur 500 à 1000 milliards d’euros.

Créé: 10.06.2016, 15h03

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