Le salaire à 1$ revient à la mode chez les patrons américains

RémunérationsFace aux polémiques sur les rémunérations excessives des dirigeants, certains CEO américains déjà très fortunés renoncent volontairement à leur salaire. Une pratique déjà connue lors des deux Guerres mondiales du XXe siècle.

A l'image d'Elon Musk, CEO de Tesla Motors, une douzaine de CEO ont accepté de passer à un salaire d'1$. Image: Reuters

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Elon Musk ne devrait pas payer d'impôts sur les revenus pour 2014. Montage financier compliqué qui a permis au multimilliardaire de faire échapper ses salaires au fisc américain? Non, tout simplement le CEO de Tesla Motors a renoncé à tout salaire pour l'année écoulée . Selon la législation californienne, il aurait eu droit à un minimum de 35'360$, mais il a volontairement choisi de ne pas percevoir ce salaire plancher. Et selon certains, il n'a même jamais touché le moindre salaire de la part de Tesla Motors.

Difficile de plaindre celui qui avait touché 78 millions de dollars en 2012 et détiendrait 35,3 millions d'actions de Tesla, qui lui rapportent de juteux bénéfices chaque année. Mais ce choix est symptomatique d'une nouvelle mode chez les très riches CEO de sociétés américaines.

Autre milliardaire ayant totalement refusé la rémunération à laquelle il avait droit: Michael Bloomberg avait choisi d'être rémunéré à 1$ par an pour ses fonctions de maire de New York entre 2002 et 2013... et il n'avait jamais touché ce dollar symbolique. Ce faisant, l'ancien patron devenu dirigeant politique de NYC avait remis au goût du jour une vieille pratique américaine.

Une pratique courante en temps de guerre

C'est en effet au cours des deux guerres mondiales du XXe siècle que de nombreux CEO américains, dans le cadre de l'effort de guerre demandé à tous et dans un souci d'exemplarité, avaient fait naître le mouvement du «$1 salary». La loi américaine interdit en effet de longue date un contrat de travail gratuit et ne permettait donc pas de fixer à 0$ la rémunération, sauf en cas de situation d'urgence pour les bénévoles volontaires. Le dollar symbolique permettait alors de contourner cet écueil et de montrer son patriotisme et les efforts réalisés alors que Washington était en guerre.

Après 1945, la pratique a rapidement disparu et les salaires des dirigeants sont redevenus plus conformes aux traditions: plus élevés que ceux des autres employés des entreprises. Et depuis les années 1980, l'inflation de ces rémunérations a amené certains à se poser des questions sur la justification de ces salaires exorbitants, souvent associées à des primes et bonus, voire à des stock-options. Le krach boursier de 1987, la bulle internet de 2000 et la crise des subprimes en 2008 ont encore accentué la polémique. Certains dirigeants ont perçu des salaires faramineux alors même que leur politique ne portait pas de fruits.

Le cas de Robert Nardelli avait ainsi défrayé la chronique: le CEO de Home Depot avait touché 245 millions de dollars de salaire entre 2001 et 2005 alors même que le cours de l'action en bourse avait chuté sur la même période de 12% et que le principal concurrent, Lowe, avait enregistré des résultats bien plus florissants.

Salaires contre portefeuille en actions

Face à la polémique, certains CEO ont alors choisi de ressusciter le «$1 salary», dans la foulée du choix de Michael Bloomberg. Et c'est surtout sur la scène tech que ce mouvement a pris de l'ampleur: Larry Ellison (Oracle), Larry Page et Sergei Brin (Google), Mark Zuckerberg (Facebook) ont fait le choix du salaire minimal permis par la loi américaine. Dans d'autes domaines, James Truchard (National Instruments), Richard Kinder (Kinder Morgan), ou Kosta Kartsotis (Fossil) ont aussi un contrat prévoyant un seul billet vert comme salaire annuel. En tout, une douzaine de patrons de grandes entreprises américaines auraient accepté un salaire d'1$.

Cependant, ce choix fait au XXIe siècle relève également de calculs fiscaux: les très hauts salaires sont imposés à 39,3% aux États-Unis, tandis que les revenus des produits financiers ne sont pas taxés à plus de 20%. C'est ainsi que Warren Buffett a pu se féliciter récemment d'avoir bénéficié d'un taux d'imposition moins élevé que celui de son secrétaire.

Car la plupart des CEO ayant adopté ce salaire extrêmement réduit sont aussi actionnaires majoritaires dans leur entreprise, et peuvent ainsi influer largement sur le volume des dividendes reversés chaque année. Sans oublier qu'ils sont déjà multimillionnaires voire milliardaires.

Créé: 29.04.2015, 16h13

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