TCX, ce fonds d’investissement qui aide les pays les plus pauvres

ChangeUne firme couvre les placements dans les pays en développement contre les fluctuations des monnaies exotiques.

Les locaux de TCX se trouvent dans le bâtiment du Musée tropical d’Amsterdam. La firme y a célébré ses 10 ans d’existence l’année dernière.

Les locaux de TCX se trouvent dans le bâtiment du Musée tropical d’Amsterdam. La firme y a célébré ses 10 ans d’existence l’année dernière. Image: IJ-HOME PRESENTATION/REMKO SCHEEPENS

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Un drôle d’animal de la finance, dont les battements d’ailes font sentir leurs effets de la Sierra Leone à la Mongolie, en passant par le Guatemala, la Zambie et… Genève. Créé en 2007 à Amsterdam, le fonds d’investissement TCX propose de couvrir banques et investisseurs actifs dans le développement contre la chute des devises exotiques. Une entité financée par les États occidentaux dans un effort de développement durable qui s’est avérée déterminante, notamment pour les acteurs de la microfinance, très présents en Suisse. Pourquoi? L’extrême volatilité des monnaies en période de crise fait souffrir aussi bien les prêteurs occidentaux que les emprunteurs africains, américains ou asiatiques.

TCX a du travail plein les bras. Les motifs d’inquiétude n’ont pas manqué ces derniers mois: secousses boursières en Asie, renchérissement du loyer de l’argent aux États-Unis, guerre commerciale entre la Chine et Washington, poussée nationaliste en Italie. Autant d’éléments susceptibles de fragiliser les devises émergentes. Le kyat du Myanmar n’a-t-il pas perdu 15% depuis six mois? Et le colón costaricien près de 10%? «TCX fait office de pionnier en créant des marchés de devises là où les banques n’offrent pas de solutions satisfaisantes», explique Nils Schinasi, responsable du marché des changes chez Symbiotics à Genève. Lui utilise le fonds batave, comme la majorité des acteurs de la microfinance, tels Blue Orchard ou responsAbility. Une boutique basée à Washington, appelée MFX, sert souvent de facilitateur pour réaliser les transactions.

L’enjeu est de taille. Les prêts totaux des firmes occidentales de microfinance dépassent 13 milliards de dollars, dont près du tiers a été octroyé en devises locales. Ces derniers sont souvent couverts contre les pertes de change.

Réduire le risque

Avant la naissance de TCX, une grande majorité des prêts à destination des pays émergents étaient réalisés en dollars. Résultat, les emprunteurs locaux pouvaient se retrouver en difficulté pour rembourser les prêteurs occidentaux en raison de l’effritement chronique des devises émergentes contre le billet vert. Une monnaie locale qui chute ne signifie-t-elle pas une facture qui grimpe pour l’emprunteur sri lankais ou ghanéen? Un alourdissement du poids de la dette pouvant s’avérer mortel et impliquer d’importantes pertes pour les prêteurs suisses, allemands ou hollandais? Le lancement de TCX a été décidé afin de trouver une solution pour réduire ce risque, une initiative soutenue à l’époque par le Ministère des affaires étrangères des Pays-Bas et plusieurs agences para-étatiques de développement. «Cela a grandement contribué à faire émerger un marché de prêts octroyés en devises locales», souligne Nils Schinasi.

Nombreuses crises financières

TCX serait une structure viable. Les crises financières traversées depuis son émergence semblent le démontrer: explosion de la bulle immobilière américaine et faillite de Lehman Brothers en 2008, menaces de désagrégation de l’Union européenne, crise du rouble avec la chute des matières premières survenue en 2014. Rien ne paraît pouvoir l’arrêter. Pourtant, un grand nombre de devises émergentes ont plongé dans ce contexte troublé. Le kwacha zambien a par exemple perdu 50% de sa valeur en 2015 avec l’effondrement du prix du cuivre, dont la Zambie est un important exportateur.

TCX est-il un fonds spéculatif para-étatique? Pas vraiment. «À l’inverse des «hedge funds », nous ne sommes pas là pour maximiser le profit», répond Othman Boukrami, responsable du trading de TCX. Lui préfère le terme fonds d’investissement. «Notre mandat est de traiter toutes les devises dans lesquelles les banques ne proposent pas de couvertures.» Les besoins sont importants en la matière.

TCX n’a cessé d’évoluer depuis sa création. Elle s’est ouverte aux banques dont les clients veulent couvrir des projets de développement. Cela a été le cas pour des investissements dans la production d’énergie propre au Costa Rica. Tous les projets pour lesquels le fonds offre une protection de change doivent montrer patte verte. On est éthique ou on ne l’est pas.

À l’avenir, la firme veut grandir en attirant les investisseurs sur les monnaies peu traitées. «On veut enlever les blocages», souligne Othman Boukrami. La sophistication devient majeure. Des obligations en monnaie locale sont émises par FMO, le partenaire hollandais paragouvernemental de TCX, dotées d’une note de crédit de haute qualité. Ces papiers AAA offrent des rendements élevés, s’échelonnant de 7,5% en Arménie à 18% en Ukraine. «Les «family offices» (ndlr: entités privées détenant le patrimoine d’une ou de quelques riches familles) cherchant à prendre un risque de change, souvent basés en Suisse, sont très friands de ces obligations», note le financier. Le bilan de TCX se trouve allégé d’autant, ce qui lui permet de proposer de nouvelles couvertures de change à ses clients. Bref, TCX est un papillon pionnier qui met de l’huile dans les rouages du monde en développement.


La structure a résisté aux crises

La robustesse de TCX est étonnante. La firme de 16 employés a résisté aux crises alors que son bilan se nourrit de devises risquées. «Nous en avons plus de 55 en portefeuille; lari géorgien, franc CFA, somoni tadjik, som ouzbek ou encore shilling tanzanien», détaille Othman Boukrami, responsable du trading de TCX. En clair: de l’exotique.

Quelle est la martingale pour surfer avec succès? «La clé est la diversification extrême de notre portefeuille, la patience et une stratégie très… conservatrice. Notre exposition actuelle de 1,8 milliard pour un capital de 700 millions le démontre», relève l’intéressé.

Les spécialistes apprécieront. Depuis son lancement, TCX a couvert un total équivalent à 7 milliards de dollars de prêts de microfinance et de projets d’infrastructures. La route n’est pas un long fleuve tranquille. «Nous avons perdu des dizaines de millions de dollars après les crises en Zambie, au Nigeria et en Azerbaïdjan. Nos actionnaires que sont la BERD, KfW, FMO, Proparco, JBIC, IFC connaissent ces marchés et ne paniquent pas facilement, ajoute Ruurd Brouwer, directeur général de TCX. Un an plus tard, la plupart des pertes avaient été récupérées.» Sous ces acronymes se cachent les géants paragouvernementaux du monde du développement.

Créé: 11.11.2018, 20h01

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