La BCE se penche sur le rachat de dettes d'entreprises

Franc fortJeudi, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait livrer des détails sur son programme d'achat de dettes d'entreprises qui sera lancé fin juin.

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La Banque centrale européenne (BCE) pourrait utiliser une partie de sa conférence de presse ordinaire de jeudi en début d'après-midi pour, d'une part, détailler les conditions sous lesquelles elle va dès fin juin étendre sa politique expansionniste aux rachats de dettes d'entreprises européennes non bancaires, et, d'autre part, pour mieux expliquer ses choix. Ces derniers ont été pour la première fois vertement critiqués par Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances.

Rappelons que toute poursuite de la politique expansionniste de la BCE a tendanciellement pour conséquence de valoriser le franc, et d'être négatif pour les exportations suisses.

5 milliards d'euros par mois
«Les détails sur le programme de rachat de dettes d'entreprises ne sont pas encore connus, mais cela pourrait changer jeudi», estime Philipp Waeber, économiste Global Macro Research auprès de Credit Suisse.

Son collègue Ricardo Garcia, rattaché au département d’investissement d’UBS, précise que ce programme de rachat de dettes d’entreprises «peut-être estimé à 5 milliards par mois sur un total de 80 milliards d’euros de rachats mensuels d’actifs» annoncés à la mi-mars dernier.

Cela signifie que, chaque mois, la Banque centrale européenne (BCE) va acheter pour 5 milliards d'euros de dettes d'entreprises sur un ensemble éligible «de 900 milliards d'euros de dettes d'entreprises non financières libellées en euro», précise Manuel Ferreira, économiste spécialisé sur l'Europe auprès de la Banque cantonale de Zurich.

En mars, la BCE a rehaussé le montant de son programme de rachat d'actifs (dettes d'Etats, de communautés, et prochainement d'entreprises) de 60 à 80 milliards d'euros par mois, au moins jusqu'à fin mars 2017.

Un marché encore peu ouvert
De plus, on se rappelle que les entreprises européennes se financent qu'à 20% sur le marché financier, les autres 80% sont assurés par des prêts directement par des banques.

Concrètement, la BCE va mettre en place dès fin juin deux programmes d'achats de dettes d'entreprises qui s'adressent à ces deux canaux de financement: le CSPP (Corporate Sector Purchase Programm) pour les 20% financées sur le marché ouvert, et le TLTRO II, pour les sociétés financées par les banques (80% des dettes d'entreprises européennes).

La banque centrale européenne ne va pas racheter des dettes des banques elles-mêmes. Elle se trouverait sinon en plein conflit d'intérêt, car la BCE est aussi chargée de leur contrôle.

Fort potentiel, mais effet négatif sur les rendements
«Le marché des obligations d'entreprises comme source de financement n'est pas aussi important qu'aux Etats-Unis», commente à ce propos Manuel Ferreira, auprès de la Banque cantonale de Zurich.

«Mais ce marché est en train de gagner en importance, car les entreprises peuvent se refinancer à meilleur prix sur le marché ouvert dans la périphérie européenne, où les banques mènent une politique de financement restrictive», poursuit-il.

Ces achats de dettes d'entreprises par la BCE ont un effet négatif, et de taille, c'est «qu'ils font augmenter leurs prix (en réduisant l'offre), et ainsi reculer les rendements» que les banques ou les caisses de pensions en retirent, précise Philipp Waeber de Credit Suisse.

Baisse de la qualité des dettes émises
Manuel Ferreira rajoute que «des investisseurs, sachant cela, en achètent encore davantage, ce qui fait d'autant plus monter les prix».

De plus, «les primes de défaut et de liquidités baissent, car la BCE est un acheteur inconditionnel». Et des entreprises arrivent à placer leurs nouvelles émissions (de dettes) avec un coupon (rendement) encore plus bas.

Conclusion, pourrait-t-on dire, cet élargissement de la politique expansionniste de la BCE aux dettes d'entreprises pour qu'elles puissent se financer à un meilleur prix s'accompagne d'un recul de la qualité des dettes d'entreprises sur le marché, ainsi que d'une baisse des rendements pour la prévoyance, et les banques.

Créé: 20.04.2016, 16h18

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