Quel avenir énergétique pour la Suisse en 2035?

EnergieAlors qu'une étude de l'Agence internationale de l'énergie prévoit le déclin des champs pétroliers existants à l'horizon 2035, les défis énergétiques pour la Suisse à cette même échéance sont nombreux mais sensiblement différents.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les nouvelles ressources permettront de compenser le déclin des champs pétroliers existants pour répondre à la hausse de la demande d’or noir d’ici à 2035. C’est ce qui ressort du World Energy Outlook, la grande étude prospective annuelle publiée mardi 12 novembre par l’Agence internationale de l’Energie (AIE).

Mais les défis énergétiques se dressent devant la Suisse également. Pour Franco Romerio, professeur et responsable du groupe énergie, politique et économie de l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université de Genève, les énergies fossiles devraient continuer à jouer un rôle majeur dans le monde, tandis que la Suisse devrait envisager une période de transition entre sa sortie du nucléaire et le relais des énergies renouvelables.

24 heures: Quelles sont les principales tendances mondiales d'ici 2035 telles que l'envisage l'Agence internationale de l'énergie?

Franco Romerio: Il n'y a pas de surprise majeure dans ce rapport 2013, mais quelques tendances qui se confirment ou évoluent. Ainsi, d'ici 2035, nous devrions assister à une augmentation de la part de toutes les énergies fossiles. Les réserves de charbon sont très importantes. Le seul problème à cet égard, ce sont les émissions de carbone. Le gaz non conventionnel est en train de connaître un développement assez extraordinaire, par exemple aux États-Unis. Le marché du pétrole risque d’être plus tendu. On découvre certes de nouveaux gisements, mais les coûts d'extraction augmentent. Et l'hypothèse de l'AIE est celle d'un baril à 128$ en 2015.

Un autre enseignement de ce rapport réside dans le recul du nucléaire. Cette étude confirme que, suite à Fukushima, cette source d'énergie continuera de faire l'objet d'investissements, notamment en France, mais aussi en Chine, aux Etats-Unis, dans plusieurs pays émergents. Mais ces investissements seront moins importants que ce qui était prévu voici trois ans. S'il peut jouer un rôle dans certains pays, le nucléaire ne peut pas remplacer les énergies fossiles.

Les énergies renouvelables comme le solaire et la géothermie ont des potentiels d'avenir importants. D'importants investissements, notamment dans les pays émergents, devraient contribuer à leur essor. Mais il est très difficile de sortir d'un modèle basé sur les énergies fossiles. Il y a de telles inerties dans les infrastructures énergétiques que cela exige des décisions politiques coûteuses. La Suisse ou l'Allemagne peuvent se risquer à le faire de par la solidité de leurs économies; la Chine se lance aussi, grâce à sa dynamique industrielle, tout en s'appuyant aussi sur d'autres sources d'énergies, fossiles et nucléaires. Pour d'autres pays, ce sera beaucoup plus difficile...

L'étude de l'AIE fixe l'horizon 2035. En Suisse, quelles sont les perspectives d'ici cette échéance?

En 2035 en Suisse, nous serons tout juste sortis du nucléaire. Le nucléaire en Suisse n'a plus d'avenir: les risques liés aux investissements dans l'atome sont trop élevés. Plus aucun investisseur, privé ou public, ne veut s'y risquer.

Toutefois, 2035 dans l'univers énergétique c'est demain. Le temps sera court pour développer une offre suffisante en énergies renouvelables pour combler le manque du nucléaire. Il faudra sans doute envisager une période transitoire, avec des turbines à gaz à cycle combiné, afin de franchir le cap entre la période de l'atome et celle des énergies vertes.

Le gaz est inévitable si on veut sortir du nucléaire sans trop dépendre des importations d'électricité. Cette deuxième solution est l'autre hypothèse envisagée par la Confédération: importer l'énergie manquante pendant la période de transition. Mais le risque est important de payer très cher ce choix si le prix de l'électricité sur le marché européen de l'énergie se remettait à croître.

En dehors de la sortie du nucléaire et de cette transition, quel avenir énergétique envisagez-vous pour la Suisse dans les décennies à venir?

La Suisse s'est donnée pour objectif de réduire de 40% sa consommation d’énergie et de stabiliser la consommation d’électricité d'ici 2050. C'est un objectif ambitieux, un choix politique courageux mais qui comporte des risques. D'autant plus que, si 2035 c'est demain, la prospective à l'horizon 2050 est plus complexe à établir, car il y a trop d'inconnues.

Sur le long terme, il faudra évidemment arriver à un mix énergétique, avec des priorités que fixeront les autorités et les élus, mais tout en conservant une certaine flexibilité qui sera indispensable.

Du côté des énergies renouvelables, les potentiels du solaire et de la géothermie peuvent être développés. Il reste aussi de petites choses à faire dans le secteur de l'hydroélectricité, mais il faudra alors sûrement être un peu moins exigeant sur le plan environnemental pour permettre cela.

Enfin, il faudra aussi voir si les investisseurs sont prêts à s'engager alors que les prix sont très bas et que le cadre législatif et réglementaire reste incertain. La loi sur l'énergie doit être débattue au printemps prochain et il faudra des choix forts pour que des investissements soient encouragés et réalisés.

Créé: 14.11.2013, 06h38

Franco Romerio est responsable du groupe énergie, politique et économie de l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université de Genève. (Image: UNIGE)

Articles en relation

Le canton de Neuchâtel ne veut pas du gaz de schiste

Refus Le Grand Conseil s'est prononcé mercredi contre la prospection et l'exploitation de cette forme d'énergie dans le Val-de-Travers. Plus...

Les flatulences bovines ont un avenir comme carburant

Argentine Des chercheurs d’un institut de technologie agricole argentin sont parvenus à pomper les gaz digestifs des bovins pour en isoler le méthane utilisé comme source d’énergie. Plus...

Le Surveillant des prix soutient une taxe sur l'énergie

Tournant Le Surveillant des prix soutient l'introduction d'une taxe sur l'énergie dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral. Plus...

L'énergie du futur dans le caca des pandas?

Bioéthanol Les enzymes de la flore intestinale des ursidés libèrent de la lignocellulose, transformable en sucre puis en éthanol. C'est la conclusion prometteuse d'une étude américaine. Plus...

Les Suisses se méfient encore plus du nucléaire

Sondage Les Suisses se méfient encore plus du nucléaire, selon un sondage qui montre qu'ils sont 57% à être partiellement ou totalement contre. C'est cinq points de plus qu'il y a cinq ans. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.