Raiffeisen s’estime prête pour une prochaine crise

FinanceÉpinglé par la FINMA pour son plan d’urgence, le groupe bancaire assure que cela n’aura «aucune incidence sur sa sécurité et sa stabilité».

Heinz Huber, CEO de Raiffeisen, lors de la conférence de presse, jeudi, de présentation du bilan de la banque.

Heinz Huber, CEO de Raiffeisen, lors de la conférence de presse, jeudi, de présentation du bilan de la banque. Image: Walter Bieri/KEYSTONE

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En début de semaine, le troisième plus important groupe bancaire de Suisse était épinglé par la FINMA. Dans un rapport évaluant son plan d’urgence devant lui permettre de maintenir ses fonctions essentielles sans interruption en cas de crise, l’Autorité de surveillance des marchés financiers juge désormais que Raiffeisen ne répond plus aux exigences nécessaires.

Sur les cinq établissements suisses jugés «too big to fail» («trop grand pour faire faillite» en français), la fédération suisse de coopératives bancaires se retrouve dans le camp des mauvais élèves. Une première pour Raiffeisen, dont le plan de stabilisation avait été validé une première fois en 2016, ainsi que les années suivantes.

À en croire les banques présentant un risque systémique pour le reste de la place financière, l’un des principaux éléments à l’origine de cette réévaluation concerne les capitaux mis de côté. Dans un communiqué, la troisième plus grande banque de Suisse mentionnait effectivement cet élément, tout en précisant que c’est la nécessité d’un processus de clarification avec la FINMA qui aurait «entraîné des retards de remaniement de son plan d’urgence».

Interpellée jeudi lors de la présentation de ses résultats annuels, Raiffeisen répond qu’elle compte «soumettre un plan d’urgence révisé à la FINMA pour réexamen à la mi-2020». Le groupe bancaire assure surtout avoir tous les atouts en main pour répondre aux enjeux que pourrait poser une nouvelle crise similaire à celle survenue en 2009.

«Notre bonne capitalisation, notre modèle d’affaires limité à la Suisse et notre politique prudente de risques sont garants de notre sécurité et de notre stabilité. Les exigences envers les institutions d’importance systémique, qui vont bien au-delà de celles appliquées aux autres banques, renforcent encore notre résistance par rapport aux évolutions négatives», répond l’établissement. Quant au fait que le plan d’urgence de Raiffeisen soit encore en cours d’approbation par la FINMA, cela n’aurait «aucune incidence sur la sécurité et la stabilité de la banque».

Question de la confiance

En ce qui concerne ses résultats annuels, malgré un début d’année turbulent suite à une nouvelle vague de départs impliquant trois membres de sa direction (dont l’ancienne responsable pour la Suisse romande, Gabriele Burn), Raiffeisen a bouclé un exercice 2019 solide. Malgré un produit opérationnel en légère baisse de 0,9% à 3,051milliards de francs, le troisième groupe bancaire de Suisse a fortement amélioré ses bénéfices nets sur l’année (+33% à 929millions). L’activité clientèle est également demeurée solide avec 7,6% d’actifs sous gestion en plus, soit 15milliards pour un total de 211milliards.

En réussissant à attirer quelque 12'000 sociétaires supplémentaires l’année passée, soit presque le double en comparaison à 2018, la banque semble surtout avoir retrouvé la confiance ébranlée suite au scandale Pierin Vincenz. Pour mémoire, l’ancien CEO de Raiffeisen est l’objet depuis bientôt trois ans d’une enquête pénale pour «gestion déloyale». Et si cette affaire a profondément chamboulé la banque, puisqu’elle a impliqué un remaniement complet de sa direction et de son conseil d’administration, elle restera une source de préoccupation en 2020 étant donné que Raiffeisen fait partie des plaignants.

Sur le plan opérationnel, Gilles Cherbuin, responsable du siège pour la Suisse romande, saluait jeudi la nouvelle gouvernance du groupe et la stratégie de propriétaires mise en place et acceptée par les 229 banques du groupe en fin d’année 2019. Au mois de novembre, Guy Lachappelle assurait qu’à travers un tel processus, Raiffeisen est parvenue à «se débarrasser des fardeaux du passé» et que le groupe peut enfin «tourner son regard vers l’avenir».

Créé: 27.02.2020, 23h36

Trois mauvais élèves sur cinq banques

«La mise en œuvre du régime suisse «too big to fail» est d’une importance capitale pour la stabilité de la place financière», rappelait mardi dernier Mark Branson, directeur de la FINMA.

À ce jour, au vu des conclusions présentées dans le rapport de l’Autorité de surveillance des marchés financiers, il apparaît que sur les cinq établissements concernés en Suisse, tous n’ont pas un plan d’urgence suffisamment solide pour encaisser une crise similaire à celle survenue en 2009.

«Nous reconnaissons les efforts que l’ensemble des parties prenantes ont fournis jusqu’ici, mais nous constatons que nous n’avons pas encore totalement atteint l’objectif fixé», constate Mark Branson.

Contrairement aux deux plus grandes banques de Suisse (UBS et Credit Suisse), qui parviennent à satisfaire aux exigences de la FINMA, les trois autres font figure de mauvais élèves.

Aux côtés de Raiffeisen, on trouve PostFinance et la Banque Cantonale de Zurich. Et si le plan de la seconde est jugé plausible, ce n’est par contre clairement pas le cas de la banque postale. Cette dernière se défend en assurant qu’en termes de capitaux, elle répond aux normes imposées par l’ordonnance sur les fonds propres (OFR).

«Mais la FINMA nous impose des exigences plus élevées et estime pour cette raison que notre capitalisation en tant que banque d’importance systémique est trop faible», réagit une porte-parole.

Rappelant qu’elle ne peut toujours pas octroyer de crédits, PostFinance estime que sans changements sur son statut (une privatisation partielle est à l’étude à Berne), elle ne serait pas «en mesure d’engranger suffisamment de bénéfices au cours des prochaines années pour constituer par ses propres moyens le capital supplémentaire exigé». O.W.

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