Bayer se déleste du nom Monsanto, symbole décrié

AgrochimieLe groupe chimique allemand, qui a obtenu le feu vert américain au rachat du spécialiste des semences, a annoncé ce lundi supprimer la marque Monsanto.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le groupe allemand Bayer va supprimer la marque Monsanto dès qu'il aura racheté le géant américain des OGM et des pesticides, faisant ainsi disparaître un nom synonyme pour ses détracteurs des dérives de l'agrochimie.

«Bayer demeurera le nom de l'entreprise. Monsanto, en tant que nom d'entreprise, ne sera pas maintenu», a annoncé lundi le spécialiste allemand de la pharmacie et de l'agrochimie, qui compte boucler l'opération ce jeudi 7 juin.

Le futur ensemble a beau conserver ses produits phare, dont l'herbicide au glyphosate commercialisé sous la marque «Round Up», il se déleste avec «Monsanto» d'un terme qui cristallise depuis des décennies les protestations des défenseurs de l'environnement.

Les salariés du groupe américain «sont fiers avant tout de leurs produits», et Monsanto avait même songé il y a des années à changer de nom, y renonçant «pour des questions de coûts», a assuré lundi Liam Condon, patron de la branche agrochimie de Bayer, lors d'une conférence téléphonique.

Bayer met en revanche en avant l'attachement des agriculteurs et professionnels aux marques comme Dekalb (semences de maïs, colza), Seminis (semences potagères) ou De Ruiter (semences potagères), qui ne seront donc pas rebaptisées.

Agriculture intensive

Par ce toilettage a minima, le groupe allemand s'efforce de prendre ses distances avec l'image sulfureuse de sa cible, honnie des organisations paysannes comme des écologistes. Monsanto a aussi été mêlée à une litanie de procédures judiciaires autour de scandales sanitaires et de nuisances à l'environnement.

Mais sur le fond, Bayer prend le plus grand pari de son histoire en avalant le groupe de Saint-Louis pour près de 63 milliards de dollars, un montant sans précédent pour une acquisition d'un groupe allemand à l'étranger -, dans le but de faire grossir sa branche agrochimie, second pilier du groupe après la pharmacie.

En annonçant ce mariage géant en mai 2016, Bayer tablait sur la nécessité d'une agriculture plus intensive, puisque la planète devrait compter près de dix milliards d'habitants en 2050 sans que les terres arables ne puissent être étendues dans les mêmes proportions.

L'entreprise Monsanto, fondée en 1901 par le chimiste John Francis Queeny, s'est concentrée à partir des années 1990 sur la chimie agricole, en se spécialisant dans les produits phytosanitaires et des semences.

Les autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe ont déjà donné leur feu vert à l'opération tout en imposant d'importantes cessions d'activités au rival allemand BASF, pour une valeur de près de 9 milliards de dollars (7,6 milliards d'euros).

Glyphosate menacé

Le géant de l'agrochimie, basé sur les semences et les produits chimiques et protection biologique des cultures, affiche un chiffre d'affaires cumulé de près de 20 milliards d'euros, en tenant compte des cessions d'activités à BASF qui pèsent pour environ 2 milliards d'euros.

Le futur ensemble va devancer des concurrents du secteur qui ont récemment fusionné, le chinois ChemChina avec le suisse Syngenta et les géants américains Dow et DuPont.

Le rapprochement entre Bayer et Monsanto avait été accueilli au départ avec réserve par les autorités de la concurrence, en raison de la position dominante qu'aura la nouvelle entité en matière de produits agricoles.

Par ailleurs, Bayer va mettre ainsi la main sur le glyphosate, herbicide controversé dont le caractère cancérogène fait l'objet d'études contradictoires. Le gouvernement français s'est récemment engagé à cesser d'utiliser cette substance d'ici 2021, sans pour autant inscrire l'interdiction dans la loi.

«Nous allons écouter ceux qui nous critiquent et travailler ensemble», mais «le progrès ne doit pas être stoppé en raison d'un renforcement des fronts idéologiques», a déclaré lundi Werner Baumann, PDG de Bayer. (afp/nxp)

Créé: 04.06.2018, 08h15

Articles en relation

Bayer obtient le feu vert américain

Rachat de Monsanto Bayer a obtenu mardi l'autorisation des autorités américaines de la concurrence de racheter le spécialiste des semences Monsanto. Plus...

Manifestations contre les géants de l'agrochimie

Suisse Des milliers de personnes ont défilé à Bâle et à Morges contre Monsanto et Syngenta pour réclamer un changement d'orientation de l'agriculture. Plus...

Le rachat de Monsanto par Bayer est validé

Union européenne Le géant allemand pourra bien racheter le spécialiste des pesticides. Mais sous conditions. Plus...

OGM: Monsanto attise les craintes de monopole

Agrochimie Le géant américain de l'agrochimie a de grandes ambitions pour sa nouvelle semence, appelée dicamba. Plus...

Monsanto pourra exploiter un herbicide controversé

Etats-Unis Un Etat américain est allé à l'encontre des recommandations de son administration pour autoriser le dicamba, un cousin du glyphosate. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.