Un prof d’HEC balaie le spectre de l'inflation

CriseLes banques centrales arrosent les économies d’argent frais. Pour une inflation programmée? Dans le débat, ce n’est pas l’avis de Philippe Bacchetta, professeur à HEC Lausanne.

Les prix à la consommation ont augmenté de 2% dans la zone OCDE sur un an en août.

Les prix à la consommation ont augmenté de 2% dans la zone OCDE sur un an en août. Image: Keystone

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L’inflation est-elle inéluctable dans le fil des politiques très accommodantes menées par les banques centrales pour sortir de la crise ou garder la main sur leur monnaie?

La question est récurrente depuis plusieurs années et revient sur le devant de la scène ces derniers temps.

Une majorité des populations allemande et autrichienne craindraient selon la Handelszeitung un retour du spectre inflationniste de sinistre mémoire en ces contrées.

En Suisse, le groupe de réflexion Avenir Suisse évalue à 60% le risque d’une inflation à deux chiffres. Quant au prix de l’or, il poursuit sa flambée.

24 heures – L’inflation sera-t-elle bientôt à l’ordre du jour en Europe et en Suisse?

Philippe Bacchetta – Pas à mon avis, non.

Qu’est-ce qui plaide pour le retour d’une inflation forte ou, inversement, qu’est-ce qui plaide contre?

Les gens qui ont peur de l’inflation regardent l’expansion monétaire des banques centrales, qui ont augmenté leur bilan. Ils ont peur qu’au sortir de la crise, il y ait trop de liquidités dans l’économie. C’est le risque. La raison pour laquelle je ne suis pas préoccupé est que, pour l’instant, l’économie est encore en récession pour de nombreux mois. Les banques centrales auront le temps de résorber ces liquidités d’ici la reprise.

Le prix de l’or augmente et certaines populations craignent ce retour de l’inflation. Comment l’expliquez-vous?

En réalité, je ne pense pas que les gens craignent l’inflation. Pas les acteurs sur les marchés en tout cas, même si c’est peut-être le cas de certaines personnes. S’ils la craignaient vraiment, on le verrait sur les marchés. Surtout sur les obligations à long terme. Les taux d’intérêt à long terme augmenteraient. Ce n’est pas le cas.

Vous attendez-vous à ce que ce thème de l’inflation reste dans le débat ces prochains temps?

Tout à fait. Le débat existe entre les gens qui en ont peur et critiquent les banques centrales, et les autres. On le retrouve au niveau politique, par exemple dans la campagne présidentielle américaine. Les Républicains prétendent qu’il va y avoir une forte inflation, les Démocrates jugent que ce ne sera pas le cas. Le débat se retrouve au plus haut niveau politique.

Et chez les économistes, qu’en pense-t-on?

Il est difficile de voir des majorités. Mais j’observe plutôt une tendance à dire que l’inflation ne va pas revenir vite. Car ceux qui annoncent son retour le font depuis trois ans. Or, on n’a rien vu. Ces gens-là ont perdu du poids dans le débat. Les gens qui estiment que l’inflation ne va pas augmenter pour l’instant ont aujourd’hui plus de poids et de crédibilité.

En cas de forte inflation, qui y gagne et qui y perd?

En période d’inflation forte, les gens qui ont déposé des fonds à taux nominaux fixes sont perdants. Les gagnants seront ceux qui ont emprunté à ces taux. Avec un emprunt hypothécaire à 2%, puis de l’inflation, vous allez gagner beaucoup. Par contre, si vous avez des obligations ou des dépôts à 2% que vous ne pouvez pas modifier, vous allez perdre beaucoup.

Est-il justifié de dire que l’inflation peut servir à quelque chose?

L’inflation élevée n’est pas désirable. Mais l’inflation faible permet d’ajuster les prix relatifs. Elle donne un peu de flexibilité dans l’économie.

Créé: 03.10.2012, 08h04

La leçon du jour

Philippe Bacchetta. (Image: Unil)

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