Les associations craignent la mort de certains métiers

Réinsertion professionnelleAlors que les candidatures à une réinsertion explosent, l’ORIF et d’autres redoutent la robotisation des professions simples.

Dans des ateliers adaptés, Afiro donne directement du travail à près de 200 collaborateurs ayant vécu une période de dépression ou souffrant de handicap léger.

Dans des ateliers adaptés, Afiro donne directement du travail à près de 200 collaborateurs ayant vécu une période de dépression ou souffrant de handicap léger. Image: DR

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Jeudi dernier, sous l’impulsion du Centre patronal vaudois et de l’ORIF, association spécialisée dans la réinsertion professionnelle, se déroulait une conférence sur ladite réinsertion. Pour célébrer ses septante ans d’existence, l’association à but non lucratif a organisé tout au long de l’année un cycle de manifestations dédié aux nombreux défis qui apparaissent dans notre économie de plus en plus numérisée.

«Comment continuer à réintégrer des personnes souffrant de handicap léger ou sortant d’une dépression liée à une surcharge de travail dans un univers professionnel de plus en plus exigeant en termes de nouvelles compétences?» se demandent actuellement les associations actives dans le domaine.

Nouvelle donne du marché

C’est notamment le cas d’Afiro, une organisation installée dans le canton de Vaud. Comme l’ORIF, cette association s’engage avec l’Office de l’assurance-invalidité (OAI) à remplir certains mandats de réinsertion professionnelle. Elle donne ainsi directement du travail à près de 200 collaborateurs ayant vécu une période de dépression ou souffrant de handicap léger.

«Dans nos ateliers adaptés, encadrés par une soixantaine de maîtres socioprofessionnels, nous avons une activité de production très diverse, qui va de la petite boulangerie industrielle à la menuiserie en passant par la serrurerie et la mécanique», explique Fabien Courvoisier. Le responsable du centre de réadaptation et formation pour Afiro aime à ce titre évoquer certains partenaires de renom, tels que Migros, Bobst ou encore Tesa.

Mais alors que la demande ne cesse d’augmenter, ces profils apparaissent aujourd’hui particulièrement vulnérables dans un univers professionnel où les fameuses TIC (technologies de l’information et de la communication) sont de plus en plus incontournables. «La disparition progressive ou le remplacement par les robots des métiers simples sont très préoccupants», concède effectivement Fabien Courvoisier. Sans même évoquer ce type de cas sociaux particuliers, Laurent Alexandre, un entrepreneur français à succès, expliquait il y a quelques semaines dans nos pages que les nouveaux emplois nécessiteront effectivement de fortes capacités cognitives. «Pour les personnes ayant peu de facultés intellectuelles et peinant à réfléchir de manière transdisciplinaire, le monde de demain sera très difficile», prévient l’auteur de «La guerre des intelligences», un essai paru récemment.

Besoin d’autres compétences

Face à une telle évolution de la société et du marché du travail, Dominique Rast ne baisse pas les bras. Le directeur général de l’ORIF estime notamment qu’une partie des nouveaux emplois nécessiteront certaines compétences relationnelles et sociales et resteront accessibles à des profils bien particuliers. «Dans cette optique, nous travaillons à la conception de programmes de formation où les savoirs purement techniques laisseront la place à de telles compétences», explique-t-il, conscient que le grand défi sera de redonner confiance à des personnes fragilisées, dont le nombre ne cesse d’ailleurs de croître.

Même si l’AI ne reconnaît toujours pas le terme «burnout», l’explosion des cas de détresse au travail est une réalité. Dans son étude publiée en 2016, Promotion Santé Suisse estimait qu’un employé sur quatre était victime de stress. Les professionnels sur le terrain arrivent au même constat. «Au cours de la dernière décennie, dans une société qui ne mise que sur les performances, les cas d’individus en détresse psychique ou souffrant de troubles mentaux se sont multipliés», affirme Dominique Rast.

Une population plus jeune

Afiro confirme être également confronté à une croissance continue de candidatures. Du coup, notre association n’a cessé de grandir ces dernières années. Elle s’apprête d’ailleurs à procéder à un gros investissement de 17 millions de francs à Écublens, où se trouve son siège social ainsi qu’une usine de production. «Juste en face du site actuel, nous allons construire une toute nouvelle fabrique qui permettra à Afiro de se diversifier dans de nouveaux métiers et d’accueillir une vingtaine de salariés supplémentaires», explique le responsable du centre de réadaptation et formation.

Pour le directeur général de l’ORIF, le plus inquiétant dans l’évolution de cette population fragilisée tient essentiellement à son âge. Celle-ci est en effet de plus en plus composée de jeunes souffrant de troubles psychiques ou de difficultés d’apprentissage, selon Dominique Rast. «Dans une période où l’AI cherche à réduire ses coûts, cette patientèle nécessite au contraire plus de temps pour se préparer puis se former», rappelle-t-il en espérant qu’à Berne, le parlement fédéral en tiendra compte au moment de boucler sa nouvelle révision de l’AI.

Créé: 25.05.2018, 20h06

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