«Nous pouvons toujours attirer les clients en Suisse»

BanquesDébut d’année 2018 «positif» pour Lombard Odier. La direction explique ce qui sera fait des 300 millions tirés de ses immeubles.

Patrick Odier confirme la volonté de la banque Lombard Odier de rester présente en Suisse… et à Genève.

Patrick Odier confirme la volonté de la banque Lombard Odier de rester présente en Suisse… et à Genève. Image: GEORGES CABRERA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En cette fin d’août, les principales banques lémaniques font le point sur leur activité à mi-parcours de l’année. Dans une étrange atmosphère de commémoration. Bientôt dix ans que la finance a implosé à New York et que les assauts répétés à l’encontre du secret bancaire helvétique devaient provoquer un séisme dans le secteur.

Une décennie plus tard pourtant, le client ne fuit pas. Bien au contraire. Mardi, la banque Mirabaud a indiqué que la valeur des fonds confiés par ses clients était de 33 milliards, soit 7% de plus qu’il y a un an. Et qu’une trentaine de millions de bénéfices avaient été engrangés sur six mois, soit un tiers de plus que l’an dernier.

En juillet, la banque UBP avait elle aussi fait état d’un très bon début d’année. Avec des afflux nets atteignant 2,7 milliards de francs, ce qui place entre les mains de ses équipes l’équivalent de 128,4 milliards. Mais également avec 115 millions de profits accumulés sur six mois, soit 5% de plus qu’au cours du début 2017.

Ce jeudi, Lombard Odier, deuxième banque du bout du lac, a indiqué de son côté que la valeur des patrimoines confiés par l’ensemble de sa clientèle n’avait certes pas bougé depuis janvier à 274 milliards de francs. Mais qu’elle demeure supérieure de 13% à celle affichée il y a un an. Les profits atteignent 80 millions – soit 16% de plus que l’an dernier à la même époque. Et ce, sans même tenir compte de la manne tirée de cinq immeubles genevois. Le point avec Patrick Odier, associé-gérant senior de la banque.

La valeur des patrimoines qui sont confiés à Lombard Odier n’a pas bougé. Satisfaisant?
Sur ce total, 167 milliards sont apportés par des clients privés et ces derniers nous ont confié 3 milliards supplémentaires en six mois. C’est donc un début d’année positif, qui correspond à l’objectif de 3 à 5% de croissance par an fixé pour la banque. Cela démontre surtout que nous pouvons toujours, à partir de la Suisse, attirer nos clients avec une stratégie de placement diversifiée proposant aussi bien de la finance durable que du «private equity» (ndlr: placement dans des parts de sociétés non cotées en Bourse).

Vous fermez vos services de gestion de fortune à Amsterdam. Pourquoi?
En dépit de notre longue présence aux Pays-Bas, le potentiel de croissance y était limité. La clientèle privée de cette équipe, qui avait la charge d’environ un milliard de francs, a été transférée à la banque KBL. Et nous continuerons à servir la clientèle institutionnelle locale.

La banque a tiré près de 300 millions de la vente de cinq de ses immeubles à Genève. À quoi servira cet argent?
Au financement de notre nouveau siège mondial à Bellevue, dont la construction est la meilleure preuve de notre engagement à rester présent en Suisse… et à Genève.

Échange d’informations avec les autorités fiscales européennes, accord judiciaire avec les États-Unis… Les périls sont derrière vous?
Non, de grands défis restent face à nous. Comme le recrutement de talents destinés à venir en Suisse. Ou notre capacité à offrir nos services hors de nos frontières. Un chiffre nous rend particulièrement fiers: 70% de nos 2450 employés sont basés en Suisse – les deux tiers à Genève – et nous avons augmenté nos effectifs de 50 personnes ces six derniers mois. Mais pour qu’il en reste ainsi, nous avons besoin d’un appui politique fort, ce que nous n’avons de cesse de répéter à Berne. Il est tout de même extraordinaire qu’un secteur d’activité qui rapporte près de 15% des recettes fiscales de ce pays ne fasse pas partie d’un quelconque accord avec l’Europe qui nous entoure…

Une enquête de KPMG vient d’alerter sur le fait qu’un quart des banques suisses pourrait encore disparaître. Auriez-vous pu imaginer, en 2008, un tel basculement?
Tout n’était pas prévisible, mais le développement de nos implantations dans toute l’Europe montre que, depuis vingt ans, nous préparions cette évolution vers la fiscalisation de tous les patrimoines. Nous avons également dû diversifier notre offre de placements, diffuser largement une plateforme technologique aujourd’hui utilisée par une dizaine d’autres sociétés financières. Tout cela n’aurait pas été possible sans une forte capacité d’investissement en période de crise, dont tous nos homologues ne disposaient pas forcément.

Identification des clients, gestion des portefeuilles en temps réel… La robotisation de services bouleverse la gestion d’actifs. Au-delà de l’opportunité de réduire vos coûts, n’est-ce pas un péril existentiel?
Bien sûr que nous bénéficions de l’automatisation, et elle n’est pas absente dans la progression de notre profitabilité ces six derniers mois encore. Un danger? Non. Lombard Odier offre aujourd’hui l’une des plateformes technologiques de référence accessible aux autres sociétés du secteur et nous continuons de créer un biotope favorable aux petites sociétés dites «fintech» (ndlr: élaborant de nouveaux services financiers).

Créé: 30.08.2018, 20h42

Articles en relation

Profits en hausse pour Lombard Odier

Place financière La banque genevoise fait le point sur un début d'année «positif». Elle arrête la gestion de fortune à Amsterdam et encaisse la vente de cinq immeubles à Genève. Les explications de Patrick Odier. Plus...

Les effectifs de Lombard Odier ont augmenté de 5% en un an

Banques L’établissement genevois a vu ses bénéfices croître de 17% en l’espace d’un an. Les fonds de ses clients augmentent de concert en 2017. Plus...

Patrick Odier, le banquier de terrain et philanthrope

Les hommes de pouvoir 4/10 L’homme qui était à la tête de l’Association suisse des banquiers poursuit ses engagements de la finance aux migrants en passant par la culture. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.