Les 5 questions que pose le franc suisse

EconomieDepuis quelques jours, l’euro flirte avec le taux symbolique de 1 fr. 20. Les exportateurs et le tourisme suisses devraient en profiter, contrairement aux consommateurs.

Le renforcement de l’euro s’accompagne d’un léger affaiblissement du franc suisse par rapport à plusieurs monnaies.

Le renforcement de l’euro s’accompagne d’un léger affaiblissement du franc suisse par rapport à plusieurs monnaies. Image: DR

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Ce n’était plus arrivé depuis plus de trois ans: l’euro a atteint cette semaine 1 fr. 20. La barre symbolique de l’ancien taux plancher abandonné le 15 janvier 2015 par la Banque nationale suisse (BNS) a été franchie d’abord brièvement jeudi, puis à nouveau vendredi. Petit tour d’horizon des causes possibles et des conséquences.

Comment expliquer l’affaiblissement du franc suisse?

Selon Patrick Eperon du Centre Patronal (Vaud), il s’agit plutôt d’un renforcement de l’euro. «L’économie européenne est en meilleure santé et l’on observe un début de reprise». Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la BNS, arrive au même constat: «Nous assistons à une situation économique qui se détend.»

Ce renforcement de l’euro s’accompagne d’un léger affaiblissement du franc suisse par rapport à plusieurs monnaies. Olivier Feller, conseiller national libéral-radical vaudois et membre de la Commission de l’économie, rappelle que le franc suisse a longtemps servi de valeur refuge. «L’amélioration de la situation dans la zone euro rend donc la monnaie helvétique moins attractive, ce qui a sans doute contribué à son léger recul.» Samuel Bendahan, conseiller national vaudois socialiste et économiste à l’Université de Lausanne, acquiesce: «Spéculer sur le franc suisse est devenu moins intéressant, même si notre monnaie reste forte et surévaluée.»

Quelles sont les conséquences pour la croissance économique suisse?

Depuis l’abandon du taux plancher en janvier 2015, beaucoup d’entreprises ont dû réduire leurs marges pour faire face à la concurrence. «C’est un bol d’air, même si ce taux de change ne suffira pas à garantir la compétitivité», tempère Patrick Eperon du Centre patronal vaudois. Plus optimiste, Samuel Bendahan estime que «c’est une excellente nouvelle pour l’économie et les emplois. Ce taux de change rend les exportations suisses plus compétitives. Le tourisme helvétique pourrait également en profiter». Jean-François Rime, député UDC fribourgeois et président de l’Union suisse des arts et métiers abonde dans ce sens: «C’est par exemple une très bonne chose pour l’industrie suisse du bois, mise à mal par la concurrence allemande et autrichienne.»

La reprise économique observée dans l’Union européenne, avec pour corollaire un renforcement de l’euro, est à saluer, selon Olivier Feller. «Il est important que nos clients et partenaires commerciaux se portent bien, étant donné que l’économie suisse dépend beaucoup des exportations et du tourisme.»

Ce taux de change est-il appelé à durer?

«À court terme, le taux de change est imprévisible», rappelle Jean-Pierre Danthine. Même constat du côté d’Olivier Feller qui s’interroge sur la robustesse de la reprise économique de la zone euro. «N’oublions pas que de nombreux pays sont fortement endettés», s’inquiète-t-il. Sans faire de pronostic, Samuel Bendahan dévoile son sentiment: «Le taux de change est très sensible aux événements. Sans crise politique majeure en Europe et si la reprise continue, ce taux pourrait être relativement durable.» Mais le rôle des banques centrales européenne, américaine et asiatiques ne doit pas être ignoré: «Si elles inondent le marché de monnaie, à l’instar de leurs politiques passées, cela peut conduire à une sorte de guerre monétaire aux conséquences imprévisibles.»

Quel sera l’impact sur les prix en Suisse?

«Lorsque le franc suisse était fort en 2011, les gains de change avaient mal été répercutés et les prix des produits importés n’avaient pas beaucoup baissé», critique Robin Eymann, responsable de la politique économique à la Fédération romande des consommateurs (FRC). «C’était notamment le cas de grandes multinationales importatrices, comme Nestlé, Nivea ou Elmex.» Et d’ajouter: «Lorsque le franc suisse s’affaiblit, on peut au contraire s’attendre à une répercussion rapide et à une hausse des prix», pronostique le responsable de la FRC.

Samuel Bendahan partage ce constat. Il se veut cependant rassurant. «Ce taux de change à lui seul n’entraînera pas d’hyperinflation. Ce qui m’inquiète, c’est la baisse du pouvoir d’achat de la classe moyenne, un phénomène qui n’est pas uniquement lié au taux de change.»

Mais à moyen terme, une hausse des exportations et donc une bonne situation économique devraient in fine profiter au consommateur, selon Robin Eymann.

Les achats à l’étranger vont-ils diminuer?

«Même avec un taux de change plus défavorable, les différences de prix sont souvent telles entre la Suisse et les pays voisins que les achats transfrontaliers vont se poursuivre, même s’ils s’atténueront sans doute un peu», avance Samuel Bendahan. Les vacances dans la zone euro coûteront également un peu plus cher. Mais comme le résume Olivier Feller: «Ce taux à 1 fr. 20 est probablement un bon équilibre. Même si les week-ends à Paris, Berlin ou Milan coûteront plus, les avantages pour l’économie suisse dans son ensemble sont supérieurs aux inconvénients.»

Créé: 23.04.2018, 07h10

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